Pour leur essor, les entreprises ne peuvent plus différer leur restructuration

Malgré les résultats positifs enregistrés par l’économie, de nombreuses entreprises continuent de rencontrer des difficultés en matière de financement, de capacités de gestion, de technologie et d’intégration aux chaînes d’approvisionnement.

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Ces contraintes rendent nécessaire une restructuration de leurs activités, accompagnée de mesures de soutien adaptées afin de renforcer la compétitivité du tissu entrepreneurial dans cette nouvelle phase de développement. Tel est le constat dressé par les experts lors du Forum sur la restructuration des entreprises dans le nouveau contexte, organisé par la revue Diễn đàn doanh nghiệp (Forum des entreprises) à Hô Chi Minh-Ville, le 22 octobre.

Des entreprises encore fragiles

Selon le Dr Nguyên Duc Hiên, vice-président de la Commission centrale des politiques et stratégies, l’économie vietnamienne a enregistré plusieurs résultats positifs au cours des neuf premiers mois de 2026, avec une croissance du PIB estimée à environ 9,95 % au troisième trimestre. Toutefois, la santé financière et opérationnelle du tissu entrepreneurial continue de présenter des signes préoccupants.

Le nombre d’entreprises nouvellement créées ou ayant repris leurs activités au cours des neuf premiers mois a diminué de 3,2% par rapport à la même période de l’année précédente, tandis que le nombre d’entreprises ayant achevé les procédures de dissolution a augmenté de 118%. Le secteur économique privé, qui représente environ 53% de l’investissement total de l’économie, a enregistré une croissance de 14%, soit le taux le plus faible des trois grands secteurs économiques.

Nguyên Duc Hiên, vice-directeur du Département des politiques et des stratégies du Comité central, intervient sur le thème "Les axes prioritaires de la restructuration de l’économie pour la période 2026-2030 et les enjeux pour les entreprises".

Le Dr. Nguyên Duc Hiên estime que, malgré des résultats macroéconomiques particulièrement encourageants, les fondements du développement économique ne sont pas encore suffisamment solides. Les fluctuations de l’économie mondiale exercent une pression croissante sur les coûts des intrants, les débouchés commerciaux et les capacités opérationnelles des entreprises nationales.

Face à cette situation, Nguyên Duc Hiên recommande aux entreprises privées de donner la priorité à la restructuration de leur gouvernance et de leurs finances, à la transparence de leurs activités, à la consolidation de leur trésorerie et au renforcement de la maîtrise des risques. Elles doivent également abandonner un modèle de concurrence fondé sur les bas prix au profit d’une stratégie axée sur la qualité, la technologie, l’innovation et la valeur de marque.

Parallèlement, elles doivent restructurer leurs marchés et leurs chaînes d’approvisionnement, tout en participant activement à des programmes de mise en relation et d’internationalisation, tels que Go Global, afin de diversifier leurs marchés d’exportation. Au-delà des efforts individuels des entreprises, les grands groupes et les entreprises publiques doivent jouer un rôle moteur en facilitant l’intégration des petites et moyennes entreprises (PME) aux chaînes d’approvisionnement, sans évincer ces dernières des segments de marché dans lesquels elles disposent d’un potentiel de développement.

La restructuration, un levier essentiel pour renforcer la compétitivité

S’appuyant sur l’expérience concrète des entreprises, M. Hoàng Quang Phòng, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), souligne que le marché exige désormais des entreprises une réelle capacité d’innovation, une maîtrise de la qualité, une gestion efficace des risques ainsi que le respect des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Les entreprises doivent donc dépasser une logique de réaction à court terme pour construire des capacités solides et durables sur le long terme.

Selon Hoàng Quang Phòng, la restructuration doit commencer par une réévaluation du modèle économique de l’entreprise : quelle valeur crée-t-elle, où se situent ses avantages concurrentiels et quelles compétences doit-elle développer en priorité ? Les entreprises doivent également réexaminer leur portefeuille de produits, leurs marchés, leurs réseaux de distribution et leur structure organisationnelle afin de concentrer leurs ressources sur les activités à fort potentiel et de réorienter celles qui sont peu performantes.

Vue d’ensemble du forum "Restructuration des entreprises dans le nouveau contexte", organisé par la VCCI - antenne de Hô Chi Minh-Ville.

