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| Retour en force des voyageurs russes dotés d'un fort pouvoir d'achat. |
| Photo : VNA/CVN |
Une progression qui dépasse toutes les prévisions
Les statistiques touristiques des huit premiers mois de 2026, publiées par l'Autorité nationale du tourisme du Vietnam (VNAT), révèlent un afflux inattendu de vacanciers russes. Plus d'un million de séjours ont été recensés, soit une progression impressionnante de 165,7% par rapport à la même période de l'année précédente. Ce seuil symbolique a été franchi bien plus tôt qu'initialement anticipé par les professionnels du secteur. En juin encore, en dépit d'une reprise déjà solide sur ce marché historique, la VNAT misait uniquement sur un franchissement du cap du million de visiteurs russes d'ici au terme de l'exercice annuel. Cet objectif atteint avec plusieurs mois d'avance témoigne non seulement de l'attractivité exceptionnelle de cette destination, mais propulse également la Russie au troisième rang des dix principaux marchés émetteurs pour le tourisme vietnamien, juste derrière la Chine et la République de Corée.
Cette ascension fulgurante s'est en réalité enclenchée et amplifiée de manière continue au cours des deux ou trois dernières années. Alors qu'en 2024, le pays achevait sa phase de redémarrage en accueillant seulement entre 230.000 et 250.000 ressortissants russes en raison des séquelles de la pandémie de COVID-19 et des restrictions de liaisons aériennes, ces volumes ont connu une envolée spectaculaire en 2025 pour frôler les 690.000 unités, matérialisant un taux de croissance record proche de trois fois le volume initial (de l'ordre de 180% à 200%).
Les données émanant de l'Association russe des voyagistes (ATOR) confirment que le Vietnam s'est imposé en 2025 comme la destination étrangère ayant généré la plus forte augmentation de popularité auprès des voyageurs russes à l'échelle mondiale. Ce volume surpasse même le pic de 646.524 arrivées enregistré en 2019, avant l'irruption de la crise sanitaire. Il convient de souligner que cette forte affluence ne se cantonne pas aux traditionnelles saisons automnale et hivernale, mais s'étend désormais aux périodes de congés printanières et estivales. L'ATOR anticipe ainsi la présence certaine du Vietnam au sein du top 10, voire du top 5, des destinations estivales favorites des Russes.
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| Moments de détente pour ces touristes russes sur la plage de Nha Trang. |
| Photo : VNA/CVN |
Ainsi, au sortir d'une parenthèse de stagnation liée aux crises sanitaires et géopolitiques, la Russie a officiellement reconquis son statut de premier marché touristique européen pour le Vietnam. Ce retour en force insuffle un dynamisme précieux aux acteurs locaux dans plusieurs régions clés. Contrairement à de nombreux voyageurs domestiques ou étrangers privilégiant les séjours de courte durée, la clientèle russe se distingue par la constance de ses séjours - oscillant généralement entre 10 et 15 jours, voire un mois complet durant la saison froide - ainsi que par des dépenses élevées dans l'hôtellerie de luxe, les loisirs et la gastronomie.
Une multiplicité de destinations prisées par les voyageurs russes
À Nha Trang, dans la province centrale de Khanh Hoa, l'atmosphère est particulièrement vibrante en cette saison. Au sein des complexes hôteliers et de villégiature réputés tels que Vinpearl Nha Trang, l'activité ne faiblit pas. Des parcs d'attractions aux tables de restaurants en passant par les rivages réservés, les visiteurs russes sont omniprésents. En famille ou entre cercles d'amis, ils savourent paisiblement des produits de la mer, profitent des infrastructures de bien-être et se détendent sous le soleil généreux de la côte.
À ce jour, Nha Trang demeure l'ancrage privilégié de cette clientèle au sein du pays. Selon les principaux opérateurs touristiques locaux, les vacanciers russes ont parfois pesé pour plus de 40% du volume total de visiteurs internationaux recensés dans la province de Khanh Hoa, assurant un taux de remplissage maximal dans les établissements de catégorie 4 et 5 étoiles le long de la rue Trân Phu et du secteur de Bai Dai. Les indicateurs locaux font état de plus de 750.000 arrivées russes sur les huit premiers mois de 2026, soit un triplement par rapport à l'exercice précédent. L'Association provinciale du tourisme de Khanh Hoa anticipe l'acheminement de 1,2 à 1,5 million de touristes russes entre 2026 et 2027 grâce à la multiplication des liaisons charter en provenance de Russie et de la CEI (Commonwealth of Independent States).
