Hô Chi Minh-Ville : stratégie de développement des sciences et des technologies

Hô Chi Minh-Ville entre dans une nouvelle phase de développement marquée par la mise en œuvre coordonnée d’une série de mécanismes et de politiques innovants dans les domaines de la science, de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique. La stratégie globale devrait créer de nouveaux moteurs de croissance de la métropole.

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Depuis de nombreuses années, l’un des principaux freins du secteur scientifique et technologique réside dans l’écart important entre la recherche et le marché. Selon Lâm Đình Thang, directeur du Service des sciences et des technologies de Hô Chi Minh-Ville, le taux de commercialisation des résultats de recherche issus du budget public municipal ne dépasse actuellement pas 5%.

Une expostion des produits techniques à Hô Chi Minh-Ville.

Par ailleurs, près de 37% des résultats de recherche sont déjà prêts à être transférés, mais ne sont pas encore appliqués dans la réalité en raison de difficultés liées aux mécanismes d’évaluation des actifs, aux procédures de transfert des droits d’exploitation ainsi qu’à une forte aversion au risque.

À cela s’ajoute l’absence de mécanismes suffisamment attractifs pour permettre aux entreprises de participer dès les premières étapes, de partager les risques et d’accompagner le développement des produits innovants.

En mars 2026, la ville a lancé un programme pilote visant à promouvoir la commercialisation des résultats de recherche scientifique, technologique et des actifs de propriété intellectuelle financés par le budget public.

Ce programme ambitionne de lever les obstacles liés à la valorisation des actifs, aux mécanismes de transfert des droits et aux procédures administratives. Il prévoit notamment un soutien financier couvrant jusqu’à 50% des coûts de finalisation des produits, ainsi qu’un mécanisme de gestion et d’acceptation des risques.

Le modèle de coopération "État - chercheurs - entreprises" est également renforcé. Les entreprises sont désormais associées dès la phase d’identification des besoins, de commande de projets de recherche, de co-investissement, d’expérimentation des produits et d’expansion commerciale.

Application des résultats de recherche dans la pratique

Dès la première phase de mise en œuvre, 54 produits développés par 29 organisations ont été approuvés, pour un financement total dépassant 500 milliards de dôngs. Ces projets couvrent des secteurs stratégiques tels que les drones UAV, la ville intelligente, l’intelligence artificielle, les biotechnologies, la biomédecine et la pharmacie, l’agriculture de haute technologie, les technologies numériques ainsi que les solutions de gouvernance urbaine.

Cette forte mobilisation des acteurs de l’écosystème illustre le potentiel considérable de développement d’un marché technologique plus dynamique à Hô Chi Minh-Ville dans les années à venir.

Parallèlement, la ville élargit les espaces d’expérimentation technologique grâce au mécanisme de "sandbox réglementaire". Ce cadre permet de tester les technologies dans des conditions réelles afin d’aider les entreprises à perfectionner leurs produits, tout en fournissant aux autorités des données concrètes pour adapter les politiques publiques avant un déploiement à grande échelle.

En janvier 2026, la ville a lancé un programme expérimental de livraison par UAV au sein du Parc de hautes technologies de Hô Chi Minh-Ville. Un mois plus tard, une ligne de transport postal par drone reliant la commune de Cân Gio à la ville de Vung Tàu a été inaugurée.

Les résultats de ces expérimentations fourniront des données stratégiques pour l’élaboration des politiques de développement de l’économie à basse altitude, tout en permettant d’évaluer les possibilités d’extension du modèle à des secteurs plus spécialisés.

Un produit est étudié par les laboratoires de SHTP.

Nguyên Kỳ Phùng, directeur du Conseil de gestion du Parc de hautes technologies de Hô Chi Minh-Ville, estime que l’économie à basse altitude pourrait générer plusieurs milliards de dollars et créer des centaines de milliers d’emplois au Vietnam au cours de la prochaine décennie. Grâce à l’émergence d’entreprises spécialisées dans les UAV au sein dudit parc, Hô Chi Minh-Ville pourrait devenir un centre régional majeur de production et d’application des drones.

Du côté des entreprises, Luong Viêt Quôc, directeur général de la société Realtime Robotics, l’une des entreprises participant au programme pilote de livraison par UAV, souligne que l’ambition internationale ne dépend pas uniquement des capacités d’innovation ou des performances technologiques d’une entreprise. Selon lui, il s’agit d’un enjeu national reposant sur trois piliers essentiels : les ressources financières, les ressources humaines et les institutions.

Il estime que l’État doit créer les meilleures conditions pour permettre aux entreprises de développer des produits et solutions de pointe, notamment en facilitant l’accès au capital à travers des politiques de soutien adaptées.

Du point de vue de la gouvernance publique, Pham Huynh Quang Hiêu, directeur adjoint du Service des sciences et des technologies de Hô Chi Minh-Ville, considère que les expérimentations technologiques témoignent de la détermination de la ville à mettre les avancées scientifiques au service de la population, de l’innovation et de l’économie numérique.

Les UAV ne sont plus limités à la livraison de marchandises : ils sont également appelés à être utilisés dans la surveillance forestière, la supervision urbaine et la gestion intelligente des villes.

Mobiliser toutes les ressources pour l’innovation

Au-delà du marché technologique et du mécanisme sandbox, la ville concentre également ses efforts sur la mobilisation de nouvelles ressources destinées à renforcer l’écosystème de l’innovation.

