RDC/Ebola
L'épidémie constitue une urgence sanitaire mondiale avec plus de 5.000 cas confirmés

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mardi 18 août que l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) continuait de constituer une urgence de santé publique de portée internationale, alors que le nombre de cas confirmés a dépassé 5.000, que la maladie gagne de nouvelles zones et que les autorités accélèrent le recours à des vaccins et traitements expérimentaux.

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Des professionnels de santé enfilent leurs combinaisons de protection dans un centre de traitement d'Ebola à Bunia, dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), le 6 juillet.
Photo : Xinhua/VNA/CVN

La décision de l'OMS intervient trois mois après la déclaration de cette épidémie, provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, dans la province de l'Ituri (est). Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré mardi 18 août à l'ouverture de la deuxième réunion du Comité d'urgence du RSI (Règlement sanitaire international) que cette flambée était désormais la deuxième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée et qu'elle progressait plus rapidement que toutes les précédentes.

Selon le dernier rapport hebdomadaire de situation publié mardi par le Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique, la RDC a enregistré, au 16 août, 5.021 cas confirmés et 2.378 décès dans 55 zones de santé réparties dans six provinces, soit un taux de létalité de 47,4%. Au total, 1.061 patients ont guéri.

Le bilan de cette épidémie a déjà dépassé celui de 2018-2020 dans l'est de la RDC, qui avait été jusqu'ici l'épidémie la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) ont indiqué lundi que l'épidémie actuelle fait désormais en moyenne un mort toutes les 30 minutes et qu'elle risque, si sa trajectoire n'est pas inversée, de devenir l'épidémie d'Ebola la plus meurtrière jamais enregistrée dans le monde.

Une épidémie "loin d'être maîtrisée"

"Nous devons être francs : l'épidémie est loin d'être maîtrisée", a reconnu M. Tedros. "Elle avait une grande longueur d'avance et nous sommes toujours en train de la rattraper."

Ce qui inquiète les responsables sanitaires n'est pas seulement l'ampleur de l'épidémie, mais aussi sa dynamique.

Au cours des 95 premiers jours de notification, la moyenne mobile sur sept jours a dépassé 90 cas confirmés par jour, soit un niveau nettement supérieur à celui observé à des périodes comparables lors de l'épidémie de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest et de celle de 2018-2020 en RDC, selon le rapport de l'OMS.

Le document indique que le maintien d'une incidence élevée et la poursuite de l'expansion géographique montrent que l'épidémie "n'est pas encore entrée dans une phase de déclin clairement établie". La géographie de l'épidémie évolue également, l'Ituri en demeurant l'épicentre, avec 84,8% des cas cumulés, mais la transmission s'accélère dans des provinces voisines.

Selon l'OMS, l'épidémie prend un caractère "plus dispersé géographiquement" : alors que la transmission persiste dans les principaux foyers, elle s'intensifie dans d'autres régions et continue de s'étendre.

Le rapport souligne que la forte mortalité, le nombre important de décès survenus en dehors des structures de traitement, l'alourdissement de la surveillance épidémiologique et les disparités dans les capacités de riposte montrent que les mesures actuelles ne permettent pas encore d'atteindre "la rapidité, la couverture ou l'intensité suffisantes pour interrompre la transmission".

Le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a déclaré mardi 18 août lors d'une conférence de presse à Kinshasa que le virus s'était propagé de manière rapide malgré une riposte robuste.

Selon lui, les symptômes précoces moins caractéristiques de l'infection par la souche Bundibugyo peuvent conduire les malades à rester plus longtemps au sein de leur communauté avant de consulter, favorisant ainsi la transmission.

Vaccins et traitements expérimentaux accélérés

Trois mois après le début d'une épidémie pour laquelle il n'existe toujours ni vaccin spécifiquement homologué contre la souche Bundibugyo ni traitement approuvé, les autorités misent de plus en plus sur des outils médicaux expérimentaux ou repositionnés, en complément des mesures classiques de santé publique.

Deux vaccins conçus spécifiquement contre cette souche sont entrés en phase d'essais chez l'être humain, a indiqué mardi 18 août M. Tedros.