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| Touristes russes à l'aéroport international de Phu Quôc. |
| Photo : VNA/CVN |
Cette vague de visiteurs ne se restreint pas aux frontières de Khanh Hoa et irrigue largement les provinces côtières limitrophes. Dans la province d'An Giang, au cœur du delta du Mékong, l'île de Phu Quôc aurait capté à elle seule près d'un quart du total des touristes russes séjournant au Vietnam, favorisée par l'ouverture de lignes directes régulières depuis les grandes métropoles russes telles que Moscou, Iekaterinbourg ou Novossibirsk. En parallèle, dans la province de Lâm Dông, la station balnéaire de Mui Ne - Phan Thiêt affiche des taux d'occupation de 75% à 85% dans son parc hôtelier haut de gamme durant les pics d'affluence, la clientèle russe représentant près de 40% de la fréquentation internationale.
Il est à observer que les pôles d'attraction ne se limitent plus aux seuls sentiers battus traditionnels. Portées par l'élargissement du réseau aérien et la diversification des formules combinées, des destinations phares comme Dà Nang, Quang Ninh (baie de Ha Long) ou les hauts plateaux de Lâm Dông (Dà Lat) affichent également des embellies de 45% à 60% du nombre de visiteurs russes par rapport à l'exercice 2025. Cette évolution met en lumière l'appétit de ce public pour des expériences plus variées, allant du séjour balnéaire classique à la découverte culturelle et naturaliste.
Un attachement croissant des visiteurs russes
Nguyên Van Thành, ancien vice-président de l'Association touristique de Nha Trang - Khanh Hoa, se rappelle qu'il y a environ seize ans, lorsque la province a commencé à capter l'intérêt du marché russe, Nha Trang ne figurait pas encore au premier plan des destinations nationales et découvrait à peine son potentiel international. À cette époque, l'agence de voyages Pegas Turistik affrétait chaque semaine neuf appareils depuis l'Extrême-Orient russe à destination de l'aéroport de Cam Ranh, répartissant ses flux entre Nha Trang pour 70% et Phan Thiêt pour les 30% restants.
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| Des touristes russes dans un restaurant à Nha Trang. |
| Photo : VNA/CVN |
Il souligne qu'à cette période, les visiteurs russes se montraient pleinement satisfaits du niveau des prestations proposées à Nha Trang, entrevoyant déjà le potentiel de la région comme futur havre de villégiature. Leurs flux n'ont dès lors cessé de croître. Grâce à l'ouverture de nouvelles routes aériennes et à l'intensification des efforts promotionnels, la Russie s'est imposée non seulement comme un partenaire clé - pesant pour plus de 70% des effectifs étrangers dans la localité - mais a également contribué à refaçonner le visage de l'industrie touristique de Khanh Hoa. De nombreux Vietnamiens de la diaspora en Russie ont d'ailleurs fait le choix de rentrer au pays pour investir à Nha Trang, édifiant des infrastructures hôtelières de premier plan et modernisant l'offre de services.
"Récemment, les touristes coréens ont remplacé les touristes russes, mais ils ont tendance à privilégier les circuits organisés, avec peu d'activités hors des sentiers battus, ce qui explique leur faible intégration au secteur touristique. À l'inverse, les touristes russes sont très ouverts et profitent de presque tous les produits touristiques, notamment des services de bien-être comme les bains de boue ; ils s'y rendent quotidiennement. Ils séjournent également plus longtemps, de 5 à 7 jours, voire un à deux mois, et sont toujours prêts à dépenser pour des prestations de qualité. Par conséquent, le retour des touristes russes promet de donner un nouvel élan au tourisme et à l'économie de Nha Trang en particulier, et de Khanh Hoa en général", a dit-til Nguyên Van Thành.
De fait, les touristes russes ne se contentent pas de retrouver une terre familière, ils se laissent séduire par de nouvelles motivations. Alors qu'elle s'initiait récemment aux plaisirs du surf sur les côtes de Cam Ranh, Lida, une vacancière russe, confiait que sa famille et elle avaient jeté leur dévolu sur le Vietnam en quête d'un cadre alliant littoraux paradisiaques, douceur climatique, prestations hôtelières de qualité et tarifs maîtrisés. Avant son départ, son entourage lui avait chaudement recommandé Nha Trang et Cam Ranh. Elle a souligné que dans son pays d'origine, le Vietnam jouit depuis longtemps d'une réputation flatteuse. Mais une fois sur place, c'est avant tout l'accueil chaleureux, la bienveillance des résidents et la rigueur des services qui l'ont conquise.
