Des éléphants filmés au cœur des forêts de Dà Nang

Après plusieurs mois de surveillance par pièges photographiques, neuf éléphants ont été identifiés dans la réserve de Dà Nang. La découverte de deux jeunes individus témoigne du renouvellement du troupeau et des conditions favorables de son habitat naturel.

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Les "chasseurs d’images" passent plusieurs jours en forêt pour installer les pièges photographiques.
Photo : TP/CVN

Photo : TP/CVN

"Nous avions déjà ouvert quatre cartes mémoire sans trouver les éléphants. À la cinquième, ils sont apparus, avec deux petits bien dodus. Notre joie était indescriptible", se souvient avec émotion Nguyên Long Ban, du Service de conservation de la nature.

Après plusieurs mois de pose de pièges photographiques, le Comité de gestion des forêts spéciales de Dà Nang a confirmé la présence de neuf éléphants dans la réserve d’espèces et d’habitats qui leur est dédiée.

En 2017, sept éléphants avaient été recensés dans les forêts de la commune de Quê Phuoc, à Dà Nang. Fin 2025, des habitants revenus de la forêt avaient signalé avoir aperçu des empreintes de jeunes éléphants. L’information avait suscité l’espoir des gestionnaires, sans toutefois permettre de confirmer leur présence.

Une campagne de surveillance a donc été mise en place. Avant le Têt, neuf agents, parmi lesquels Nguyên Long Ban, ont parcouru près de quatre kilomètres de forêt pour installer les équipements. La mission s’est déroulée sous une pluie persistante : durant les six jours passés sur place, les équipes ont été confrontées à six jours de pluie.

Chaque matin, les neuf membres se divisaient en deux groupes pour gagner différents secteurs et installer les appareils. Ils regagnaient leur campement à midi pour déjeuner avant de repartir, puis passaient la nuit sous la pluie de la forêt.

À l’affût des indices

Les emplacements n’ont pas été choisis au hasard. Les agents se sont appuyés sur les observations des habitants ainsi que sur les indices laissés par les éléphants : empreintes, excréments, odeurs et même présence de nuées de mouches autour de leur passage.

"Nous avons installé les appareils de manière ciblée, en fonction des endroits où les chances d’observer les éléphants étaient les plus élevées. Il n’y avait donc pas de distance fixe entre les différents pièges", explique Nguyên Long Ban.

Pour obtenir des images précises du passage des pachydermes, les appareils ont été fixés sur de grands arbres, à une hauteur comprise entre 1,5 et 2 mètres. Chaque emplacement disposait de deux appareils photo et d’une caméra vidéo. Solidement attachés et munis de cadenas, ils devaient résister aux intempéries mais aussi aux animaux susceptibles de venir les manipuler, notamment les singes.

Au total, 45 pièges photographiques ont été installés sur 15 sites répartis dans trois sous-secteurs forestiers. Malgré la pluie, les traversées de cours d’eau et les longues marches, aucun membre de l’équipe ne s’est plaint. L’espoir de confirmer la présence de nouveaux éléphants faisait oublier les difficultés du terrain.

Les agents chargés de cette surveillance doivent cependant disposer de bien plus que du matériel de localisation GPS. Ils doivent également posséder des connaissances et une expérience suffisantes pour faire face aux situations imprévues.

"Lorsque nous découvrons des empreintes ou des excréments très récents, nous changeons de direction afin d’éviter une rencontre directe. Les éléphants vivent dans leur milieu naturel et leur instinct de défense est très développé. De plus, certains ont déjà été malmenés par des hommes et peuvent garder longtemps ce souvenir. Une rencontre peut donc devenir dangereuse", précise-t-il.

Deux petits au milieu du troupeau

Quelques mois plus tard, l’équipe est retournée dans la forêt pour récupérer les pièges. Tous étaient impatients de découvrir les images enregistrées après des mois d’attente.

Les premières cartes mémoire ne révélaient aucune trace d’éléphant, seulement le passage de quelques autres animaux sauvages. Puis, à la cinquième, le troupeau est apparu. Quelques adultes seulement, appartenant au groupe déjà recensé.

