Les relations Vietnam - France entrent dans une phase d’"accélération de l’histoire"

Les relations entre le Vietnam et la France connaissent une "accélération de l’histoire", marquée par des échanges de haut niveau à un rythme sans précédent et une confiance de plus en plus manifeste entre les dirigeants des deux pays, a déclaré le Professeur Pierre Journoud, spécialiste d’histoire contemporaine à l’Université Paul-Valéry de Montpellier.

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Le Professeur Pierre Journoud, responsable du diplôme d’université Tremplin pour le Vietnam et de la coopération avec le Vietnam, et président de l’Association Initiatives France - Vietnam. 
Photo : VNA/CVN

Ce contexte confère une importance accrue à la visite officielle en France du secrétaire général du Comité central du Parti communiste du Vietnam (PCV) et président vietnamien Tô Lâm, alors que les relations bilatérales entament une nouvelle phase dans le cadre de leur partenariat stratégique global, a-t-il déclaré à l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA) à Paris.

Le Professeur Pierre Journoud, responsable du diplôme d’université Tremplin pour le Vietnam et de la coopération avec ce pays, et président de l’Association Initiatives France - Vietnam (IFV), a déclaré que cette visite soulignait une fois de plus le rythme exceptionnel des échanges de haut niveau qui jalonnent la longue histoire des relations entre les deux pays.

L’historien français a décomposé cette relation en trois grandes phases : un rapprochement s’étendant du milieu des années 1950 au milieu des années 1990, un approfondissement des liens jusqu’au début des années 2020, et une accélération depuis 2024.

Ouvrir une phase majeure de la réconciliation

Selon lui, ce rapprochement a succédé à une guerre de près de neuf ans en Indochine et a progressé avec prudence et graduellement, sous l’impulsion des dirigeants des deux camps. Le dialogue politique de haut niveau a repris en 1954, jetant les bases de liens économiques et culturels malgré les pressions exercées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des deux pays. En 1965-1966, le président Charles de Gaulle et le Président Hô Chi Minh sont parvenus à une entente politique substantielle sans jamais se rencontrer en personne.

Une autre étape clé a été franchie en 1993, lorsque le président François Mitterrand et le secrétaire général du Comité central du PCV, Dô Muoi, ont ouvert une phase majeure de la réconciliation entre le Vietnam et la France, engageant les deux pays sur la voie d’une coopération touchant la diplomatie, l’administration publique, l’économie, la science et la technologie, la culture, le droit ainsi que la défense nationale.

L’historien français a qualifié la visite du président François Mitterrand au Vietnam à l’époque de décision courageuse, car elle avait suscité des critiques, y compris au sein de son propre entourage. Sur le plan symbolique, cette visite a marqué la fin de l’isolement du Vietnam sur la scène mondiale et régionale. L’adhésion du Vietnam à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 1995 et l’accueil du 7e Sommet de la Francophonie à Hanoï en 1997 ont consolidé ce tournant.

Les conditions sont restées favorables au cours du premier quart du XXIe siècle, alors que l’économie vietnamienne prenait son essor, a-t-il observé. Les relations ont franchi une nouvelle étape dans les années 2010 avec l’établissement du partenariat stratégique à Paris en 2013, la visite d’État du président François Hollande au Vietnam en 2016 et la visite officielle du Premier ministre Édouard Philippe en 2018.

Les années 2020 ont toutefois été marquées par des étapes véritablement inédites. Le 7 mai 2024, des membres du gouvernement français ont assisté, pour la première fois, à une cérémonie au Vietnam commémorant la victoire de Diên Biên Phu. La présence du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et de la ministre déléguée auprès du ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, Patricia Miralles, à l’une des principales commémorations vietnamiennes a été perçue par Hanoi comme un signal fort, susceptible d’ouvrir la voie à une nouvelle étape des relations bilatérales.

Cette nouvelle étape s’est concrétisée par l’établissement d’un partenariat stratégique global à Paris, en octobre 2024, faisant de la France le premier pays européen avec lequel le Vietnam a mis en place un tel cadre. Elle a été suivie par la visite d’État du président Emmanuel Macron au Vietnam en mai 2025.

Le Professeur Pierre Journoud a également souligné que relativement peu de secrétaires généraux du Comité central du PCV se sont rendus en France. Auparavant, le secrétaire général Lê Kha Phiêu s’y était rendu en 2000, le secrétaire général Nông Duc Manh en 2005 et le secrétaire général Nguyên Phu Trong en 2018.

Selon les médias, le secrétaire général Tô Lâm a effectué quatre visites en France : deux en tant que ministre de la Sécurité publique (en 2021 et 2022), une troisième à l’occasion du XIXe Sommet de la Francophonie en 2024 - où il a été reçu par le président Emmanuel Macron le 7 octobre et a acté avec lui l’établissement d’un partenariat stratégique global - et une visite prévue en septembre 2026.

Développement des partenariats constructifs et durables

À ses yeux, si la fréquence des visites de haut niveau ne résume pas tout, elle témoigne à tout le moins d’une confiance manifeste au plus haut sommet de l’État, susceptible de se diffuser ensuite aux administrations et aux autres acteurs des deux pays. Elle atteste également d’efforts inédits pour traduire cette confiance en résultats concrets, en dépit des obstacles pratiques qui subsistent, notamment dans les domaines culturel, économique et financier.

Le Professeur Pierre Journoud a affirmé que le développement de partenariats constructifs et durables dans des secteurs clairement identifiés - tels que le commerce, la transition écologique, les transports, l’énergie, le spatial, les industries de défense ainsi que l’éducation et la formation - devait reposer sur une ambition commune : stimuler le développement socio-économique de chaque pays et préserver des intérêts géopolitiques partagés, dans un monde bien différent de celui des années 1990, marquées par la fin de la guerre froide.

Dans le contexte des objectifs ambitieux de développement économique du Vietnam - notamment une croissance à deux chiffres sur la période 2026-2030, une transformation passant du statut d’"usine du monde" à celui de leader technologique et en intelligence artificielle d’ici 2045, ainsi qu’une transition écologique visant la neutralité carbone avant 2050 -, le Professeur Pierre Journoud a souligné la portée majeure de la visite du plus haut dirigeant vietnamien pour le Vietnam et la France. Cette visite intervient alors que Paris ajuste sa stratégie pour l’Indopacifique, cherchant à jouer un rôle diplomatique plus actif et prépondérant tout en soutenant ses intérêts économiques et commerciaux.

À l’instar de nombreuses autres puissances moyennes, la France et le Vietnam partagent des préoccupations face aux velléités impériales latentes et un intérêt commun pour le renforcement de leur autonomie stratégique, a-t-il déclaré.

Il a également mis en évidence les perspectives d’une coopération approfondie dans des domaines critiques, tels que l’exploitation conjointe de minerais stratégiques ou la formation d’ingénieurs et d’experts vietnamiens par la France, des initiatives qui aideront le Vietnam à bâtir sa souveraineté technologique.

VNA/CVN

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