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| Lida, une touriste russe, apprend les bases du surf à Cam Ranh. |
| Photo : NET/CVN |
Comblée par son séjour, Lida a déclaré : "Nous avons vraiment envie de revenir. Honnêtement, je n'ai même pas envie de partir. Je suis ici depuis trois jours, mais c'est comme un petit coin de paradis. Nous avons vécu des moments merveilleux et nous sommes tombés sous le charme du Vietnam".
Alexei, un autre ressortissant russe en vacances, indique pour sa part qu'il s'agit de son second voyage au pays. Si son premier périple s'était articulé principalement autour de Hô Chi Minh-Ville et de Nha Trang, il a cette fois opté pour un séjour prolongé à Cam Ranh. "Ce que j'apprécie au Vietnam, c'est la possibilité de combiner de nombreuses expériences en un seul voyage, des stations balnéaires à la gastronomie en passant par les activités de plein air. Le coût est également très raisonnable comparé à beaucoup d'autres destinations. S'il y avait plus de vols pratiques et davantage d'options pour les longs séjours, je pense que les Russes reviendraient encore plus souvent au Vietnam", a-t-il confié.
Répondre aux attentes spécifiques de la clientèle russe
Martin Koerner, directeur commercial du groupe The Anam, identifie le rétablissement et la densification rapide des liaisons aériennes directes comme le catalyseur principal du retour des visiteurs russes. Dès mars 2025, les lignes charter reliant Moscou à Cam Ranh ont repris, avant d'essaimer vers l'île de Phu Quôc, simplifiant grandement l'accès aux complexes balnéaires du pays.
Parallèlement, le Vietnam cumule des atouts en adéquation avec les attentes de ce public : un climat clément, des littoraux d'exception, des paysages contrastés et une hôtellerie en constante montée en gamme. En comparaison d'autres concurrents régionaux, la destination offre en outre un positionnement tarifaire avantageux pour les longs séjours maritimes, tout en garantissant des standards de service élevés qui assurent un rapport qualité-prix optimal. D'après les observations recueillies par The Anam, la tranche d'âge dominante se situe entre 30 et 50 ans, complétée par une part significative de voyageurs de plus de 50 ans, particulièrement sensibles à la douceur tropicale, à l'hospitalité locale et à la quiétude des lieux. La saison hivernale en Russie coïncide par ailleurs avec un pic de demande pour des escapades baignées de soleil destinées à fuir les rigueurs de l'hiver boréal. Au-delà du farniente balnéaire, cette clientèle manifeste un intérêt croissant pour les dimensions culturelles, culinaires et locales du territoire, s'affranchissant du modèle exclusif du séjour en resort.
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| Des touristes russes visitent un atelier de production artisanale dans la province de Khanh Hoa. |
| Photo : NET/CVN |
Nécessité d'une vision stratégique pérenne
La docteure Trân Thi Tuyêt Suong, professeure à l'Université d'éducation de Hô Chi Minh-Ville et membre de l'Association du tourisme de la métropole du Sud, estime que le franchissement du cap du million de touristes russes en huit mois, avec une perspective d'atteindre 1,3 à 1,5 million d'ici la fin de l'année 2026 en cas de maintien de la tendance, constitue un signal extrêmement encourageant. Il pourrait même s'agir d'une performance historique pour ce marché au Vietnam. Néanmoins, au regard d'autres places fortes touristiques prisées par les Russes, le potentiel de développement demeure vaste.
Selon l'experte, le Vietnam affronte la concurrence de nations dotées d'écosystèmes touristiques aguerris et puissamment structurés dans les domaines de l'aérien, de l'hébergement et de la promotion, à l'instar de la Turquie, de l'Égypte, des Émirats arabes unis, de la Chine ou de la Thaïlande. De surcroît, le marché russe demeure hautement sensible aux aléas de la connectivité aérienne, à la tarification des séjours, aux fluctuations des taux de change, aux solutions de paiement, à la maîtrise de la chaîne logistique et au contexte géopolitique. Par conséquent, la vitalité de l'exercice en cours ne saurait constituer une rente pérenne pour l'avenir.
