Les emplois occupés par les femmes sont les plus menacés par l'IA

À l’échelle mondiale, les emplois majoritairement occupés par des femmes sont presque deux fois plus exposés à l’IA générative que ceux occupés majoritairement par des hommes : 29% contre 16%.

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Sur le marché de l'emploi, ce sont ceux occupés par les femmes qui sont plus menacés que ceux occupés par les hommes par l'Intelligence artificielle, selon plusieurs études. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Les femmes sont "globalement plus affectées par les bouleversements liés à l’IA". Ce constat est le résultat d'une enquête menée récemment par le quotidien économique allemand Handelsblatt. Pour cette enquête, le journal a croisé plusieurs données provenant de l'Institut pour la recherche sur l'emploi (IAB), de l'Agence fédérale pour l'emploi, de l'institut économique IfW Kiel et de la plateforme de recrutement Indeed.

Résultat : les dix métiers occupés à 95% par des femmes sont "plus souvent soumis à une pression de transformation" par cette technologie. C'est particulièrement le cas pour les employées de bureau, comme les dactylographes ou les assistantes administratives. À l'inverse, les emplois industriels et d'artisanat, très majoritairement masculins, sont difficilement automatisables.

Les femmes du "care" préservées, mais toujours sous-rémunérées

Virginia Sondergeld, experte du marché du travail pour Indeed interviewée par le Handelsblatt, souhaite mettre en garde contre un lien direct entre proportion de femmes et degré d'automatisation.

En valeur absolue, celles-ci sont aussi très présentes dans les métiers du "care" (soins aux malades et aux personnes âgées), qui sont peu remplaçables par l'IA. Mais si l'on analyse les tâches réalisées par les employés, celles que l'on peut déléguer à l'IA impliquent plus souvent des femmes.

En moyenne, pour ces dernières, "le potentiel de transformation" de leur métier par l’IA est de 51%, contre 42% pour les hommes, selon les calculs cités dans l'enquête.

Avoir un métier peu affecté par l'IA n'est pas nécessairement une bonne chose, relève aussi Virginia Sondergeld. "Ce sont les emplois les moins bien rémunérés qui sont considérés comme sûrs face à l’IA", est-il précisé dans le journal. Selon l'Institut de recherche sur l'emploi (IAB), environ 1,6 million d'emplois en Allemagne seront concernés au cours des 15 prochaines années, ce qui signifie qu'ils seront soit supprimés, soit nouvellement créés.

Une inquiétude mondiale

29% des postes majoritairement féminins sont exposés à l’IA générative, contre 16% pour les hommes, selon l’Organisation internationale du travail. L’intelligence artificielle générative transforme déjà les lieux de travail et s’insère dans des marchés du travail où les femmes et les hommes n’ont pas le même accès à l’emploi, aux opportunités ni aux protections, lit-on dans une chronique publiée sur le site d'information suisse tdg.ch.

Si l’IA crée aussi de nouvelles opportunités, tout le monde n'en profite pas. "La croissance devrait se concentrer dans les secteurs à forte intensité technologique. Or les femmes restent sous-représentées dans les domaines qui conçoivent et gouvernent l’IA. En 2022, elles représentaient environ 30% de la main-d’œuvre mondiale de l’IA, un chiffre qui a à peine évolué en six ans", précise l'article.

Pour Anam Butt, spécialiste de l’égalité entre femmes et hommes à l'OIT, qui signe cette tribune, "l’IA générative pourrait creuser l’écart, ou contribuer à le réduire. L’issue ne dépendra pas de la technologie seule, mais des choix que nous faisons aujourd’hui".

Les femmes plus réticentes face à l'IA ?

La lettre d'information féministe Les Glorieuses cite de son côté une étude menée par @leaninorg aux États-Unis. Celle-ci montre que "les femmes sont plus prudentes que les hommes face à l’IA au travail. Et ce n’est pas seulement une question de peur de perdre son emploi ou de manque de soutien des managers : elles sont aussi plus susceptibles de remettre en question la fiabilité de l'IA et d'avoir des réserves éthiques".

"Les femmes sont surreprésentées dans les métiers les plus exposés à l'IA. Elles font également preuve d'une aversion au risque plus élevée. Lorsqu'on tient compte de ces facteurs structurels, le scepticisme des femmes ressemble moins à un problème à résoudre qu'à une réponse rationnelle à des conditions réelles", explique la chercheuse Beatrice Magistro, interrogée par Les Glorieuses. "Les femmes doivent utiliser et comprendre l'IA pour pouvoir l'influencer", conclut l'autrice de l'article Josephine Lethbridge.

Début juillet à Genève, se tiendra le sommet mondial "AI for Good" (l’IA au service du bien). A cette occasion, ONU Femmes appelle les gouvernements, les entreprises technologiques et les développeurs à intégrer l’égalité des sexes dès la conception, le déploiement et la gouvernance des systèmes d’IA. Une étude portant sur 133 systèmes d’intelligence artificielle a révélé que 44% présentaient des biais sexistes, tandis que plus d’un quart combinaient des biais liés au genre et à la race.

Selon l’OIT les femmes représentent seulement 30% de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur de l’IA. Une sous-représentation qui risque, selon ONU Femmes, de limiter la diversité des perspectives intégrées dans les systèmes qui façonneront les sociétés futures.

AFP/VNA/CVN


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