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| Musée de l’histoire militaire du Vietnam. |
| Photo : VNA/CVN |
Au début du mois de mai, plusieurs musées n’ont pas seulement accueilli des visiteurs en quête de culture : ils se sont imposés comme de véritables destinations de vacances. Aux côtés des plages et des sites touristiques, de nombreux visiteurs ont choisi de franchir leurs portes pour retrouver, à travers les objets, les récits et les mises en scène, des repères historiques et des émotions collectives. Cette affluence témoigne d’un intérêt renouvelé pour ces lieux de mémoire, dans un contexte où la Résolution N°80, en date du 7 janvier 2026, du Politburo appelle à renforcer le développement de la culture vietnamienne.
Le Musée national d’histoire du Vietnam a connu une forte fréquentation au cours des premiers jours de mai. Les espaces consacrés aux deux guerres de résistance du peuple vietnamien ont attiré un public nombreux. Parmi les pièces les plus remarquées figure l’insigne “Soldats de Diên Biên Phu”, d’un diamètre d’à peine 2 cm. Ce petit objet a retenu l’attention parce qu’il avait été proposé par le Général Vo Nguyên Giap (1911-2013) alors que la campagne de Diên Biên Phu n’était pas encore terminée. Il réunit plusieurs symboles forts : les montagnes et forêts du Nord-Ouest, la plaine de Muong Thanh, le soldat, le drapeau “Déterminé à se battre, déterminé à gagner” et le canon antiaérien.
Au-delà de la simple présentation des collections, l’institution a également développé des programmes d’éducation historique adaptés. Selon les statistiques, la série d’activités d’expérience “Réunification du pays”, organisée pendant plus de trois semaines, a attiré près de 3.000 élèves. Le public scolaire a pu y participer sous différentes formes : visites en ligne, cours d’histoire en ligne, échanges thématiques et apprentissage de l’histoire en anglais.
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| Visiteurs au Musée de la sculpture cham de Dà Nang (Centre). |
| Photo : VNA/CVN |
Destinations culturelles en vogue
À Hô Chi Minh-Ville, les musées les plus fréquentés pendant les congés du 30 avril (Journée de la libération du Sud et de la réunification nationale) et du 1er mai (Journée internationale du travail) ont été le Musée des vestiges de la guerre, celui des beaux-arts de la métropole, ceux d’histoire et de Hô Chi Minh-Ville. Le Musée des vestiges de la guerre s’est distingué avec plus de 10.000 visiteurs par jour, confirmant l’attractivité des espaces consacrés à la mémoire historique.
À Hanoï, plusieurs grandes institutions ont également mis en valeur leur capacité à faire vivre l’histoire autrement. Les visiteurs vietnamiens et étrangers ont pu se rendre au Musée d’histoire militaire du Vietnam pour revivre la campagne de Diên Biên Phu à travers une vaste collection d’objets, des maquettes en 3D mapping, des vidéos et des guides audio.
Ces initiatives traduisent une évolution nette : au-delà de la conservation des objets et du patrimoine, les musées vietnamiens cherchent désormais à devenir des espaces ouverts, plus modernes, davantage connectés à la société et capables de transmettre l’histoire avec plus de force et d’accessibilité.
Les signaux positifs observés aujourd’hui doivent toutefois être replacés dans l’histoire longue des musées au Vietnam. Pendant certaines périodes, ces institutions ont joué un rôle éducatif évident dans des contextes sociaux particuliers. Mais à d’autres moments, des pratiques devenues routinières se sont peu à peu éloignées des attentes du public.
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| Application de la technologie interactive 3D pour présenter le thème du patrimoine culturel bouddhique au Musée des beaux-arts du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
Visites scolaires innovantes
Avant 1945, avec l’introduction de la culture française, plusieurs des premiers musées du Vietnam ont été créés dans les trois régions du pays, tels que les musées Louis Finot, Henri Parmentier et Blanchard de la Brosse, devenus aujourd’hui respectivement le Musée national d’histoire du Vietnam, le Musée de la sculpture cham de Dà Nang et le Musée d’histoire de Hô Chi Minh-Ville. Après 1945, les activités de conservation et de muséographie ont été inscrites dans un nouveau cadre de valeurs : affirmation de la souveraineté culturelle, préservation de la mémoire nationale et service de l’éducation sociale.
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| Le Musée des vestiges de la guerre à Hô Chi Minh-Ville attire de nombreux visiteurs. |
| Photo : VNA/CVN |
Dans le contexte de la guerre, puis de la période de l’économie subventionnée, les musées vietnamiens ont très tôt assumé une forte fonction historique et sociale. L’éducation aux traditions patriotiques et à la mémoire révolutionnaire est alors devenue une mission centrale. Pendant des décennies, le système muséal a répondu à des besoins précis et rempli efficacement son rôle de propagande et d’éducation historique. Le musée permettait alors au public d’accéder concrètement à l’histoire par les objets, à travers des présentations solennelles, linéaires et faciles à comprendre.
Du conservatoire au lieu vivant
Mais la société a changé. Le public dispose désormais d’une offre culturelle et de loisirs plus vaste, tandis que ses modes d’accès à l’information se sont profondément transformés. Dès lors, l’ancien modèle a commencé à montrer ses limites.
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| Le Musée de Hanoï, en forme de pyramide renversée, figure dans la liste des plus beaux musées du pays. |
| Photo : CTV/CVN |
À la fin des années 2010, la question de l’efficacité du système muséal vietnamien était souvent soulevée lors de colloques. À l’époque, parmi environ 180 musées répartis sur l’ensemble du territoire, dont plus des deux tiers étaient publics, beaucoup fonctionnaient en dessous des attentes. Le problème était particulièrement visible dans les musées locaux, où les dispositifs d’exposition étaient souvent anciens, dépassés et désertés par le public. Même dans certaines grandes villes, la fréquentation restait faible, les visiteurs étant surtout des touristes étrangers ou des étudiants en muséologie.
“Globalement, la manière de raconter, d’organiser les expositions et de faire fonctionner de nombreux musées à cette époque n’était plus en phase avec les attentes du public”, analyse le Professeur associé Nguyên Van Huy, ancien directeur du Musée d’ethnographie du Vietnam. Les limites du modèle “histoire générale” - chronologique comme un manuel scolaire - étaient claires : accumulation d’informations sans points forts, salles traversées sans retenir d’histoire, personnage ou objet. Mises en scène répétitives : mannequins identiques, vitrines uniformes, panneaux austères, objets sans respiration visuelle.
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| Visiteurs au Musée des beaux-arts du Vietnam à Hanoï. |
| Photo : Hoàng Giang/CVN |
Ces limites ont révélé le besoin de changement, amplifié par une transformation sociétale plus large et le développement des technologies numériques. Celles-ci ouvrent des possibilités pour des narrations plus interactives et proches du public.
La pandémie de COVID-19, entre 2020 et 2021, a accéléré cette transition. Face à la fermeture des sites, les musées ont développé des expositions en ligne, des visites virtuelles et des présentations numériques, révélant un potentiel durable pour élargir l’interaction avec les visiteurs. Ces efforts, engagés depuis plus d’une décennie afin de reconquérir le public, commencent aujourd’hui à porter leurs fruits.
Les technologies transforment désormais profondément l’expérience muséale : les objets statiques deviennent les éléments de récits dynamiques, rendant les contenus historiques plus vivants, accessibles et pertinents.
Thuy Hà/CVN