Afin de consolider ces acquis, la docteure Tuyêt Suong préconise le maintien de liaisons charter de qualité vers des hubs d'entrée stratégiques tels que Cam Ranh, Phu Quôc, Dà Nang et Hô Chi Minh-Ville, tout en favorisant l'émergence progressive de vols réguliers, semi-réguliers et de correspondances optimisées. L'enjeu réside moins dans l'accroissement quantitatif des rotations que dans la garantie d'une desserte stable, flexible et sécurisée.
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| Des touristes russes s'enregistrent avec joie, coiffés de chapeaux coniques vietnamiens, à l'aéroport international de Cam Ranh. |
| Photo : VNA/CVN |
Sur le plan réglementaire, le Vietnam conserve un avantage concurrentiel indéniable grâce au régime d'exemption de visa de 45 jours accordé aux titulaires de passeports ordinaires russes, complété par la possibilité d'utiliser un e-visa d'une validité maximale de 90 jours pour les séjours prolongés ou les entrées multiples. Toutefois, l'obtention d'un titre de séjour demeure un passage obligé. Les aspects pratiques liés aux formalités, aux assurances, aux structures de santé, aux moyens de paiement, aux transports, à la sécurité et à l'offre de services doivent faire l'objet d'une information claire, diffusée en langue russe par les canaux institutionnels, les agences, les compagnies aériennes et les plateformes de réservation. Pour des voyageurs s'engageant sur des mobilités de longue durée, une politique d'accueil favorable peut se trouver compromise par une communication opaque ou des barrières linguistiques.
Concernant l'offre de produits, face à une typologie de clientèle adepte des séjours longs et fidélisée, le Vietnam doit faire évoluer sa proposition en l'alignant sur les différentes étapes de vie du voyageur. Si les primo-arrivants recherchent avant tout des vacances maritimes sûres, aisées et accessibles, les visiteurs récurrents expriment des attentes plus diversifiées : soins de santé, sources thermales, spas, haltes gourmandes, excursions thématiques, découvertes patrimoniales, vie nocturne, écotourisme insulaire ou exploration des massifs montagneux.
"Autrement dit, les produits destinés aux touristes russes doivent évoluer des simples complexes balnéaires vers ceux plus complets. Dans ce modèle, la plage est l’élément central, tandis que les expériences complémentaires sont des facteurs qui augmentent les dépenses et encouragent les visites répétées", recommande la docteure Trân Thi Tuyêt Suong.
En outre, la stratégie de communication auprès du public russe doit s'appuyer sur un ciblage et un positionnement rigoureux. Il ne s'agit plus seulement d'entretenir la notoriété de la destination, mais de repenser les canaux de commercialisation en s'appuyant sur les agences spécialisées, les transporteurs aériens, les portails numériques, les réseaux russophones et les points de contact locaux. Le Vietnam doit s'affirmer comme une terre d'accueil tropicale sûre et compétitive, riche d'un patrimoine gastronomique, culturel et naturel diversifié.
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| La plage de Nha Trang. |
| Photo: VNA/CVN |
"La bonne approche ne consiste pas à créer un afflux passager de touristes russes, mais à intégrer durablement le marché touristique russe dans la stratégie touristique internationale du Vietnam. Pour y parvenir, une approche concertée est nécessaire, combinant transport aérien, visas, produits, promotion et qualité des services. Le développement du marché touristique russe doit s'accompagner d'une gestion des risques, d'une amélioration de la qualité des produits et d'une diversification du marché, plutôt que de se focaliser uniquement sur la croissance à court terme", a souligné Tuyêt Suong.
De son côté, l'ancien vice-président Nguyên Van Thành observe qu'au sortir de contextes d'instabilité économique et politique, les voyageurs russes recherchent en priorité des havres de paix propices au ressourcement. Ils se montrent disposés à consentir des investissements conséquents pour des prestations haut de gamme, à condition que le niveau de service soit au rendez-vous. Par conséquent, les autorités locales et les opérateurs doivent capitaliser sur les infrastructures existantes pour concevoir des circuits inédits enrichissant l'éventail des expériences et incitant à l'allongement des séjours. En parallèle, les services doivent gagner en sophistication, notamment à travers la mise à niveau des zones de loisirs, des espaces commerciaux et des structures sanitaires, afin de stimuler l'économie locale.
Tân Dat/CVN











