Affirmer les atouts de la diplomatie à partir de la force interne

La Résolution N°06 du 19 mai 2026 du Politburo du Parti ne se contente pas d’exiger que la diplomatie joue un rôle de premier plan dans la défense de la patrie, en amont et à distance. Elle ouvre aussi la voie à une nouvelle approche du développement.

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Conférence nationale consacrée à l’étude, à l’appropriation et au déploiement de la Résolution N°06, le 11 juin à Hanoï.
Photo : VNA/CVN

Dans un contexte marqué par l’intensification de la rivalité stratégique entre les grands pays et par de profondes turbulences de l’économie mondiale, l’action extérieure ne peut plus se limiter à préserver un environnement pacifique et stable. Elle doit aussi contribuer directement à créer de nouveaux moteurs de croissance, à élargir l’espace de développement du pays et à renforcer son rang sur la scène internationale.

Lors de la conférence nationale consacrée à l’étude et à la mise en œuvre de la Résolution N°06 du Bureau politique sur l’application de la ligne diplomatique issue du XIVe Congrès national du Parti, tenue le 11 juin, le secrétaire général du Parti et président de l’État, Tô Lâm, a insisté sur la nécessité de faire de la diplomatie une force d’avant-garde dans la création et la préservation d’un environnement de paix et de stabilité. Il a également souligné son rôle dans l’ouverture de nouveaux espaces de développement, la mobilisation maximale des ressources extérieures au service du pays ainsi que l’élévation du prestige international du Vietnam. Cette orientation est considérée comme l’un des axes majeurs pour concrétiser les objectifs stratégiques fixés par le XIVe Congrès national du Parti.

Selon Thai Quynh Mai Dung, députée à plein temps au sein de la Commission de la défense, de la sécurité et des affaires extérieures de l’Assemblée nationale, la mise en œuvre de la Résolution N°06 traduit une évolution majeure de la pensée diplomatique vietnamienne. À ses yeux, le basculement vers une "diplomatie au service du développement" constitue un tournant stratégique, faisant de l’action extérieure non plus un simple appui politique, mais un levier direct de croissance.

Dans un environnement international instable, cette approche permettrait au Vietnam d’élargir son espace de développement, de mieux articuler diplomatie et progrès socio-économique, de tirer plus efficacement parti des accords de libre-échange, d’attirer des investissements directs étrangers de qualité et de favoriser les transferts de technologies. Elle vise également à connecter le pays aux initiatives liées aux infrastructures, à la logistique, aux chaînes d’approvisionnement et à la finance verte, à améliorer sa position dans les chaînes de valeur mondiales et à contribuer activement à la préservation d’un environnement pacifique et stable, condition indispensable pour consolider les ressources internes face à la compétition entre grandes puissances. Autant d’éléments jugés essentiels pour réaliser les ambitions de développement fixées par le XIVe Congrès et permettre au pays d’entrer avec assurance dans une nouvelle phase d’essor national.

Un potentiel extérieur encore sous-exploité

Dans les faits, les marges de manœuvre offertes par l’intégration internationale, la diplomatie économique, la diplomatie scientifique et technologique ainsi que les accords de libre-échange de nouvelle génération demeurent considérables. Mais, selon Thai Quynh Mai Dung, la transformation de ces atouts extérieurs en ressources concrètes pour le développement socio-économique reste en deçà des attentes, en raison notamment d’une faible capacité d’absorption technologique.

Si le Vietnam attire des volumes importants d’investissements étrangers, ceux-ci restent concentrés, pour l’essentiel, dans l’assemblage et la sous-traitance à forte intensité de main-d’œuvre. Le taux de transfert de technologies de base demeure limité, tout comme l’intégration des entreprises vietnamiennes dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. À cela s’ajoute une exploitation encore insuffisante des accords de libre-échange : les exportations restent largement dominées par les produits transformés à façon ou peu valorisés, tandis que l’application des règles d’origine, des normes vertes, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ou les réglementations anti-déforestation, ainsi que des instruments de défense commerciale liés aux accords de nouvelle génération reste source de difficultés.

Journée de la culture vietnamienne en Chine, le 21 décembre 2025. 
Photo : VNA/CVN

Une autre faiblesse relevée réside dans les insuffisances en matière d’infrastructures et de ressources humaines. Les coûts logistiques restent élevés, les infrastructures numériques manquent encore de cohérence, et la main-d’œuvre hautement qualifiée dans des secteurs tels que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle ou les technologies vertes ne répond pas encore aux exigences des grands investisseurs.

