Hô Chi Minh-Ville lance un projet de recyclage des déchets solides de construction

En application de la Décision N°4180 du 20 mai 2026 du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville relative à la gestion des matériaux de construction et à la recherche de substituts au sable naturel, l'Association de la construction et des matériaux de construction de Hô Chi Minh-Ville (SACA) a officiellement lancé le Projet de recyclage des déchets solides de construction sur le territoire municipal pour la période 2026-2030, avec des orientations à l'horizon 2045.

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Ce projet stratégique, piloté et présenté par le Dr. Phan Hữu Duy Quốc, vice-président de la SACA et président du conseil d'administration de la société CC1, marque une étape décisive vers l'établissement d'un modèle de gestion des flux de matériaux basé sur le cycle de vie des ouvrages. Par ailleurs, lors du colloque de déploiement de ce projet, tenu le 5 juin à Hô Chi Minh-Ville, le Pr.-Dr. Đặng Mậu Chiến, président du Conseil interdisciplinaire de science et technologie des matériaux de l'Université nationale de Hô Chi Minh-Ville et membre indépendant du sous-comité ESG de Coteccons, a apporté une vision globale allant des processus technologiques aux solutions de matériaux verts, ouvrant ainsi la voie à la concrétisation d'un modèle d'économie circulaire et à la résolution radicale du défi environnemental au sein de la plus grande métropole du pays.

Lors de son intervention, le Dr. Phan Hữu Duy Quốc a indiqué que la genèse de ce projet découlait de la forte pression de l'urbanisation, d'un taux de croissance économique supérieur à 10% et des besoins titanesques de Hô Chi Minh-Ville en matière de développement des infrastructures. Cette réalité entraîne une production massive de déchets solides de construction (communément appelés gravats), dont le volume prévisionnel pourrait atteindre 15.000 à 20.000 tonnes par jour.

Alors que le volume de ce flux de déchets minéraux inorganiques est gigantesque, la gestion actuelle fait face à des dysfonctionnements majeurs : manque d'interconnexion entre les étapes allant de l'octroi des permis jusqu'au traitement, faible taux de tri à la source, décharges sauvages polluant les canaux, et saturation critique des centres d'enfouissement centralisés. La majeure partie des gravats est encore enfouie de manière rudimentaire ou utilisée pour des remblayages non conformes aux plans d'aménagement, ce qui engendre un gaspillage sévère de ressources dans un contexte d'épuisement progressif des réserves de sable et de pierre naturels.

Selon les estimations de la SACA, si le taux de croissance économique de Hô Chi Minh-Ville franchit la barre des 10% par an, la production de déchets solides de construction (les gravats) connaîtra une augmentation exponentielle, pour atteindre un volume prévisionnel de 15.000 à 20.000 tonnes par jour.

Face à ce défi, un changement de paradigme décisif a été acté : les déchets solides de construction doivent désormais être perçus comme une "mine de minéraux secondaires". "Les gravats ne sont pas des déchets, mais une ressource mal positionnée, affichant un potentiel de valorisation et de recyclage supérieur à 90%", a-t-il rappelé. Cette transition exige une refonte radicale de la philosophie de développement, en abandonnant le modèle d'économie linéaire (extraction - fabrication - construction - enfouissement) au profit d'un modèle d'économie circulaire. Le nouveau protocole se concentrera sur la déconstruction sélective à la source, suivie d'un concassage et d'un criblage technique de précision afin de produire des matériaux verts certifiés, directement réintégrés dans les nouveaux chantiers, bouclant ainsi totalement le cycle de vie des matériaux.

Un tournant vers une métropole verte

Bien que les bénéfices de l'économie circulaire soient évidents, sa mise en pratique se heurte encore à des barrières systémiques. La plus importante réside dans le manque de "confiance technique", matérialisé par les réticences des maîtres d'ouvrage et des bureaux d'études qui considèrent par défaut les agrégats issus du recyclage des gravats comme des matériaux de seconde zone, potentiellement préjudiciables à la durabilité des ouvrages. De plus, le cadre juridique de réception des travaux souffrait jusqu'alors d'un vide réglementaire dû à l'absence de normes techniques spécifiques et de codes de tarification standardisés de la part du ministère de la Construction, contraignant les métreurs-vérificateurs à se tourner de nouveau vers les matériaux naturels traditionnels. L'absence d'un mécanisme de publication périodique des prix par les services interministériels compliquait également la détermination de la valeur de règlement des contrats.

Pour lever ces goulets d’étranglement, le projet trace une feuille de route qui s'attaque de front aux aspects juridiques et technologiques. Sur le plan technologique, un protocole harmonisé reposant sur trois piliers a été mis en place, à commencer par la systématisation d’une chaîne mécanisée allant du pont-bascule d'entrée jusqu'au flux des produits finis. Vient ensuite une technologie de contrôle proactif des impuretés, qui utilise un module de séparation magnétique pour éliminer les métaux ainsi qu'un système d'aspiration et de soufflage d'air pour filtrer les déchets légers tels que le plastique ou le carton. Enfin, la production finale est standardisée grâce à des contrôles automatisés par lots, garantissant une courbe granulométrique d'une régularité équivalente à celle des matériaux de carrière naturels. L’application de la norme TCVN 13946:2024 relative aux matériaux de remblai recyclés issus des déchets de déconstruction de bâtiments constitue précisément le levier majeur pour promulguer des quotas spécifiques locaux et publier une grille tarifaire officielle.

