>> BAD : la croissance du Vietnam devrait rester la plus forte d’Asie du Sud-Est en 2026
>> La Résolution 19 donne un nouvel élan au modèle de croissance du Vietnam
>> Les IDE au Vietnam dépassent 40 milliards de dollars en huit mois
>> FEO 2026 : le Vietnam appelle à renforcer la connectivité à travers l’Eurasie
![]() |
| Les revenus des Vietnamiens augmentent considérablement parallèlement au développement économique du pays. |
Le 1er août, The Borgen Project, une organisation américaine à but non lucratif, a estimé que la croissance économique du Vietnam avait permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté au cours des dernières décennies. À mesure que les revenus des ménages augmentent et que la classe moyenne du pays s’élargit, la demande de biens et de services de consommation continue de progresser.
Le Vietnam a fait passer la proportion de sa population vivant dans des conditions difficiles de plus de 70% au début des années 1990 à moins de 1 % ces dernières années. Cette évolution est largement reconnue comme l’un des "miracles du développement" dans le monde. Par ailleurs, la forte croissance des exportations, le développement industriel et les investissements dans l’éducation ont contribué à améliorer le niveau de vie dans l’ensemble du pays. Alors qu’un nombre croissant de ménages vietnamiens disposent d’un pouvoir d’achat plus élevé, les entreprises du monde entier bénéficient elles aussi d’un marché de consommation plus vaste.
Il convient de souligner que la classe moyenne vietnamienne s’est rapidement développée parallèlement à l’essor économique du pays. L’augmentation des revenus a stimulé la demande de biens de consommation, de services de santé, de produits technologiques et de possibilités d’éducation. Le Vietnam est ainsi progressivement passé d’une économie à faible revenu à un marché de consommation de plus en plus important.
Dans une perspective plus large, les progrès réalisés par le Vietnam en matière de réduction de la pauvreté montrent que le développement économique peut générer des bénéfices partagés à l’échelle mondiale. La hausse des revenus a amélioré les conditions de vie de millions de Vietnamiens tout en ouvrant de nouveaux marchés aux entreprises internationales.
Le passage au revenu intermédiaire supérieur
Cette analyse concorde également avec les statistiques récentes faisant état d’une progression continue des revenus des Vietnamiens. À titre d’exemple, l’enquête sur le niveau de vie des ménages en 2025, publiée début juillet par l’Office général des statistiques, indique que le revenu mensuel moyen par habitant a atteint 6 millions de dôngs, aux prix courants, soit une hausse de 10,9% par rapport à 2024. Cette progression est supérieure à celle enregistrée en 2024 par rapport à 2023, qui s’élevait à 9,1%.
![]() |
| L’augmentation des revenus de la population ouvre de nouvelles perspectives pour attirer davantage le commerce et les investissements étrangers. |
| Photo : CTV/CVN |
Ces résultats ont également constitué l’une des bases permettant à la Banque mondiale de relever officiellement, au début du mois de juillet, le Vietnam du groupe des pays à revenu intermédiaire inférieur à celui des pays à revenu intermédiaire supérieur.
Plus précisément, le revenu national brut (RNB) par habitant du Vietnam est passé de 4.490 dollars en 2024 à 4.970 dollars en 2025. Ce niveau dépasse le seuil de 4 636 dollars, critère permettant d’intégrer le groupe des pays à revenu intermédiaire supérieur selon la nouvelle classification de la Banque mondiale.
Selon la Banque mondiale, le Vietnam a bénéficié de ce reclassement grâce au maintien d’une croissance économique soutenue et aux bonnes performances de ses exportations. Au cours des deux années 2024-2025, la valeur des exportations a augmenté de plus de 15%, tandis que le PIB a enregistré respectivement une croissance de 7% et de 8%. Sur la période 2021-2025, le RNB du Vietnam a progressé en moyenne d’environ 10% par an. Les experts de la Banque mondiale considèrent qu’il s’agit de "l’un des rythmes de croissance durable les plus solides de la région".
