Lever les blocages, libérer les entreprises et saisir l’"occasion en or" de la réforme

Face à la recomposition de l’économie mondiale, le Vietnam accélère ses réformes institutionnelles et améliore son climat des affaires. Accès au capital, au foncier, innovation et coopération public-privé : l’État mise sur une nouvelle dynamique pour libérer le potentiel des entreprises.

>> Lever les obstacles administratifs pour libérer le potentiel des entreprises

>> Les entreprises japonaises renforcent leur ancrage industriel au Vietnam

>> Pour leur essor, les entreprises ne peuvent plus différer leur restructuration

Fabrication de composants électroniques chez la Star Engineers Vietnam Co., Ltd., dans le parc industriel de Binh Xuyên, province de Phu Tho.
Photo : VNA/CVN

Le marché mondial semble entrer dans une phase de recomposition profonde. Pour une économie aussi ouverte que celle du Vietnam, chaque évolution des marchés internationaux se répercute rapidement sur la production nationale. Cette situation impose aux décideurs une vision réaliste, des solutions d’adaptation flexibles et des réformes institutionnelles ambitieuses. La combinaison des efforts des entreprises et des mécanismes de déblocage mis en place par l’État pourrait offrir au secteur privé une occasion majeure de prendre son essor.

Selon les statistiques du ministère des Finances, à la fin du mois de juin 2026, le Vietnam comptait plus d’un million d’entreprises en activité, avec un capital social enregistré supérieur à 30,6 millions de milliards de dôngs. Le secteur privé représente environ 96% du nombre total d’entreprises et 78% du capital enregistré. Le secteur public compte 695 entreprises, tandis que le secteur des investissements directs étrangers (IDE) rassemble 41.874 entreprises.

Toutefois, Ngô Van Tuân, ministre des Finances, souligne un point préoccupant : les liens entre ces trois secteurs restent faibles. Le renforcement des chaînes de valeur et des chaînes d’approvisionnement nationales ouvrira la voie à une diffusion plus large et à une montée en puissance durable de l’économie.

À partir des retours de la communauté des entreprises et des examens menés par les ministères, le ministère des Finances a recensé six axes prioritaires pour renforcer l’environnement des entreprises vietnamiennes. Il s’agit notamment d’harmoniser les dispositions légales et d’accélérer leur mise en œuvre, de développer les financements à moyen et long terme ainsi que l’accès au foncier, et d’optimiser les coûts de production, de logistique et de trésorerie.

Le ministère appelle également à renforcer l’accompagnement face aux exigences commerciales, environnementales et carbone, à intensifier la recherche, l’innovation et la formation de ressources humaines de haut niveau, tout en développant la coopération entre entreprises afin de constituer des chaînes de valeur et d’approvisionnement nationales plus solides.

Les petites et moyennes entreprises devront être accompagnées afin de renforcer leurs capacités de gestion, d’accroître leur taille et de s’intégrer davantage dans les chaînes de valeur. 
Photo : CP/CVN

Un plan pour fluidifier l’économie

Pour répondre à ces défis, le ministère des Finances propose un ensemble de mesures concrètes. Il s’agit notamment de perfectionner les institutions, d’améliorer l’environnement des investissements et des affaires, et d’accélérer la numérisation des procédures administratives.

Le ministère souhaite également fluidifier les flux de capitaux en développant des mécanismes de prêt fondés sur les flux de trésorerie, les commandes et les données. L’élargissement des garanties, le développement des marchés de capitaux, des obligations d’entreprises, des fonds d’investissement et du financement des chaînes d’approvisionnement figurent parmi les priorités.

Il est également prévu de garantir les paiements dans les délais pour les remboursements de TVA, les investissements publics et les achats publics. Le gouvernement entend en outre lever les obstacles liés au foncier, régler les projets en retard, publier les données d’aménagement et accélérer les investissements dans les infrastructures de transport, de logistique, d’énergie, les zones industrielles et les infrastructures numériques.

