>> Une Vietnamienne fait rayonner le pho au cœur de l’Himalaya
>> Le poivre vietnamien confirme sa dynamique à l’exportation
![]() |
| Le Zero Gallery à Hanoï. |
Une odeur de cannelle flotte dans l’air. Quelques pas plus loin, l’anis étoilé et le poivre rappellent les parfums d’un bouillon de phở. Dans une autre salle, le bruit d’un couteau sur une planche se mêle au frémissement d’une marmite. Plus loin, une peinture du Têt (Nouvel An lunaire) semble, elle aussi, avoir un parfum.
Bienvenue au Musée des épices, au 15B, rue Trân Hung Dao, à Hanoï.
![]() |
| Ngô Thao Chi présente l'expérience 3D au musée. |
Ici, pas de simples vitrines. Le visiteur peut regarder, sentir, toucher, écouter et interagir. Chaque espace mobilise un sens différent. Tous racontent une même histoire : celle des épices dans la culture et la vie quotidienne des Vietnamiens.
Dès l’entrée, le décor surprend. Le visiteur pénètre dans un espace qui évoque l’intérieur d’un vaisseau spatial. Des écrans affichent des données, des images et des recettes.
Le voyage imaginé par Zero Gallery commence par une question de science-fiction : si l’humanité devait un jour quitter la Terre, comment préserver la mémoire des épices vietnamiennes ?
“Le fil conducteur de l’exposition est de préserver les données sur les épices pour les générations futures”, explique Ngô Thao Chi, chargée de l’exploitation.
![]() |
| Les épices servant la cuisine du phở. |
Le premier espace est consacré au phở. Recettes, ingrédients et repères historiques introduisent le visiteur dans cet univers. Le plat a été choisi pour son histoire et ses nombreuses déclinaisons régionales.
“Chaque région a sa manière de préparer le +phở+. On y retrouve de nombreux ingrédients, des légumes aux produits fermentés comme la sauce de poisson”, rappelle Ngô Thao Chi.
Le parcours commence par la vue. Coriandre, gingembre, oignon, échalote séchée, sel ou sá sùng, un siponcle de mer, sont présentés sous forme de spécimens. Ils ont été préparés pour conserver leurs couleurs et leurs formes pendant plusieurs décennies.
Sur un écran, le visiteur peut faire pivoter chaque élément et découvrir ainsi ses caractéristiques sous différents angles.
Une cuisine à voir, à entendre et à toucher
![]() |
| L’espace consacré aux arts visuels. |
Dans l’espace consacré aux arts visuels, les épices changent de fonction. Elles deviennent matière artistique.
Un dragon de 1,25 m, réalisé avec de véritables piments, attire notamment les regards. Les ingrédients de la cuisine deviennent ici des matériaux de création. Ils donnent naissance à des formes originales et surprenantes.
Puis les yeux cèdent la place au nez.
![]() |
| Un dragon de 1,25 m, réalisé avec de véritables piments. |
Dans l’espace olfactif, les parfums sont extraits des épices avant d’être diffusés dans l’air par un système de réservoirs et de conduits. Le visiteur s’approche. Il respire. Peu à peu, il reconnaît les senteurs familières du phở : cannelle, anis étoilé, fenouil, poivre…
L’expérience devient plus inattendue devant une peinture consacrée au Têt. L’œuvre ne dégage aucun parfum. Pourtant, un dispositif installé à proximité diffuse une senteur en lien avec la scène représentée.
Les yeux fermés, le visiteur retrouve le parfum d’une variété de coriandre traditionnellement utilisée au Vietnam pour les bains parfumés du Nouvel An lunaire. Ce rituel marque le passage à une nouvelle année. Il symbolise aussi le souhait de laisser derrière soi les malheurs et les maux de l’année écoulée.
Le parcours se poursuit avec le toucher. Des modules interactifs présentent les régions de culture des épices. Ils expliquent également les différentes étapes de production et de transformation.
Puis vient l’espace sonore.
![]() |
| La cuisine vietnamienne y prend vie à travers des bruits familiers : le bouillon qui frémit, le couteau qui hache la viande, les oignons que l’on émince. |
La cuisine vietnamienne y prend vie à travers des bruits familiers : le bouillon qui frémit, le couteau qui hache la viande, les oignons que l’on émince. Ces sons sont recréés grâce à un dispositif utilisant des faisceaux laser.
Pour Linh, étudiante en 3e année à l’Université de droit de Hanoï, c’est justement ce qui distingue le musée. “Dans d’autres musées, on regarde surtout les objets. Ici, plusieurs sens sont sollicités. On peut sentir, écouter et toucher. C’est ce qui fait la différence”, explique-t-elle.
Au bout du parcours, une salle multisensorielle permet de revenir sur l’ensemble de l’expérience. Le visiteur y suit également les aventures du petit robot Zero, chargé de collecter les épices au fil de son voyage.
Pour Ngô Thao Chi, la technologie reste avant tout un outil.
“Nous voulons raconter la culture du quotidien, à travers des choses simples qui reflètent le mode de vie des Vietnamiens”, explique-t-elle.
![]() |
| Le vaisseau spatial sert ainsi de fil narratif. |
Le vaisseau spatial sert ainsi de fil narratif. Il place le visiteur au cœur d’une histoire. L’interaction avec les dispositifs nourrit sa curiosité et l’incite à poursuivre la découverte.
Depuis son ouverture à la fin août dernier, le musée a déjà accueilli plus d’un millier de visiteurs. La majorité sont des étrangers. Beaucoup viennent découvrir les épices qui occupent une place essentielle dans la cuisine vietnamienne.
Le musée fait ainsi le pari de partir de produits ordinaires pour raconter une culture. La technologie rencontre le patrimoine. Les épices ne sont plus seulement exposées : elles sont mises en scène, explorées et vécues.
Le temps d’une visite, un parfum de cannelle ou le bruit d’un bouillon suffit alors à faire revivre un fragment de mémoire.
Texte et photos : Huong Giang/CVN
Adresse : 15B, rue Trân Hung Dao, Hanoï
Horaires : tous les jours, de 10h00 à 21h00
Tarifs :
Visiteurs étrangers : 250.000 VND ; Visiteurs vietnamiens : 200.000 VND
Étudiants : 175.000 VND ; Enfants (de 80 à 140 cm) : 150.000 VND



