Exportations : le Vietnam s’adapte au chaos logistique mondial

Les tensions au Moyen-Orient fragilisent les exportations vietnamiennes en raison de l’explosion des coûts de transport. Pour relever ce défi majeur, les entreprises réorganisent leurs chaînes logistiques et ajustent leur offre commerciale.

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Les tensions au Moyen-Orient qui s’enlisent et les menaces de perturbation dans le détroit d’Ormuz placent les entreprises vietnamiennes face à de sérieux défis économiques et commerciaux : flambée des coûts de production et de transport, rupture des chaînes d’approvisionnement mondiales, raréfaction des matières premières importées... Ce qui rend moins compétitifs les produits vietnamiens sur des marchés clés, notamment l’Union européenne et les États-Unis.

Au port de Lach Huyên, ville de Hai Phong (Nord).
Photo ; VNA/CVN

Le ralentissement de l’économie mondiale dû au conflit suscite de vives inquiétudes pour le Vietnam, dont la croissance dépend largement des exportations. La hausse généralisée des coûts pourrait en outre accentuer les pressions inflationnistes. Face à cette accumulation de risques, le pays est contraint d’apporter des réponses à la fois rapides et efficaces.

Menace directe sur les flux d’exportation

Les services compétents proposent un ensemble de solutions pour renforcer la résilience des entreprises et leur capacité d’adaptation. Le Comité de recherche sur le développement du secteur privé, relevant du Conseil consultatif des réformes administratives du Premier ministre, a récemment soumis un rapport évaluant l’impact du conflit militaire au Moyen-Orient sur les activités de production et d’affaires des entreprises nationales.

Fondé sur une enquête rapide menée du 16 au 22 mars dernier auprès de 228 entreprises, le rapport met en évidence la transformation des risques géopolitiques en pressions concrètes sur l’activité économique. Selon l’enquête, 62,7% des entreprises estiment que le conflit a un impact important ou très important sur leurs activités, tandis que 55,3% déclarent en subir déjà des effets directs. Les secteurs les plus exposés sont ceux liés à l’énergie, au transport, à l’import-export, à l’industrie manufacturière et à l’agriculture.

La hausse des coûts des intrants constitue le principal canal de transmission. Près de 87,7% des entreprises interrogées signalent une augmentation des coûts, dont plus de la moitié à un niveau élevé. Cette pression, liée notamment à la hausse des prix de l’énergie, des matières premières, de la logistique et du financement, érode les marges, fragilise les flux de trésorerie et menace la continuité des commandes. Parallèlement, 52,2% des entreprises font état de perturbations du transport international et de la logistique, se traduisant par des délais allongés et des coûts en hausse. En outre, 53,5% signalent une baisse des commandes à l’export, en particulier vers l’Asie et le Moyen-Orient, affectant directement leur compétitivité et leur capacité à maintenir leurs marchés.

Le choc touche également l’investissement et les conditions financières : 64,5% des entreprises ont reporté ou ajusté leurs projets d’investissement, dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, de difficultés d’accès au crédit et de volatilité des taux de change. La majorité des entreprises évaluent leur résilience comme moyenne (59,3%), voire faible (23,7%), révélant une capacité d’adaptation limitée face à des chocs simultanés.

Face à ces défis, le Comité de recherche sur le développement du secteur privé recommande au gouvernement de stabiliser en priorité les prix de l’énergie et de sécuriser les approvisionnements afin de réduire la pression sur les coûts de production. Il souligne également la nécessité de déployer rapidement des mesures de soutien financier, notamment en facilitant l’accès au crédit, en réduisant les taux d’intérêt et en restructurant les dettes pour améliorer la trésorerie des entreprises, en particulier des PME et des secteurs les plus exposés.

Confection de vêtements destinés à l’exportation vers le marché japonais chez l’entreprise Hung Viêt, à Hung Yên (Nord). 
Photo : VNA/CVN

Réorganisation des filières clés

Parallèlement, il appelle à renforcer les systèmes d’information, de prévision et d’alerte précoce, tout en intensifiant le dialogue public-privé afin de diversifier les marchés, les sources d’approvisionnement et les routes logistiques. Le rapport insiste aussi sur l’urgence d’accélérer la réforme des procédures administratives, de lever les obstacles juridiques et de garantir une mise en œuvre cohérente des politiques, afin de réduire les coûts de conformité pour les entreprises.

Confrontés aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, à la hausse des coûts logistiques et au durcissement des normes internationales, les principaux secteurs d’exportation du Vietnam, notamment les produits aquatiques, l’agroalimentaire et le textile, engagent une profonde adaptation stratégique. Les entreprises réorganisent leurs portefeuilles de produits, leurs chaînes d’approvisionnement et renforcent leurs critères de durabilité afin de préserver leur position sur les marchés mondiaux.

Dans le secteur aquatique, les entreprises privilégient désormais des produits plus accessibles et essentiels, tels que le pangasius, le tilapia, les conserves ou le surimi, afin de mieux répondre à la demande dans un contexte d’inflation mondiale.

La même logique prévaut dans la filière des fruits et légumes, où de nombreux exportateurs réduisent la part des produits frais au profit des produits transformés, mieux adaptés à l’allongement des délais de transport maritime. Certaines entreprises envisagent également de louer des entrepôts frigorifiques ou de coopérer avec des centres de distribution.

Thê Linh/CVN



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