Une exposition des produits techniques à Hô Chi Minh-Ville.

L’utilisation efficace des ressources provenant du budget public, des entreprises, des universités, des instituts de recherche, du secteur privé et des réseaux d’experts est considérée comme une condition essentielle pour faire de la science et de la technologie un véritable moteur de croissance.

Avec l’ambition de devenir un centre régional de science, de technologie et d’innovation en Asie du Sud-Est, le Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville a approuvé, fin 2023, un projet visant à créer et développer des Centres d’Excellence (CoE) conformes aux standards internationaux. Ce programme a pour objectif de soutenir les organisations publiques de recherche disposant d’un fort potentiel afin de renforcer les capacités scientifiques et technologiques de la Ville.

Grâce à ce nouveau mécanisme, les établissements participants bénéficient d’avantages importants : infrastructures modernes, laboratoires de pointe, programmes de recherche à moyen et long terme, ainsi que politiques attractives pour recruter et retenir des talents de haut niveau.

La Ville autorise notamment des rémunérations pouvant atteindre 120 millions de dôngs par mois pour certains postes de direction, tout en augmentant les indemnités accordées aux missions scientifiques et technologiques.

L’objectif fixé est qu’à l’horizon 2030, la ville dispose d’au moins cinq centres approchant les standards internationaux, puis d’au moins cinq centres pleinement conformes aux standards internationaux d’ici 2045.

Le programme cible des technologies fondamentales à fort potentiel de diffusion telles que l’intelligence artificielle, le Big Data, l’Internet des objets (IoT), la blockchain, les semi-conducteurs, la robotique, l’impression 3D, les biotechnologies et technologies biomédicales, ainsi que les matériaux avancés, nanomatériaux, matériaux semi-conducteurs, l’optoélectronique et la photonique.

Selon Lê Thanh Minh, directeur adjoint du Service des sciences et des technologies de Hô Chi Minh-Ville, ce modèle constitue une initiative inédite non seulement pour la Ville mais aussi pour l’ensemble du Vietnam. Sa mise en œuvre nécessite donc un perfectionnement continu des politiques publiques et la résolution progressive des difficultés rencontrées.

Lors de la première phase, deux organisations publiques de recherche ont été sélectionnées, bénéficiant d’un financement total de près de 200 milliards de dôngs. Une deuxième phase de sélection est actuellement en cours.

Exposition des produits techniques pour la ville intelligente.

Le Centre de recherche sur les matériaux nanostructurés et moléculaires de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville (INOMAR) a été la première institution à recevoir un financement de 85 milliards de dôngs afin de développer un centre de niveau international dans le domaine des matériaux poreux avancés et de leurs applications multisectorielles.

Récemment, l’INOMAR et l’Institut de nanotechnologie (INT) ont fusionné pour former l’Institut des technologies avancées des matériaux (AMTI) relevant de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville.

Le deuxième établissement retenu est le Centre de recherche et de déploiement du Parc de haute technologie de Hô Chi Minh-Ville, bénéficiant d’un financement de près de 96 milliards de dôngs pour devenir un centre d’excellence consacré à la transformation numérique et à la transition verte. Les secteurs prioritaires incluent les semi-conducteurs, les biotechnologies, les matériaux avancés et les technologies de mécanique de précision et d’automatisation.

Ces premiers modèles devraient constituer des noyaux de recherche puissants, rapprochant davantage la recherche, la formation et les besoins des entreprises et du marché, tout en renforçant la capacité d’innovation et la compétitivité internationale à long terme.

Parallèlement, la question du financement des startups technologiques fait également l’objet de nouvelles politiques. Récemment, le Fonds de capital-risque de Hô Chi Minh-Ville a été lancé avec la participation de l’État, selon un modèle de «capital d’amorçage» destiné à attirer des investissements privés.

Le Fonds soutient les startups innovantes, les entreprises scientifiques et technologiques ainsi que les entreprises numériques, en accordant une priorité aux technologies stratégiques telles que l’intelligence artificielle, le Big Data, les semi-conducteurs, les biotechnologies, les technologies vertes, l’automatisation, la robotique et les solutions liées à l’économie numérique, à l’économie circulaire et à la transformation numérique.

La création de Fonds d'investissement à risque aide les start-uppeurs à développer leurs sociétés.

Cette initiative est considérée comme un maillon essentiel pour combler le déficit de financement auquel sont confrontées les startups technologiques dans leur phase de croissance.

Le Fonds dispose d’un capital initial de 500 milliards de dôngs, dont 200 milliards apportés par le budget municipal. D’ici 2035, son capital devrait atteindre au moins 5.000 milliards de dôngs, avec une participation du secteur privé représentant au minimum 60% des ressources.

Selon Hoàng Duc Trung, directeur adjoint du Fonds d’investissement technologique de VinaCapital et directeur du Fonds de capital-risque de Hô Chi Minh-Ville, ce mécanisme joue un rôle de «capital catalyseur», orientant les investissements vers des secteurs stratégiques nécessitant des horizons de développement plus longs.

Chaque unité monétaire investie devrait permettre d’attirer entre trois et cinq unités supplémentaires provenant de fonds privés et internationaux. Le Fonds vise en particulier à identifier et accompagner les startups les plus prometteuses, notamment au moment crucial de leur phase d’accélération.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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