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| Le réalisateur Louis Clichy à Paris le 6 octobre. |
| Photo : AFP/VAN/CVN |
Après une razzia de prix prestigieux - Prix spécial du jury Un Certain Regard au festival de Cannes, prix du public et du jury à Annecy - le film réalisé par Louis Clichy se présente comme le phénomène de l'animation française de l'automne.
Librement inspiré de l'histoire personnelle de Louis Clichy, Le Corset raconte l'histoire d'un garçon de 10 ans vivant à la ferme avec ses parents, son grand frère et sa petite soeur, et contraint de porter un corset pour redresser un dos récalcitrant.
Entravé mais combattif, Christophe va trouver une échappatoire dans la musique en se liant d'amitié avec l'organiste de l'église de son village, et s'éveiller à ses premiers émois amoureux.
Louis Clichy, qui a porté un corset de ses 17 à 23 ans, peaufine cette histoire depuis de nombreuses années.
"J'aimais bien l'idée de revisiter l'enfance et de m'imaginer ce corset dans un milieu un peu fermé, dans ces cours carrées, dans cette ambiance familiale très traditionnelle, un peu patriarcale et avec beaucoup de carcans", sourit le cinéaste.
Mutation
Dessiné d'un trait simple, à l'aquarelle et en 2D, le film dépeint aussi un territoire, la Beauce - une région agricole au sud-ouest du bassin parisien - et ses cultures céréalières à perte de vue constellées de pylônes électriques.
"Je pense que c'est une région éminemment cinématographique", affirme Louis Clichy. "C'est sûr qu'elle est industrieuse, il n'y a plus d'arbres - dans le film on coupe un arbre centenaire car il gêne les machines agricoles -, mais ça la rend incroyable", défend-il.
"Je ne dis pas que c'est une campagne rêvée où on a envie d'habiter, mais en tout cas, elle a sa particularité", poursuit Louis Clichy dont une partie de la famille habite toujours là-bas.
Le film chronique à travers les yeux de Christophe la fin d'un monde agricole, fait d'élevage et de cultures vivrières, et l'avènement d'une nouvelle ère industrielle, dominée par la monoculture céréalière.
"La Beauce est un endroit très riche, il y a des fortunes incroyables. Par contre, en termes de densité de population, de culture agricole, ça a périclité. Donc il y a une espèce de truc sinistre", observe Louis Clichy.
"Ce que j'ai aimé transcrire, c'est le lien social qui est encore un peu là (dans les années 1980), à travers l'église, à travers l'école, le sport...", se remémore l'artiste, qui a vécu dans cette campagne jusqu'à ses 10 ans avant de déménager à Orléans.
Oscar
Louis Clichy n'a pas pour autant voulu faire un pamphlet sur les dérives du monde agricole. "Ce qui me plaisait, c'était de voir les conséquences de tout ça sur une famille", détaille-t-il.
Après avoir co-réalisé deux films Astérix avec Alexandre Astier, qui prête sa voix ici à l'organiste, Le Corset est le premier long-métrage entièrement porté par Louis Clichy.
Réalisé avec un budget modeste de six millions d'euros, le film a été acheté par Sony Pictures Classics pour être distribué notamment aux États-Unis, où il est pressenti pour intégrer la course aux Oscars.
"J'ai été heureux tout le temps" sur ce projet, affirme Louis Clichy, qui a fait l'expérience des grosses productions chez Pixar au début de sa carrière, où il a travaillé sur "Wall-E".
"Les gens comprenaient pourquoi ils travaillaient, ça a quand même du sens", se réjouit le réalisateur qui s'amuse de voir son film très artisanal devenir "un étendard" de la résistance à l'intelligence artificielle et aux bouleversements technologiques.
AFP/VNA/CVN


