Les startups d’IA face au défi de la conformité réglementaire

Plusieurs startups indiquent qu’elles s’efforcent de se conformer à la nouvelle réglementation sur l’intelligence artificielle (IA), entrée en vigueur le 1er mars. Elles ont commencé par réexaminer leurs applications d’IA afin d’évaluer leur conformité avec la loi.

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Un élève suit des cours en ligne via la plateforme Vuihoc.
Photo : CTV/CVN

La startup Vuihoc figure parmi les entreprises directement concernées. Depuis 2023, elle a intégré l’IA à sa plateforme d’apprentissage pour analyser les forces et les faiblesses des élèves et personnaliser leur parcours éducatif.

Des outils comme les tuteurs virtuels, la notation automatique et les suggestions de leçons permettent d’accompagner des centaines de milliers d’élèves. Vo Hoàng Biên, directeur technique chargé de l’IA chez Vuihoc, explique que l’entreprise suit de près l’élaboration de la loi depuis ses premières versions. Après son entrée en vigueur, l’équipe a recensé toutes les fonctionnalités d’IA de la plateforme et les a comparées aux exigences réglementaires afin d’en évaluer les risques.

"Nous évaluons nos produits selon trois critères juridiques : la classification des risques, la transparence lors des interactions entre utilisateurs et IA, et la protection des données", précise-t-il.

Selon lui, cette démarche dépasse l’obligation légale et correspond à la philosophie de développement de la plateforme. L’un des risques majeurs est le biais algorithmique. "Si un système d’IA évalue les compétences des élèves de manière rigide ou inexacte, il pourrait classer un enfant à tort comme étant en difficulté, avec des conséquences psychologiques et éducatives", explique-t-il. Un cadre juridique clair permet ainsi de mieux définir les limites de l’IA, notamment dans l’éducation, où les principaux utilisateurs sont des élèves.

Il compare ce cadre à une signalisation routière qui indique aux ingénieurs les limites de l’innovation. Bien que la loi impose de nouvelles obligations, il estime qu’il s’agit d’un investissement nécessaire, car "des normes plus strictes contribuent à structurer le marché".

L’entreprise de cybersécurité VSEC réfléchit également à son adaptation au nouveau cadre juridique. Elle utilise l’IA dans ses solutions de sécurité pour analyser les données, détecter les anomalies et identifier les risques de cyberattaques.

Phan Hoàng Giap, directeur technique et directeur général adjoint de VSEC, indique que l’entreprise a immédiatement examiné ses applications d’IA existantes afin de se préparer aux nouvelles exigences.

Selon lui, lorsque l’IA est profondément intégrée aux systèmes de sécurité, plusieurs risques doivent être pris en compte, notamment ceux liés aux données, aux interactions avec les systèmes internes ou encore aux biais pouvant entraîner des distorsions d’information.

Il reconnaît que la conformité réglementaire entraînera une hausse des coûts pour les entreprises, mais estime qu’il s’agit d’une étape incontournable : "Garantir la conformité à la loi engendrera des coûts, mais c’est nécessaire". 

Interface d’authentification par reconnaissance faciale sur une application mobile. 
Photo : Luu Quy/CVN.

Pour le dirigeant d’une entreprise développant des caméras basées sur l’IA, le principal défi réside dans l’application concrète de la réglementation. Le nouveau cadre pourrait notamment ralentir le déploiement des produits technologiques.

D’après lui, la mise sur le marché d’un produit d’IA se déroule généralement en deux étapes. D’abord, une phase de test pour évaluer son efficacité, qui nécessite souvent l’intervention d’organismes d’accréditation. Ensuite, une fois le produit opérationnel, l’entreprise entame les procédures d’autorisation nécessaires.

Cependant, l’expérience de certaines réglementations technologiques montre que, même lorsque les procédures existent, il peut être difficile d’identifier l’organisme responsable des tests. Faute d’interlocuteur clair, les entreprises peinent parfois à trouver où tester leurs produits.

L’expert recommande donc que les textes juridiques désignent clairement les organismes d’accréditation afin de faciliter les tests et l’accès au marché, et d’éviter des délais d’attente prolongés.

Il propose également de classer les cas d’usage : pour les projets de grande envergure ou à fort impact, une procédure d’évaluation accélérée pourrait être mise en place afin de permettre un déploiement plus rapide.

Pour de nombreuses startups, la conformité à la nouvelle loi ne se limite pas à analyser leurs produits ou à ajouter une étape d’évaluation des risques. Le véritable défi sera la mise en œuvre concrète des règles et l’accès au marché via un nouveau processus d’accréditation.

Selon Trân Van Son, directeur adjoint de l’Institut national des technologies numériques et de la transformation numérique – organisme chargé de rédiger la loi –, le Vietnam adopte ce cadre dans un contexte où seules trois juridictions disposent déjà d’une législation sur l’IA : l’Union européenne, la République de Corée et le Japon.

L’Union européenne privilégie une approche stricte axée sur la sécurité, le Japon favorise le développement technologique, tandis que la République de Corée adopte une législation de base conciliant sécurité et innovation. Le Vietnam vise pour sa part un équilibre : un niveau de sécurité supérieur à celui de la République de Corée, tout en encourageant le développement à l’image du Japon.

"La loi sur l’IA poursuit un double objectif : combler le vide juridique encadrant les nouvelles applications et passer d’une gestion passive à une approche proactive. Elle institutionnalise également la politique du Parti visant à faire de l’IA un moteur de croissance économique nationale", a indiqué un représentant de l’organisme rédacteur de la loi sur l'IA.

Nguyên Tùng/CVN

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