Désinfection d’un centre de traitement d’Ebola à Goma, en RDC. 
Photo : Xinhua/VNA/CVN

L'essai thérapeutique PARTNERS, soutenu par l'OMS et qui a déjà recruté environ 100 patients selon le directeur général de l'organisation, évalue l'antiviral remdesivir, l'anticorps monoclonal expérimental MBP134 ainsi que l'association des deux.

M. Kamba a affirmé mardi 18 août que les premiers résultats pourraient être disponibles "dans environ trois à quatre semaines".

Les chercheurs évaluent également l'obeldesivir, un antiviral oral, comme traitement prophylactique post-exposition chez des personnes ayant été fortement exposées au virus.

L'évolution la plus immédiate et potentiellement la plus importante concerne toutefois ERVEBO, un vaccin homologué contre la souche Zaïre du virus Ebola.

Les CDC Afrique ont soutenu lundi 17 août la demande de la RDC visant à permettre, dans un cadre strictement encadré, une utilisation élargie d'ERVEBO chez les travailleurs de première ligne les plus exposés, parallèlement à un essai de phase III destiné à déterminer s'il peut protéger contre la souche Bundibugyo.

L'agence africaine a toutefois souligné que les données disponibles sur une éventuelle protection croisée restaient limitées et qu'aucune efficacité clinique contre Bundibugyo n'avait pas encore été établie.

M. Kamba a déclaré que les observations faites au cours de l'épidémie actuelle semblaient indiquer que certains agents de santé précédemment vaccinés avec ERVEBO n'étaient pas tombés malades ou avaient développé des formes plus légères, tandis que des études chez l'animal et des analyses d'anticorps suggéraient également une possible protection croisée.

"C'est un constat. Ce n'est pas encore une affirmation", a-t-il toutefois nuancé.

Le gouvernement a décidé d'élargir les recherches sur ce vaccin tout en préparant son utilisation auprès de groupes particulièrement exposés, a ajouté le ministre. Selon lui, le pays a obtenu environ 70.000 doses et 2.000 doses sont déjà disponibles pour lancer la vaccination du personnel de santé la semaine prochaine.

Le dernier rapport de l'OMS reste cependant prudent. Il estime que les données disponibles sont insuffisantes pour démontrer une protection croisée significative et recommande de ne pas utiliser ERVEBO de manière programmatique contre la souche Bundibugyo en dehors d'un cadre de recherche.

"L'évaluation d'une éventuelle protection croisée reste donc une question de recherche plutôt qu'une intervention de riposte établie", selon le rapport.

Des risques au-delà des frontières

La décision de l'OMS de maintenir le classement de l'épidémie comme urgence de santé publique de portée internationale intervient alors que sa dernière évaluation considère le risque de nouvelle propagation géographique à l'intérieur de la RDC comme "très élevé", tandis que le risque de propagation transfrontalière reste élevé.

L'extension de l'épidémie à de nouvelles provinces, combinée à une transmission soutenue dans des zones où les déplacements de population sont importants, accroît le risque de propagation du virus le long des principaux axes de transport, selon l'OMS.

L'organisation se dit particulièrement préoccupée par la province de la Tshopo et son chef-lieu Kisangani, l'un des principaux carrefours de transport du pays. Les liaisons routières, fluviales et aériennes de cette zone pourraient favoriser une propagation à longue distance vers Kinshasa, selon le rapport.

M. Kamba a indiqué qu'aucun cas lié à l'épidémie actuelle n'avait jusqu'à présent été confirmé à Kinshasa, tandis que les autorités avaient renforcé la surveillance le long des voies fluviales menant à la capitale.

M. Tedros a estimé que les mouvements importants de population "le long des routes, des fleuves et des axes miniers", auxquels s'ajoutent l'insécurité et les déplacements de populations, alimentaient la propagation.

"Le risque ne s'arrête pas aux frontières de la RDC", a-t-il averti.

L'Ouganda, le Soudan du Sud et la République centrafricaine sont notamment considérés comme exposés à un risque élevé d'importation de cas, en raison de leur proximité avec les zones touchées et de l'importance des mouvements transfrontaliers, d'après l'OMS.

Xinhua/VNA/CVN

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