>> Un gardien de l’âme et de l’écriture thai
>> Tradition Thai : deux mariages pour une union durable
Les Thai constituent la plus importante communauté ethnique minoritaire de l’ouest du Nghê An et figurent parmi les peuples ayant conservé l’un des patrimoines culturels les plus remarquables du Centre-Nord du Vietnam. Au fil des générations, ils ont développé une culture de villages et de territoires riche en rites, coutumes, arts du spectacle et savoirs populaires.
À ce jour, quatre éléments culturels des Thai de Nghê An ont été reconnus comme patrimoine culturel immatériel national : la cérémonie Xăng Khan, la fête du Temple aux Neuf compartiments (Dên Chin Gian), le tissage de la brocatelle et l’écriture thai.
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| Le rite Xang Khan des Thai de la province de Nghê An. |
| Photo : Vietnamnet/CVN |
Dans les villages de montagne de l’ouest de Nghê An, les maisons sur pilotis adossées aux collines, le son des flûtes khèn bè résonnant dans la nuit ou encore les danses lăm gracieuses lors des fêtes restent des symboles emblématiques de la communauté thaïe. Ces traditions ne relèvent pas seulement du passé : elles demeurent vivantes dans la vie quotidienne et témoignent de la vitalité culturelle de ce peuple des hautes terres.
Parmi les quatre patrimoines reconnus, le tissage du brocart est considéré comme "l’âme" de la culture féminine thai. Dès leur enfance, les jeunes filles apprennent auprès de leurs mères et grand-mères à filer, teindre, tisser et broder sur les métiers à tisser traditionnels. Chaque pièce de brocart reflète l’habileté artisanale et l’esthétique inspirée de la nature montagneuse. Les motifs représentent souvent les oiseaux, les rivières, les plantes ou encore la vision cosmique du peuple thaï.
Au-delà de leur usage quotidien, les tissus de brocart occupent une place importante dans les mariages, les cérémonies de crémaillère, les rites spirituels et les grands événements communautaires. Chaque création porte ainsi la mémoire culturelle et la vie spirituelle du peuple thaï à travers les générations.
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| Le tissage du brocart chez les Thai est un artisanat traditionnel transmis par les femmes. |
| Photo : VNA/CVN |
Si la brocatelle reflète la beauté de la vie matérielle, la cérémonie Xăng Khan exprime quant à elle la profondeur spirituelle et religieuse de la communauté thaïe. Il s’agit d’un rituel populaire original lié au culte des maîtres chamaniques (mo) et à la vie spirituelle des villages et territoires thaïs. Au cœur de la cérémonie se trouvent l’arbre rituel "xặng tàng", les offrandes, les chants sacrés, les gongs, les danses et les représentations folkloriques.
Les anciens chants rituels ne se limitent pas à leur dimension religieuse : ils conservent également des épopées, l’histoire de la fondation des villages et des territoires, les savoirs populaires ainsi que la vision cosmique du peuple thaï. C’est pourquoi la cérémonie Xăng Khan est souvent considérée comme un "musée vivant" de la culture populaire des montagnes, réunissant musique, arts du spectacle et mémoire collective.
Par ailleurs, la fête du Temple aux Neuf compartiments est depuis longtemps un symbole spirituel majeur des Thai de l’ouest du Nghê An. Construit au XIVe siècle au sommet du mont Pú Chò Nhàng, le temple est associé au culte du ciel, des divinités et à l’hommage rendu à Tạo Ló Ỳ pour son rôle dans la fondation des villages et des terres. Chaque compartiment du temple représente un ancien territoire thaï du Nghê An.
Chaque année, au deuxième mois du calendrier lunaire, les Thai venus de nombreuses régions se rassemblent au Temple aux Neuf compartiments pour faire des offrandes, prier pour la prospérité et participer à diverses activités culturelles traditionnelles : chants, danses, jeux populaires, spectacles de gongs, lancer de balle en tissu (ném còn), tir à la corde et échanges de chants folkloriques. Au-delà de sa dimension religieuse, cette fête constitue également un moment fort de cohésion communautaire et témoigne de l’esprit de solidarité des Thai de l’ancienne région de Phủ Quỳ.
L’un des jalons les plus importants dans la préservation de la culture thai a été la reconnaissance de l’écriture thaïe comme patrimoine culturel immatériel national. Pour les Thai, l’écriture ne constitue pas seulement un moyen de communication : elle conserve également les contes anciens, les lois coutumières, les chants populaires, les épopées et les textes rituels traditionnels. Elle est ainsi considérée comme une "clé" ouvrant l’accès à l’immense trésor des savoirs populaires de toute la communauté.
En particulier, l’intégration du système d’écriture Thai Lai Tay dans la norme Unicode 17.0 en 2025 a permis à cette écriture d’entrer dans l’espace numérique mondial. Cette avancée ouvre de nouvelles perspectives pour la numérisation des anciens documents, la sauvegarde du patrimoine culturel et l’accès des jeunes générations à leur culture à travers des outils modernes.
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| Cours gratuit de lecture et d’écriture thai offert aux habitants d'un village montagneux. |
| Photo : VNA/CVN |
Cependant, malgré la fierté liée à ces patrimoines culturels, les Thai de Nghê An font aujourd’hui face à de nombreux défis dans la préservation de leur identité traditionnelle. De nombreux artisans et gardiens du savoir maîtrisant les rites anciens, l’écriture thaïe ou encore le tissage traditionnel sont désormais âgés. Dans le même temps, les jeunes générations sont fortement influencées par l’urbanisation, les réseaux sociaux et les migrations professionnelles, ce qui réduit progressivement leur attachement aux traditions culturelles.
De nombreux chants populaires, coutumes et savoir-faire artisanaux risquent ainsi de disparaître faute de transmission. Face à cette réalité, plusieurs artisans, coopératives et jeunes passionnés se mobilisent pour préserver ce patrimoine en organisant des cours d’écriture thaïe, en transmettant les techniques du tissage du brocart et en valorisant les produits traditionnels à travers le tourisme et le commerce électronique.
Les chercheurs en culture estiment que la sauvegarde durable du patrimoine thaï nécessite une stratégie à long terme : soutenir les artisans dans la transmission de leur savoir-faire, intégrer la culture thaïe dans les écoles, développer le tourisme communautaire et accélérer la numérisation des archives culturelles populaires. Car un patrimoine ne peut réellement survivre que s’il continue d’être pratiqué et transmis dans la vie quotidienne de la communauté.
Au cœur de la vie moderne, le bruit des métiers à tisser sous les maisons sur pilotis, les classes d’écriture thaïe dans les villages ou encore les chants lăm résonnant lors des fêtes témoignent toujours de la vitalité durable de la culture thai dans l’ouest de Nghê An. Ce patrimoine n’appartient pas uniquement au peuple thaï : il constitue aussi une part essentielle de la diversité culturelle du Vietnam.
Xuân Lôc/CVN