Pour le secteur privé, l’enjeu est d’assurer l’égalité d’accès au capital, au foncier, aux investissements publics et aux marchés publics. Les petites et moyennes entreprises devront être accompagnées afin de renforcer leurs capacités de gestion, d’accroître leur taille et de s’intégrer davantage dans les chaînes de valeur. Les ménages entrepreneurs seront également encouragés à se transformer en entreprises formelles.

"Écouter pour construire"

Au-delà des réformes administratives, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Vietnam (VCCI) a lancé le projet "Écouter pour construire". Cette initiative s’inscrit dans le cadre des orientations du Premier ministre, notamment la notification N°394/TB-VPCP et la Résolution N°216/NQ-CP adoptée lors de la réunion mensuelle du gouvernement de juillet 2026.

Son objectif est de créer un mécanisme durable permettant de recueillir, d’analyser et de transformer les retours des entreprises en propositions institutionnelles concrètes. Il ne s’agit plus seulement de résoudre des difficultés ponctuelles, mais de construire un écosystème institutionnel sain, où les politiques naissent des réalités du terrain.

Le projet repose sur deux piliers. Le premier consiste à accompagner, suivre et inciter les autorités compétentes à résoudre définitivement les obstacles juridiques rencontrés par les entreprises. Le second vise à recueillir activement les idées de la communauté des entreprises afin de les transformer en propositions soumises au Premier ministre et aux organes de planification des politiques.

Hô Sy Hùng, président de la VCCI, insiste sur la nécessité d’un mécanisme fort, professionnel, indépendant et persistant.

L’économie privée est le secteur le plus dynamique en matière d’innovation et d’application des sciences et technologies à la production.
Photo : VNA/CVN

"Nous ne manquons pas de voix venant des entreprises. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un mécanisme suffisamment fort pour les recueillir, suffisamment professionnel pour les analyser, suffisamment indépendant et objectif pour formuler des propositions, et suffisamment persistant pour suivre les dossiers jusqu’à l’obtention de résultats", explique-t-il.

Selon lui, les entreprises et les entrepreneurs privés doivent également devenir des cofondateurs de ce mécanisme, en apportant leurs ressources, leur expertise, leurs données de terrain, leurs technologies et leur expérience de gestion.

Une "occasion en or"

Pour Nguyên Dinh Cung, ancien directeur de l’Institut central de gestion économique (CIEM), le Vietnam se trouve devant une "occasion en or" pour réformer ses institutions économiques. Cette dynamique s’appuie notamment sur la Résolution N°57-NQ/TW relative à la science, aux technologies, à l’innovation et à la transformation numérique ; la Résolution N°59-NQ/TW sur l’intégration internationale ; et la Résolution N°66-NQ/TW sur la réforme de l’élaboration et de l’application des lois.

L’essentiel, estime-t-il, est que cette volonté de réforme pénètre réellement les organes législatifs et exécutifs. Les décideurs doivent passer d’une logique de "gestion" à une logique de "création de conditions", en comprenant les dynamiques réelles de la société et du marché.

L’économie privée est, selon lui, le secteur le plus dynamique en matière d’innovation et d’application des sciences et technologies à la production. L’État doit donc créer un environnement favorable, protéger le droit de propriété privée et garantir l’accès aux ressources. Dans la Résolution N°68-NQ/TW, l’État est défini comme un "bâtisseur" : son rôle consiste à offrir aux entreprises un espace de développement dans une concurrence saine et à préparer les conditions nécessaires à leur essor.

Pour les entreprises comme pour les entrepreneurs, devenir un "aigle" est une aspiration légitime. Encore faut-il que l’État sache créer le tremplin adapté à chaque type et à chaque génération d’entrepreneurs. C’est à cette condition que le Vietnam pourra transformer ses réformes en croissance durable, en emplois de qualité et en compétitivité internationale.

Thuy Hà/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top