Le fait que la Banque mondiale classe officiellement le Vietnam parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur ne constitue donc pas seulement une reconnaissance de la taille et des capacités de son économie ; il marque également une étape importante dans son processus de développement.
Une croissance fondée sur l’inclusion
Le Dr. Nguyên Tu Anh, directeur de la recherche sur les politiques à l’Université VinUni, souligne que la trajectoire de croissance du Vietnam se distingue de celle de nombreux autres pays. Il s’agit, selon lui, d’une croissance inclusive, résultant d’un choix délibéré du Vietnam.
Entre 2010 et 2020, le Vietnam a permis à plus de 10 millions de personnes de sortir de la pauvreté, faisant passer le taux de pauvreté, selon le seuil de revenu de 3,20 dollars par jour, de 16,8% à 5%. Le taux de pauvreté multidimensionnelle des ménages a également fortement diminué, passant de 4,2% en 2022 à 1,3% en 2025.
Parallèlement, la classe moyenne s’est rapidement développée, passant de 6,8 millions de personnes en 2011 à 19,5 millions en 2019, et devrait représenter 50 à 55% de la population d’ici 2030. Le RNB par habitant est passé de moins de 700 dollars en 1986 à 4.970 dollars, permettant au Vietnam d’intégrer officiellement le groupe des pays à revenu intermédiaire supérieur à compter du 1er juillet.
Une croissance sans forte hausse des inégalités
Il est particulièrement intéressant de constater que la croissance vietnamienne semble aller à l’encontre de la théorie de Kuznets, selon laquelle les inégalités augmentent fortement au cours des phases de croissance rapide. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités, est en effet resté pratiquement stable au Vietnam, autour de 36,15, au cours des 30 dernières années.
Cela montre que la croissance économique vietnamienne ne s’est pas accompagnée d’une hausse proportionnelle des écarts de richesse, contrairement à ce qui s’est produit dans de nombreux autres pays. À titre d’exemple, le Brésil affichait initialement un niveau d’inégalité très élevé, avec un coefficient de Gini de 63,2 en 1989. Il a donc dû recourir à des politiques de protection sociale pour redistribuer les revenus en aval. Ce processus est coûteux et dépend du cycle économique ; malgré cela, le coefficient de Gini du Brésil, actuellement de 50,3, demeure nettement supérieur à celui du Vietnam.
Quatre piliers pour une croissance inclusive
Nguyên Tu Anh insiste sur le fait que l’égalité au Vietnam ne résulte pas d’une redistribution "au compte-gouttes" des fruits de la croissance après coup, mais qu’elle a été intégrée dès le départ dans les fondements de l’économie à travers quatre piliers.
Premièrement, les actifs ont été répartis de manière relativement diffuse dès le départ. Les politiques de réforme, notamment la réforme "Khoán 10" et la loi foncière de 1993, ont permis de répartir les droits d’usage des terres entre les agriculteurs à la veille du Đổi Mới, donnant ainsi aux populations pauvres des moyens de production dont elles disposaient déjà.
Deuxièmement, une croissance intensive en main-d’œuvre, soutenue par des flux d’investissements directs étrangers (IDE) orientés vers les exportations, a créé des millions d’emplois et accru la valeur du travail – le seul actif dont disposent de nombreux ménages pauvres.
Troisièmement, la généralisation de l’éducation de base et des soins de santé a permis aux populations défavorisées de disposer de la santé et des compétences nécessaires pour saisir les nouvelles possibilités d’emploi.
Enfin, l’État a réalisé des investissements ciblés : les budgets publics ont été concentrés sur l’acheminement de l’électricité, la construction de routes, d’écoles et de centres de santé, ainsi que sur les programmes nationaux ciblés dans les zones reculées, permettant ainsi aux populations pauvres de mieux se connecter aux marchés.
Texte et photos : Minh Thu/CVN





