Le Centre de l'Europe écrasé de chaleur, 1.300 morts imputables à la canicule selon l'OMS

Nouvelle journée irrespirable dimanche 28 juin en Europe : la chape d'air brûlant en Europe se déplace vers l'est du Vieux Continent, où l'OMS a dénombré 1.300 morts imputables à la canicule depuis le 21 juin.

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Une baignoire de refroidissement d'urgence et des poches de glace, dans une caserne de pompiers à Paris, le 28 juin lors d'un épisode de canicule en France. 
Photo : AFP/VNA/CVN

"Plus de 1.300 décès supplémentaires ont été enregistrés depuis le 21 juin en lien avec les températures élevées en Europe", a déclaré dimanche 28 juin sur X le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"À l'heure actuelle, 150 millions de personnes vivent sous une chaleur extrême, des centaines de personnes sont décédées, des écoles sont fermées et les réseaux électriques sont mis à rude épreuve", a-t-il ajouté.

Au moins 191 millions d'habitants devraient connaître des températures supérieures à 35°C à un moment de la journée dimanche, selon les calculs de l'AFP, un chiffre en légère baisse par rapport à samedi.

Samedi 27 juin, les records historiques absolus se sont encore accumulés : 37°C au Danemark, 41,7°C en Allemagne, où un nouveau record de température minimale nocturne a également été enregistré dans la nuit de samedi 27 juin à dimanche 28 juin : 29,4°C à Kubschütz (ouest), contre 27,2°C en août 2003.

Et dimanche 28 juin, la République tchèque a enregistré un nouveau record, à 41,1°C, une valeur relevée à Doksany, au nord de Prague. Même chose en Pologne, avec 40,5°C, où de nombreux trains ont été annulés ou retardés.

À Berlin, la police entend à nouveau faire usage de canons à eau pour aider les habitants de la capitale à se rafraîchir.

Dans toute l'Allemagne, de nombreuses compétitions sportives et événements culturels ont été annulés. De nombreuses villes ont signalé une pression extrême sur leurs équipes de secours. À Dresde (Ouest) par exemple, les pompiers ont fait état d’un record d’interventions samedi 27 juin sur l’année.

Mais bonne nouvelle venant de France : le pays ne comptera plus de départements en vigilance rouge pour la canicule lundi 29 juin, avec 39 départements en vigilance orange dont 19 pour des risques d'orage, a annoncé dimanche 28 juin Météo-France.

Bilan "probablement très très lourd"

Mais les autorités françaises commencent à dresser un bilan de la surmortalité potentiellement imputable à la canicule historique qui frappe le pays depuis onze jours : un millier de morts de plus que la normale depuis le 24 juin, date à laquelle les températures ont dépassé 40°C à travers le territoire.

Le soleil se lève sur le mont Drachenberg, à Berlin, le 28 juin où les températures devraient avoisiner les 40°C en pleine vague de chaleur en Europe. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Ce phénomène touche principalement les plus de 65 ans, a annoncé Santé publique France (SpF), évoquant par ailleurs une hausse de 40% des seuls décès à domicile.

Le chef des urgences de l'hôpital Pompidou, un des grands établissements parisiens, Philippe Juvin, a dit dimanche s'attendre à un bilan "probablement très très lourd".

"Demain matin lundi 29 juin, les aides ménagères, les gens qui s'occupent des personnes âgées à domicile vont revenir travailler ainsi que les familles et on va ouvrir les portes et on va probablement découvrir des gens qui sont soit en très très mauvais état chez eux, qui n'ont pas bu depuis trois jours, qui sont dans la chaleur ou qui sont morts", a-t-il décrit.

Selon la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, on n'aura "probablement pas la même surmortalité" qu'en 2003, qui avait causé 15.000 décès.

Cette vague de chaleur est la plus sévère à avoir jamais été mesurée en Europe, et aurait été quasiment impossible au mois de juin sans le changement climatique, selon les climatologues du World Weather Attribution.

"Les gens ferment les yeux"

Ces chaleurs pourraient en outre être accentuées par une "bulle froide" de l'Atlantique, vaste zone d'eaux anormalement froides au sud de l'Islande et du Groenland.

Une médecin évalue l'état d'une patiente souffrant des effets de la chaleur à l'hôpital de Purpan à Toulouse, lors d'un épisode de canicule en France, le 23 juin.
Photo : AFP/VNA/CVN

Des études suggèrent qu'elle modifie la trajectoire et la vitesse du courant-jet (jet stream) atmosphérique, qui balaye le continent d'ouest en est. Ces changements peuvent favoriser la formation de systèmes de hautes pressions qui stagnent au-dessus de l'Europe, comme le "dôme de chaleur" actuel.

"Cette succession d'événements (...) explique pourquoi l'Europe se réchauffe plus rapidement que d'autres régions du monde durant l'été", a dit Marilena Oltmanns, physicienne spécialiste de l'océan et du climat, professeure de l'université de Brême (Allemagne).

La hausse du mercure affecte aussi les mers, conduisant à un appauvrissement de sa biodiversité. Sur la plage de Wimereux, qui borde la Manche dans le Nord de la France, Grégory Beaugrand, directeur de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) a constaté que les organismes qu'il prélève régulièrement sont de plus en plus petits.

Or, quand la composition du plancton se modifie, "tous les niveaux" de la chaîne alimentaire changent aussi : "Les poissons qui aiment les eaux froides sont en train de disparaître" de la Manche, a-t-il expliqué.

Les responsables politiques "passeront à autre chose" lorsque l'épisode record de canicule sera terminé, craint de son côté le paléoclimatologue français Jean Jouzel, vice-président du Giec (groupe d'experts sur le climat travaillant pour le compte de l'ONU), dans un entretien dimanche 28 juin.

"Le Giec n'a pas exagéré. Ce que l'on vit, c'est ce qu'on anticipe depuis cinquante ans. Ça doit inciter tous les citoyens à tenir compte de ce que les scientifiques disent. Les gens ferment les yeux, mais c'est extrêmement sérieux", a-t-il encore alerté.

AFP/VNA/CVN



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