Les solutions de matériaux verts issus des déchets solides de construction apportent une valeur ajoutée exceptionnelle à plusieurs égards. Sur le plan écologique et économique, elles permettent de préserver les réserves de pierres de carrière et de sable de rivière naturels, tout en optimisant la logistique grâce à l'exploitation directe des gravats générés en milieu intra-muros, réduisant ainsi au strict minimum les distances de transport interprovincial et l'empreinte carbone liée à la consommation énergétique de l’extraction minière. Du point de vue de l'aménagement du territoire, la stratégie vise à structurer un marché de consommation fermé et local, transformant la métropole en un consommateur géant capable de réabsorber ses propres gravats concassés et criblés comme agrégats de fondation pour les projets de boulevards périphériques, d'autoroutes ou de zones industrielles. Plus particulièrement, cette démarche constitue le cœur de la stratégie de la "Ville-éponge" (Sponge City), qui valorise les granulats recyclés pour produire du béton drainant et poreux éco-responsable destiné aux trottoirs et aux parcs, augmentant de ce fait la capacité d'infiltration naturelle et luttant contre les inondations localisées de la ville.

La SACA formule un large éventail de solutions permettant d'encadrer la gestion et le recyclage des déchets solides dans le secteur du bâtiment pour la période 2026-2030, avec des orientations stratégiques à l'horizon 2045.

Gestion intégrale de la chaîne et leviers politiques de rupture

Analysant la faiblesse majeure actuelle, M. Đinh Hồng Kỳ, président de la SACA et également président de l'Association des entreprises vertes de Hô Chi Minh-Ville, a souligné que le goulet d'étranglement ne résidait pas uniquement dans le manque d'usines de recyclage, mais plutôt dans l'absence d'un mécanisme de gestion intégrale de la chaîne. Par conséquent, il a proposé que le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement complète la réglementation afin que les déchets solides de construction fassent l'objet d'un contrôle rigoureux tout au long de la chaîne : depuis l'étape de production, le tri à la source, le stockage temporaire, la collecte, le transport, la réception, le recyclage, jusqu'à l'utilisation du produit final. Tous les acteurs impliqués - des maîtres d’ouvrage et entreprises de construction aux transporteurs et centres de recyclage - doivent assumer l'entière responsabilité de respecter les exigences environnementales, de fournir les bordereaux de suivi des déchets et de garantir la traçabilité. Cette gestion de bout en bout constitue la condition sine qua non pour éradiquer les décharges sauvages, réduire la pollution par les poussières, maximiser le taux de valorisation et instaurer une confiance pérenne sur le marché des matériaux recyclés.

Pour soutenir le fonctionnement de cette chaîne, la municipalité a fixé des objectifs précis à l'horizon 2030 : collecter, trier et traiter de manière légale au moins 70% des déchets solides de construction issus des grands chantiers, avec un minimum de 60% de ces volumes éligibles à un recyclage en agrégats, matériaux de remblai ou béton. À l'horizon 2045, le taux de recyclage devra franchir le seuil des 90%, propulsant Hô Chi Minh-Ville au rang de pôle technologique et commercial de référence pour les matériaux de construction recyclés en Asie du Sud-Est.

Pour mener à bien cette feuille de route, les flux de matériaux seront standardisés à travers les quatre phases du cycle de vie des ouvrages, de concert avec des politiques de leviers économiques puissantes. La municipalité appliquera des mécanismes d'incitation foncière, comprenant l'exonération ou la réduction des redevances locatives des terrains pour une durée minimale de 20 ans au sein des zones industrielles périphériques, des allégements de l'impôt sur les sociétés, ainsi que l'activation de lignes de financement vert avec des taux d'intérêt bonifiés inférieurs à 4% par an, par l’intermédiaire de la Société d'Investissement Financier d'État de Hô Chi Minh-Ville (HFIC). En outre, la politique des "Achats publics verts" imposera à tout chantier d'infrastructure de transport financé par les deniers publics d'absorber au moins 30% de son volume global de matériaux de remblai à partir de sources recyclées. Parallèlement, le critère du "Taux de circularité des matériaux" sera intégré dans la grille de notation officielle des appels d'offres du Service municipal de la construction afin de privilégier les entrepreneurs généraux affichant un fort engagement.

Conjointement aux mesures incitatives, la ville déploiera des sanctions rigoureuses s'appuyant sur une numérisation intégrale. Tout chantier incapable de justifier d'un bordereau de transfert de déchets vers un centre de recyclage agréé se verra immédiatement signifier une suspension des travaux. Le système de lutte contre les décharges sauvages de gravats fonctionnera de manière automatisée 24h/24 et 7j/7 grâce à des caméras dotées d'intelligence artificielle pour la lecture des plaques d'immatriculation, aux technologies IoT (Internet des objets) et aux dispositifs de géolocalisation par satellite (GPS) installés sur les camions de transport. Cette étroite coordination entre le Comité populaire de la ville, les services sectoriels (Construction, Ressources naturelles et Environnement, Finances, Planification et Investissement) et l’association SACA s'articulera autour d'un calendrier en trois phases : l'expérimentation (2026-2027), l'expansion du marché (2028-2030) et le parachèvement de l'écosystème (2031-2045). Ce dispositif global est attendu pour marquer un tournant historique, érigeant Hô Chi Minh-Ville en une métropole verte, intelligente et durable.

Texte et photos : Truong Giang/CVN

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