En matière de gouvernance et de finances, les entreprises doivent renforcer la transparence, mieux piloter leur trésorerie et fonder leurs décisions d’investissement sur la rentabilité et l’efficacité économique. Les banques et les établissements de crédit doivent, eux aussi, moderniser leurs méthodes d’évaluation des entreprises. Ils devraient accorder davantage d’importance à la qualité de la gouvernance, à la viabilité des plans d’affaires, aux flux de trésorerie, aux capacités de direction et aux perspectives sectorielles, plutôt que de s’appuyer excessivement sur les garanties matérielles. Une telle approche permettrait d’élargir l’accès au financement pour les entreprises disposant de projets économiquement viables, mais n’ayant pas encore accumulé suffisamment d’actifs.

S’agissant de la technologie, le représentant de la VCCI estime que les entreprises n’ont pas nécessairement besoin d’investir massivement dans tous les domaines, d’autant qu’environ 80% des entreprises vietnamiennes sont des PME. Elles doivent plutôt identifier les processus et les activités susceptibles de générer les gains de performance les plus importants afin d’y affecter leurs ressources en priorité. Outre l’adoption de technologies permettant d’accroître la productivité et l’efficacité de la gestion, elles doivent investir dans le développement de ressources humaines capables de s’adapter aux évolutions, de maîtriser les approches fondées sur les données et de gérer efficacement les risques.

Les PME face aux défis du financement, de la gouvernance et de l’innovation

Du point de vue des entreprises, Phạm Van Triêm, président de l’Association des petites et moyennes entreprises de Hô Chi Minh-Ville, indique que la majorité des PME restent de petite taille, disposent de capacités d’autofinancement limitées et rencontrent d’importantes difficultés pour accéder aux financements à moyen et long terme. Dans de nombreuses entreprises, les pratiques de gestion reposent encore essentiellement sur l’expérience personnelle, sans stratégie structurée, système de gouvernance professionnel ni mécanismes formalisés de gestion des risques. Le niveau technologique, la productivité du travail et la qualité des ressources humaines ne répondent pas non plus pleinement aux exigences du marché.

Selon Phạm Van Triêm, les PME restent insuffisamment intégrées aux grands groupes, aux entreprises publiques et au secteur des investissements directs étrangers (IDE). De nombreuses grandes entreprises et entreprises à capitaux étrangers souhaitent identifier des fournisseurs locaux, mais manquent d’informations sur les capacités de leurs partenaires vietnamiens. À l’inverse, plusieurs PME disposent de capacités de production, mais peinent à trouver des débouchés ou ne maîtrisent pas suffisamment les normes techniques, les exigences de gestion et les procédures de sélection des fournisseurs.

Hoàng Quang Phòng, vice-président de la VCCI, met l’accent sur les trois piliers essentiels permettant aux entreprises de renforcer leur compétitivité.

Améliorer l’environnement des affaires

Pour remédier à cette situation, Phạm Van Triêm propose que Hô Chi Minh-Ville mette en œuvre des programmes de mise en relation entre fournisseurs et donneurs d’ordre, organisés par filière et associant les autorités compétentes, les associations professionnelles et les entreprises chefs de file des chaînes d’approvisionnement. L’efficacité de ces programmes devrait être évaluée à partir de résultats concrets, notamment le nombre d’entreprises ayant renforcé leurs capacités et la valeur réelle des contrats d’approvisionnement conclus.

Par ailleurs, la municipalité devrait accompagner les entreprises dans le renforcement de leurs capacités de gestion, leur transformation numérique, l’adoption de normes de qualité et la modernisation de leurs équipements technologiques. M. Triêm recommande également de lever les obstacles à l’accès au financement et aux terrains destinés à la production, ainsi que d’améliorer l’efficacité des fonds de garantie de crédit afin de soutenir les entreprises disposant de plans d’affaires viables ou de contrats d’approvisionnement conclus avec de grandes entreprises.

En outre, la ville devrait maintenir un dialogue semestriel entre les autorités publiques, les PME, les entreprises publiques et les entreprises à capitaux étrangers, afin de résoudre rapidement les difficultés rencontrées sur le terrain.

"Les petites et moyennes entreprises ont de grandes ambitions de développement, mais manquent d’opportunités pour accéder aux marchés. Elles souhaitent bénéficier d’un environnement dans lequel l’information est accessible de manière transparente, où la concurrence est équitable et où elles ont la possibilité de démontrer concrètement leurs capacités, plutôt que de réclamer à tout prix un traitement préférentiel", souligne Phạm Van Triêm.

Selon les experts, au-delà des efforts de transformation engagés par les entreprises elles-mêmes, les autorités compétentes doivent poursuivre l’amélioration du cadre réglementaire, faciliter l’accès aux ressources et renforcer les synergies entre les différents secteurs de l’économie. La levée coordonnée de ces principaux obstacles permettra aux entreprises d’accroître leur compétitivité, de s’inscrire dans une trajectoire de développement durable et de contribuer plus efficacement à la croissance économique du pays.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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