Deux jeunes suivent les adultes : l’un est âgé d’environ cinq ans, l’autre d’environ deux ans.
Photo : VNA/CVN

Les agents ont alors consulté les cartes vidéo correspondant au même emplacement, puis comparé les images provenant des différents angles afin d’analyser précisément les séquences.

"Nous retenions presque notre souffle. Et lorsque nous avons aperçu les deux petits éléphants bien dodus, nous avons éclaté de joie. Ce moment nous a donné la chair de poule", raconte Nguyên Long Ban.

Les images montrent les pachydermes avançant paisiblement au milieu de la forêt, saisissant de temps à autre des branches et des feuilles avec leur trompe. Deux jeunes suivent les adultes : l’un est âgé d’environ cinq ans, l’autre d’environ deux ans.

Le plus jeune attire particulièrement l’attention. Il court et joue devant les pièges photographiques, offrant aux caméras des séquences particulièrement nettes de ses déplacements.

Ces deux nouveaux individus portent à neuf le nombre d’éléphants identifiés dans le troupeau, qui comptait déjà sept adultes. Les responsables de la conservation soulignent toutefois que ce chiffre n’est pas définitif et que le groupe pourrait être plus important.

Un habitat favorable

La réserve d’espèces et d’habitats des éléphants de Dà Nang couvre près de 19.000 hectares dans la commune de Quê Phuoc. Au cours de la campagne, les équipes ont également observé plusieurs espèces sauvages rares, dont des faisans argentés et des loutres.

Pour les personnes qui travaillent au quotidien à la conservation de la forêt, la présence d’un troupeau comprenant des individus d’âges différents est particulièrement encourageante. Elle montre que le milieu naturel réunit les conditions nécessaires à la reproduction et au développement de plusieurs générations.

Lê Hoàng Son, directeur du Comité de gestion des forêts spéciales de Dà Nang, estime que la présence de neuf éléphants appartenant à différentes classes d’âge témoigne d’une bonne reconstitution de la structure du troupeau et de conditions favorables à leur reproduction.

Le secteur occupé par les éléphants s’étend sur environ 10.000 hectares. Le relief, relativement peu escarpé, facilite leurs déplacements. La forêt leur fournit également une nourriture et des ressources en eau abondantes, notamment du bambou, des jeunes pousses et du rotin.

À cela s’ajoute une évolution de la sensibilisation des populations locales à la protection des éléphants et de leur environnement.

Préserver un espace de vie

Pour réduire les risques de confrontation entre les pachydermes et les habitants, les autorités ont planté plus de sept kilomètres de haies de jujubiers épineux le long de la limite entre la forêt et les zones agricoles.

Cette barrière végétale permet désormais de limiter les incursions des éléphants dans les champs et les jardins à la recherche de nourriture, réduisant ainsi les dégâts causés aux cultures et aux biens des habitants.

Le troupeau d’éléphants avance paisiblement dans la forêt.
Photo : TP/CVN

Photo : TP/CVN

Le Comité de gestion mène parallèlement des actions de sensibilisation afin d’encourager les populations à cohabiter pacifiquement avec les animaux, tout en protégeant la forêt qui constitue leur habitat.

Les autorités travaillent également à des solutions durables pour améliorer les moyens de subsistance des habitants. L’objectif est de leur permettre de stabiliser leurs revenus et, ainsi, de réduire leur dépendance aux ressources forestières.

Sur le terrain, les patrouilles se poursuivent. Les équipes retirent régulièrement les campements et les pièges installés illégalement afin de maintenir un environnement sûr pour la faune sauvage.

Les éléphants, réputés pour leur excellente mémoire, reviennent régulièrement dans les endroits où ils trouvent de la nourriture. Par le passé, certains avaient été chassés ou frappés lorsqu’ils pénétraient dans les cultures. Le souvenir de ces interactions peut encore favoriser des réactions défensives face à l’homme.

Aujourd’hui, les haies contribuent à maintenir les animaux dans la forêt. Mais la sensibilisation reste indispensable pour apprendre aux habitants à mieux connaître leur comportement, à éviter les situations à risque et à respecter leur habitat.

La présence de ces deux jeunes éléphants apparaît ainsi comme un signe encourageant. Elle rappelle surtout que la préservation d’un troupeau passe autant par la protection de la forêt que par la construction, avec les populations locales, d’une coexistence durable.

Thao Nguyên/CVN

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