Anomalies thermiques, "nanisme" du plancton : en Manche, la bioversité marine en souffrance

Sur la plage de Wimereux (Pas-de-Calais), en cette semaine de canicule, la température ressentie atteint jusqu'à 42°C. Les baigneurs affluent, en quête de fraîcheur dans la Manche. Mais la mer aussi affiche des températures exceptionnelles, conduisant à l'appauvrissement de sa biodiversité.

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La plage de Wimereux, le 25 juin 2023 dans le Pas-de-Calais. 
Photo : AFP/VNA/CVN

À quelques mètres des baigneurs, deux silhouettes en salopettes imperméables s'éloignent du rivage. Grégory Beaugrand, directeur de recherche au CNRS, et son technicien disposent d'une courte fenêtre de temps pour réaliser leurs prélèvements.

Chronomètre en main, ils s'avancent dans la mer jusqu'à avoir l'eau à la taille. Pendant une minute, ils tractent un filet avec un bidon au bout, destiné à prélever du zooplancton, une source essentielle de nourriture pour de nombreuses espèces marines.

"Grâce à ces organismes, on peut avoir une idée des effets environnementaux sur les écosystèmes", explique M. Beaugrand, qui travaille au Laboratoire d'Océanologie et de Géosciences (LOG) de Wimereux, qui associe le CNRS, l'Institut de recherche pour le Développement (IRD) et les universités de Lille et du Littoral Côte d'Opale.

De retour au laboratoire situé à côté de la plage, l'échantillon est scruté au microscope.

Le scientifique observe des espèces de plancton "assez précoces" pour la saison, et constate que les organismes qu'il prélève régulièrement sont de plus en plus petits : "plus la température augmente, plus la taille des organismes diminue".

"On a un changement dans la proportion des espèces caractérisant les eaux froides et les eaux chaudes avec un phénomène de nanisme adaptatif" du plancton, explique-t-il.

Or, quand la composition du plancton se modifie, "tous les niveaux" de la chaîne alimentaire changent aussi : "Les poissons qui aiment les eaux froides sont en train de disparaître" de la Manche, s'inquiète-t-il.

"Par exemple, la morue de l'Atlantique est une espèce qu'on ne trouvera probablement plus dans les décennies qui viennent à cause du dérèglement climatique (...). On note aujourd'hui beaucoup de sardines. Avant, on avait du hareng qui arrivait mi-octobre, maintenant il arrive beaucoup plus tardivement et dans des quantités beaucoup plus faibles".

AFP/VNA/CVN

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