Les Vietnamiens du monde entier, des forces vives pour le pays

La Résolution N°23 ne se limite plus à solliciter ponctuellement les communautés vietnamiennes à l’étranger, mais les invite à devenir des acteurs à part entière du développement et de l’influence internationale du pays.

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Photo : NVCC/CVN

Parmi les ressources de la diaspora, la culture occupe une place singulière. D’après Hoàng Thi Hông Hà, ethnologue vietnamienne installée en France, “les Vietnamiens de l’étranger ne doivent plus être considérés uniquement comme des personnes à mobiliser ou à accompagner, mais comme des acteurs capables d’agir, de créer et de raconter eux-mêmes le Vietnam au monde”. Leur double connaissance du pays et de leur société d’accueil en fait des passerelles culturelles naturelles et durables.

Transmettre l’identité aux jeunes générations

Son expérience autour des pratiques du chant then des ethnies Tày, Nùng et Thái, inscrites depuis 2019 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’a convaincue que le public international s’intéresse davantage au Vietnam lorsqu’il peut découvrir directement ses traditions et saisir les valeurs humaines qu’elles portent.

Une exposition, un spectacle ou une fête traditionnelle peuvent parfois susciter une émotion et une compréhension que les formes classiques de communication ne parviennent pas à transmettre.

À Bruxelles, cette mission prend la forme de l’áo dài. Pour Dào Thi Thu Hang, présidente du Club du patrimoine de l’áo dài vietnamien en Belgique, “cette tunique n’est pas seulement un vêtement traditionnel : c’est un langage culturel qui permet de créer un lien avant même que les mots ne soient échangés”. Une simple question sur un motif ou une broderie peut ouvrir un dialogue sur l’histoire, les régions et les modes de vie du Vietnam. L’áo dài incarne ainsi un Vietnam à la fois attaché à ses traditions et ouvert au monde.

Hoàng Thi Hông Hà, ethnologue vietnamienne installée en France. Photo : NVCC/CVN

La transmission culturelle constitue un enjeu majeur. Selon Hoàng Thi Hông Hà, il ne s’agit pas seulement d’apprendre le vietnamien, mais de donner envie de l’utiliser à travers des expériences positives - fêtes, musique, gastronomie, voyages ou récits familiaux. La langue et la culture deviennent alors une expérience vécue plutôt qu’une obligation.

Dào Thi Thu Hang défend la même logique : lorsqu’un jeune explique à ses camarades européens l’histoire et les symboles de l’áo dài, il ne se contente plus de recevoir un héritage, il devient lui-même un passeur de culture. “C’est ainsi que nous devons transmettre notre identité, non pas en demandant simplement de conserver une tradition, mais en donnant les moyens de la comprendre, de la vivre et de la raconter dans la langue du pays où l’on grandit”.

Cette appropriation est essentielle pour assurer la continuité de l’identité vietnamienne à l’étranger. Le patrimoine ne doit pas seulement être conservé, mais aussi réinterprété et transmis par les nouvelles générations.

Transformer les ressources en projets

Pour que cette ambition devienne réalité, les acteurs culturels insistent sur la nécessité de renforcer les mécanismes de connexion.

Hoàng Thi Hông Hà appelle à une meilleure coordination entre les institutions vietnamiennes et les associations, chercheurs, artistes et acteurs culturels déjà engagés dans les communautés à l’étranger. Des ressources documentaires fiables et multilingues, un meilleur accès aux contenus culturels et des échanges avec les professionnels au Vietnam permettraient de renforcer les initiatives locales.

Dào Thi Thu Hang, présidente du Club du patrimoine de l’áo dài vietnamien en Belgique.
Photo : NVCC/CVN

Dào Thi Thu Hang souligne également l’importance de créer des liens réguliers entre les associations à l’étranger et les institutions culturelles et diplomatiques, les collectivités et les organisations spécialisées au Vietnam. Elle appelle notamment à développer les échanges avec chercheurs, artistes, artisans et créateurs, ainsi qu’à recourir davantage aux outils numériques.

Cette nouvelle logique implique toutefois une responsabilité partagée. L’État est appelé à créer les conditions et les mécanismes favorables, tandis que les communautés doivent elles aussi prendre des initiatives, créer des réseaux et mobiliser leurs propres ressources.

La dimension intellectuelle illustre également cette transformation.

Nguyên Lam Giang, coprésidente du Réseau des intellectuels vietnamiens en Nouvelle-Zélande. Photo : NVCC/CVN

En Nouvelle-Zélande, la création en juillet 2026 du Réseau des intellectuels vietnamiens illustre la volonté de structurer les ressources de la diaspora. Le réseau réunit chercheurs, universitaires, experts, entrepreneurs et jeunes Vietnamiens afin de favoriser les échanges de connaissances et les collaborations entre les deux pays.

Pour Nguyên Lam Giang, coprésidente du Réseau, “nous comprenons le Vietnam tout en disposant d’une expérience et de réseaux solides en Nouvelle-Zélande. Cet avantage nous permet de jouer un rôle de passerelle dans les recherches conjointes, les échanges universitaires, la formation, le transfert de connaissances et l’innovation”.

Dans le contexte du partenariat stratégique intégral entre le Vietnam et la Nouvelle-Zélande, la diaspora peut ainsi contribuer à transformer les engagements politiques en projets concrets dans l’éducation, la recherche, l’innovation et les échanges entre les peuples.

Au-delà des secteurs concernés, ces initiatives traduisent une même évolution : passer d’un potentiel dispersé à des réseaux capables de produire des résultats tangibles. Culture, savoir, réseaux et expérience : autant de ressources qui, mieux connectées et valorisées, peuvent renforcer la puissance du Vietnam et ses liens avec le monde.

La Résolution N°23 dessine ainsi une nouvelle relation entre le Vietnam et sa diaspora. Les Vietnamiens de l’étranger ne sont plus seulement appelés à préserver le lien avec leur Patrie ou à contribuer ponctuellement à son développement. Ils sont invités à devenir des acteurs à part entière de son avenir, porteurs de culture, de savoir et de créativité, capables de transformer leur double expérience en projets concrets au service du pays.

Thanh Tuê/CVN

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