Hanoï engagerait ses zones industrielles dans la course au vert

La transition écologique s’impose aujourd'hui comme un impératif pour les zones industrielles de Hanoï. Au-delà de la simple protection de l’environnement, elle vise à améliorer la qualité des investissements, l’efficacité de l’utilisation des sols et la compétitivité économique globale de la capitale.

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Une chaîne de production dans l'usine de fabrication d'électronique intelligente de VinSmart, (qui fait partie de Vingroup), dans le Parc de haute technologie de Hoà Lac. 
Photo : Anh Tuân/VNA/CVN

Une nouvelle réglementation définit désormais les critères et le calendrier précis de cette transformation.

En 2026, les zones de haute technologie et les zones industrielles (ZI) continuent de jouer un rôle prépondérant dans l’attraction des investissements, le développement de la production et les exportations de Hanoï.

Selon les données fournies par le Comité de gestion des zones de haute technologie et des zones industrielles de la capitale, les investissements captés au cours du premier semestre 2026 ont atteint 848,5 millions de dollars, soit 116% de l’objectif annuel fixé. Le chiffre d’affaires de la production et des activités commerciales est estimé pour sa part à 6,698 milliards de dollars, en hausse de 9,3% sur un an.

Les exportations ont également progressé de 8,8%, à plus de 4 milliards de dollars, tandis que les recettes budgétaires issues de ces activités s'élèvent à 313 millions de dollars, soit une augmentation de 20%.

Au cours de la même période, le chantier de construction de l’usine de composants semi-conducteurs de Viettel a été officiellement lancé au sein de la zone de haute technologie de Hoà Lac. Le projet s'étend sur environ 27 hectares et représente un investissement global d’environ 1,3 milliard de dollars.

La capitale a d'ailleurs approuvé le principe d’investissement de deux nouvelles zones industrielles, Tiên Thang et Phu Dông, tandis que le groupe japonais Meiko a augmenté de 190 millions de dollars ses engagements financiers dans la zone industrielle de Quang Minh.

À la Sarl Meiko Vietnam, une entreprise spécialisée dans la fabrication de produits électroniques dans le Parc industriel de Thach Thât à Hanoï. 
Photo : Trung Nguyên/VNA/CVN

Ces évolutions témoignent de la solidité de l’attractivité industrielle de Hanoï, avec une attention renforcée portée aux hautes technologies et aux projets à forte valeur ajoutée.

Toutefois, dans un contexte où les exigences de développement durable s'intensifient, la performance d’une zone industrielle ne peut plus être évaluée uniquement à l’aune de son taux d’occupation, du montant des investissements enregistrés ou de son chiffre d’affaires. Les économies d’énergie, l’utilisation rationnelle des ressources, la maîtrise des déchets, la modernisation technologique et les synergies entre entreprises doivent tout autant figurer parmi les indicateurs essentiels.

Lors d’un séminaire consacré à la transformation des zones industrielles en espaces écologiques et de haute technologie, organisé en avril 2026, le Comité de gestion des zones de haute technologie et des zones industrielles de la capitale a souligné plusieurs contraintes concernant la structure des activités, les infrastructures environnementales et l'intégration des technologies numériques dans la gestion.

Certaines zones hébergent encore une proportion importante d’entreprises relevant de secteurs à faible niveau technologique et à fortes émissions. Dans les zones industrielles les plus anciennes, les installations environnementales ne satisfont pas toujours aux exigences actuelles. Par ailleurs, la gestion axée sur les données, le suivi des activités et l’alerte précoce face aux risques environnementaux restent inégaux.

Ces lacunes imposent un véritable changement d’approche. L’expansion de la production, si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration parallèle de l’efficacité énergétique et de la qualité technologique, ne permettra pas de convertir pleinement l’attractivité des investissements en avantage concurrentiel pérenne.

Le vice-directeur du Service municipal des finances, Lê Trung Hiêu, a rappelé lors de différentes conférences que Hanoï s’efforçait de lever les obstacles fonciers, d’accélérer les opérations de libération des terrains et de compléter les infrastructures afin de pouvoir accueillir de grands groupes technologiques.

Séminaire consacré à la transformation des zones industrielles en espaces écologiques et de haute technologie, organisé en avril dernier à Hanoï.
Photo : Minh Duc/CVN

La ville entend en parallèle promouvoir des zones industrielles vertes, écologiques et fondées sur les principes de l’économie circulaire, en accord avec les nouvelles tendances de l’investissement durable.

Pour Ngô Tri Long, ancien directeur de l’Institut de recherche sur les marchés et les prix relevant du ministère des Finances, les incitations à l’investissement doivent impérativement s’accompagner d’engagements clairs en matière de technologie, de recherche et développement, de formation, de contenu local, de normes environnementales, de responsabilité sociale et de coopération avec les entreprises vietnamiennes.

Il met également en avant l’importance d’une gestion des investissements fondée sur l'analyse des données, afin de distinguer les projets réellement efficaces de ceux qui mobilisent des ressources sans générer de retombées suffisantes.

Ces constatations mettent en relief un enjeu central de la transition écologique : un cadre d’investissement durable ne saurait reposer exclusivement sur des incitations financières ou la mise à disposition de terrains. Il exige également des infrastructures performantes, des normes environnementales exigeantes, une gouvernance efficace et des engagements concrets pris par les entreprises.

