10/08/2021 09:00
Malgré une nouvelle déception judiciaire, l’ancienne correspondante de guerre Trân Tô Nga continue son combat pour la reconnaissance des méfaits de l’agent orange/dioxine sur la santé de millions de Vietnamiens.
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Trân Tô Nga, 79 ans, une ancienne correspondante de guerre contaminée par l’agent orange/dioxine. 
Si le Vietnam s’est rapidement tourné vers l’avenir au sortir de la guerre en 1975, les ravages causés sur la santé et l’environnement par l’agent orange/dioxine font aujourd’hui encore toujours des victimes.

Elle-même gravement touchée par ce produit chimique, Trân Tô Nga mène un combat sans relâche pour que les entreprises ayant produit l’agent orange admettent leur responsabilité.

Les conséquences de l'agent orange

Selon l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange (VAVA), ce sont près de 5 millions de personnes qui ont été exposées à ce défoliant au Vietnam. Parmi elles, des centaines de milliers sont déjà décédées et des millions d’autres souffrent encore et toujours de maladies graves, de malformations et de handicaps.

En 2004, les victimes vietnamiennes de l’agent orange/dioxine avaient intenté une action collective devant la Cour fédérale de Brooklyn, à New York, contre 37 compagnies américaines - fournisseurs des produits chimiques toxiques utilisés par l’armée américaine au Vietnam - pour réclamer des indemnités pour leurs vies brisées. Mais l’affaire avait abouti à un non-lieu.

C’est en 2013 que Mme Nga, aujourd’hui âgée de 79 ans, a déposé en France, une plainte pour la première fois contre 14 entreprises chimiques américaines ayant fourni à l’armée américaine le défoliant responsable de millions de victimes pendant la guerre du Vietnam.

Trân Tô Nga, elle-même victime

Diplômée d’une université de Hanoï en 1966, Mme Nga est devenue correspondante de guerre de l’Agence d’Information de Libération (Thông tân xa giai phong), un des deux organes prédécesseurs de l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA en abréviation anglaise). Elle a travaillé dans certaines des zones les plus touchées par l’agent orange dans le Sud, telles que Cu Chi, Bên Cat et le long de la piste Hô Chi Minh, subissant finalement elle-même les effets délétères de ce poison. Elle souffre d’un certain nombre de maladies et d’infections aiguës reconnues par le gouvernement américain comme étant liées à la dioxine. 

Parmi ses trois enfants, le premier est mort de malformations cardiaques à l’âge de 17 mois, le second souffre d’une maladie du sang. Un petit-fils de Mme Nga souffre également de maladies liées à l’agent orange. Dans ce combat judiciaire, Mme Nga n’est pas toute seule. Elle reçoit le soutien des associations engagées dans le même combat qu’elle. On peut citer entre autres Vietnam Dioxine, Stop Monsanto-Bayer, Combat Monsanto, Youth for Climate Paris et Union générale des Vietnamiens de France.

Rassemblement de soutien à Trân Tô Nga et aux victimes de l’agent orange, le 30 janvier 2021 à Paris.

Le Tribunal de grande instance d’Évry accepta la plainte après qu’une modification de la loi autorise désormais un ressortissant français à intenter une action en justice pour des faits commis en dehors du territoire français par un étranger. Il se passa six années entre le dépôt de la plainte et la dernière audience de mise en état qui fixa les dates de plaidoiries du procès au 12 octobre 2020. Finalement, le procès eut lieu le 25 janvier 2021.

Avant le procès, de nombreuses tribunes de personnalités et associations furent publiées réclamant justice pour Mme Nga et les victimes de l’agent orange/dioxine.

Le combat judiciaire continue

Très attendu, le verdict du tribunal d’Evry (France) fut rendu le 10 mai 2021. Il signifiait son refus aux demandes de Mme Nga et en appliquant le principe de droit international établissant qu’aucun État souverain ne peut assujettir un autre État souverain à sa juridiction. Le communiqué de presse publié peu après la décision le 10 mai dernier par les avocats de Mme Nga soulignait que le tribunal appliquait une définition obsolète du principe d’immunité de juridiction qui entrait en contradiction avec les principes modernes du droit international et national.

D’après Pham Truong, responsable des affaires extérieures de la VAVA, le tribunal aurait pu faire beaucoup plus pour exercer son droit et sa responsabilité d’avoir un jugement raisonnable. Le tribunal n’a pas examiné attentivement les facteurs pertinents tels que le fait que ces entreprises américaines n’étaient pas obligées de participer à des appels d’offres pour produire des produits chimiques toxiques à des fins lucratives. Il n’a pas non plus tenu compte du fait que les entreprises chimiques ont intentionnellement modifié le processus technique pour raccourcir le temps de production de l’agent orange/doxine, réduire les coûts et augmenter les bénéfices.

Réagissant à la décision du Tribunal de grande instance de la ville d’Evry, Mme Nga a déclaré qu’elle n’était pas surprise car elle s’y était préparée. Elle a aussi affirmé qu’elle ferait appel immédiatement, entamant une nouvelle bataille, peu importe la difficulté de celle-ci. "Mon temps est peut-être limité, mais pour la jeune génération, tout le pays et le monde entier, il ne l’est pas. Pendant ce temps, les crimes de ces entreprises chimiques sont toujours là, ils créent toujours des tragédies pour les humains. Ce combat ne doit pas s’arrêter", a-t-elle affirmé avec une conviction sans faille.

Si le combat judiciaire doit être poursuivi, Mme Nga a réussi à attirer l’attention du monde entier sur le sujet. En témoigne en France par exemple les rassemblements et les marches organisés en son soutien et ayant rassemblé des centaines de milliers de participants dans plusieurs villes. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes inspirent de Mme Nga car elle se bat pour une cause juste et universelle.
 
Texte : Thúy Hà/CVN
Photos : Truong Duc/Collectif Vietnam Dioxine (*)

* Les photos présentées à l’exposition "Procès contre l’agent orange - un plaignant - des millions de victimes", tenue en mai à Hô Chi Minh-Ville

 

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