Concrétiser les critères écologiques dans l'industrie

Le 29 juin 2026, le Comité populaire de Hanoï a promulgué la décision n°80/2026/QĐ-UBND, qui fixe les critères applicables aux zones et complexes industriels écologiques de la capitale, ainsi que le calendrier, les mécanismes et les mesures de soutien à la reconversion des sites existants. Ce texte concrétise la volonté de la ville de bâtir une industrie associant croissance verte, économie circulaire et utilisation rationnelle des ressources.

Chaîne de production de composants électroniques de Synopex Vietnam Co., Ltd. dans le parc industriel de Quang Minh (Hanoï). 
Photo : Danh Lam/VNA/CVN

Les zones industrielles écologiques devront ainsi satisfaire à plusieurs séries de critères portant notamment sur les infrastructures techniques, la protection environnementale, la gestion efficiente des ressources, l’économie circulaire et la symbiose industrielle.

Les développeurs et gestionnaires d'infrastructures se voient notamment attribuer la responsabilité de déployer les infrastructures numériques, d’assurer la transparence des informations environnementales et d'installer des outils de suivi de la consommation de matières premières, d’énergie et d’eau, tout comme de la production de déchets des entreprises. Ils doivent en outre respecter scrupuleusement les obligations de déclaration prévues par les textes légaux.

Au niveau des entreprises, les exigences en matière de production propre, d’économies d’énergie, de réduction des rejets et de partenariats industriels montrent clairement que le modèle écologique dépasse la simple amélioration du paysage ou le verdissement des espaces.

Il implique une réorganisation en profondeur des modes de fonctionnement : consommer moins de ressources pour un résultat productif équivalent, réduire la production de déchets en amont et favoriser le réemploi des ressources entre unités industrielles.

Un autre volet majeur réside dans le fait que Hanoï ne restreint pas l'application de ces critères aux seuls nouveaux projets. La municipalité intègre également un processus méthodique de conversion pour les zones et complexes déjà opérationnels.

Pour la période 2026-2028, la priorité sera d'évaluer et de classer les zones existantes, d’élaborer des plans de reconversion et de soumettre les demandes de certification écologique aux autorités compétentes.

Entre 2029 et 2045, ces mesures seront déployées conformément aux projets validés, avec pour ambition d’achever, avant 2045, la métamorphose de l'ensemble des zones et complexes industriels en activité vers le modèle écologique.

Cette feuille de route s'avère cruciale : la transition verte ne peut faire l'économie des sites anciens. Les zones industrielles existantes regroupent en effet une part substantielle des unités de production, des emplois et de la consommation d’énergie et de matières. L’audit de leur situation, l’identification des carences en matière d’infrastructures et d’environnement, ainsi que le ciblage des investissements prioritaires détermineront la viabilité de cette transformation.

Le Comité de gestion des zones de haute technologie et des zones industrielles de Hanoï précise qu’il poursuivra l’évaluation de la situation des sites en activité et la formulation des projets de conversion, conformément à la décision n°80/2026/QĐ-UBND.

Dans la zone industrielle de Quang Minh, les autorités demandent en particulier de résorber sans délai les faiblesses environnementales constatées et de parachever la réalisation des infrastructures techniques conformément au plan d’aménagement validé. Ces actions concrètes feront l’objet d’un suivi rigoureux fondé sur des échéances précises et des résultats évaluables, afin que les décisions politiques trouvent une traduction effective sur le terrain.

Des ambitions à concrétiser sur le terrain

En parallèle à la transformation des zones industrielles existantes, Hanoï ambitionne de rehausser la qualité des capitaux attirés pour la période à venir.


Selon les informations diffusées le 1er octobre 2026 par le Comité de gestion, la capitale cible, pour la période 2026-2030, un montant de 25 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) enregistrés et environ 16 milliards de dollars de capitaux effectivement déboursés. Elle aspire également à porter à 50% la proportion des nouveaux projets orientés vers les hautes technologies, l’innovation, la recherche et le développement ainsi que l’industrie verte.

La municipalité s’est par ailleurs fixé pour objectif que les zones industrielles écologiques représentent 40% de l'ensemble du parc à l’horizon 2030.

Ces perspectives requièrent encore de grands efforts. Leur concrétisation nécessitera une action coordonnée pour moderniser les infrastructures, garantir la disponibilité de foncier prêt à l'emploi, renforcer la gouvernance environnementale et inciter les entreprises à innover sur le plan technologique.

L’accueil de projets à forte intensité technologique devra d'autre part s’accompagner d’une exploitation plus sobre du foncier, d’une maîtrise accrue des émissions et d’un tissage de liens plus étroits avec le tissu économique local.

La transition verte ne relève donc pas de la seule responsabilité des pouvoirs publics ou des aménageurs. Les entreprises implantées dans les zones industrielles se doivent de prendre des initiatives adaptées : mesurer leur empreinte en ressources, économiser l’énergie, moderniser leurs équipements et se conformer aux exigences environnementales.

Les gestionnaires de zones ont pour mission de déployer des infrastructures cohérentes, de garantir la transparence des données et d'assurer le contrôle des engagements. Quant aux autorités, il leur revient de piloter les progrès réalisés, de juger des résultats et d'aplanir les freins institutionnels et financiers.

Pour Hanoï, l’enjeu réside à présent dans la conversion de ces critères écologiques en progrès mesurables au cœur des processus de production. C’est à cette unique condition que la transition verte pourra véritablement s’imposer comme le moteur de la modernisation industrielle, de la montée en qualité des investissements et de la compétitivité durable de la capitale.

Dô Minh - Câm Sa/CVN

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