Pour Thai Quynh Mai Dung, ces limites s’expliquent aussi par la fragilité des capacités internes des entreprises vietnamiennes. Majoritairement de petite ou moyenne taille, elles souffrent d’un manque de capitaux, d’un retard technologique et d’une préparation insuffisante en matière d’études de marché. À cela s’ajoute une coordination intersectorielle encore trop lâche, sans articulation réellement efficace entre la diplomatie, chargée d’identifier les opportunités, et les ministères, secteurs, collectivités locales ou entreprises appelés à les concrétiser.

Le cadre institutionnel, par ailleurs, évolue lentement. Les procédures administratives demeurent lourdes, et la transposition dans le droit national des engagements internationaux manque parfois de cohérence.

Une véritable ressource pour le développement

Pour que l’action extérieure ne se limite pas à "ouvrir la voie" mais devienne une véritable "ressource de développement", Thai Quynh Mai Dung estime qu’il faut d’abord renforcer son rôle d’avant-garde dans le maintien d’un environnement de paix et de stabilité, ainsi que dans la construction d’un contexte international favorable au pays. La diplomatie doit également devenir un moteur d’ouverture de nouveaux espaces de développement, étroitement lié au progrès socio-économique, en contribuant à attirer les ressources, les opportunités et les conditions extérieures propices à une croissance rapide et durable.

Elle doit en parallèle permettre au Vietnam de participer activement et de manière responsable au traitement des grands enjeux internationaux, de renforcer sa place dans les mécanismes multilatéraux, de valoriser sa puissance douce culturelle et de hausser son statut à la mesure de son histoire et de son identité nationale. L’objectif affiché est celui d’une diplomatie globale, moderne et professionnelle, à la hauteur des missions stratégiques de la nouvelle époque.

Pour Đào Ngoc Bau, directeur de l’Institut de politique et des relations internationales de l’Académie politique nationale Hô Chi Minh, l’élargissement des relations extérieures n’a pas pour seul objectif "d’avoir davantage d’amis". Il doit surtout permettre d’attirer des flux de capitaux de qualité, de sécuriser des débouchés stables et d’ouvrir au Vietnam une participation plus profonde aux chaînes d’approvisionnement, avec des retombées concrètes pour chaque secteur, chaque région et chaque projet stratégique.

Le chercheur souligne également que la diplomatie scientifique et technologique doit ouvrir de nouveaux canaux de coopération dans la recherche, l’innovation et le transfert de technologies dans des domaines-clés comme l’économie numérique, l’intelligence artificielle ou l’énergie propre. L’enjeu est de transformer les "relations" en capacités technologiques réelles et en une amélioration concrète de la qualité des ressources humaines vietnamiennes.

S’agissant de l’intégration internationale, Đào Ngoc Bau estime que la priorité ne réside pas seulement dans l’adhésion à de nouveaux mécanismes ou dans la signature de nouveaux accords, mais bien dans leur mise en œuvre au service des priorités nationales de développement. Chaque engagement international doit être conçu et appliqué de manière à élargir la marge de manœuvre politique, à ouvrir de nouveaux marchés et à stimuler l’innovation dans les entreprises et les territoires, plutôt que de conserver une portée strictement diplomatique.

Trois axes de rupture pour moderniser la diplomatie

Selon Đào Ngoc Bau, trois axes de rupture doivent être privilégiés pour moderniser la diplomatie vietnamienne dans le contexte actuel.

Le premier concerne l’organisation et les mécanismes de fonctionnement. Il appelle à la mise en place d’un dispositif de coordination diplomatique réellement unifié et fluide, du niveau central jusqu’aux collectivités locales, afin que la voix de l’action extérieure soit intégrée dès la phase d’élaboration des stratégies, des plans et des politiques de développement.

Le deuxième axe touche aux ressources humaines. Le Vietnam a besoin de diplomates dotés d’une solide stature politique, d’une excellente maîtrise des langues étrangères, du droit et des pratiques internationales, mais aussi d’une compréhension approfondie de l’économie, des sciences, de la technologie, de la culture et de la société. Cela suppose une réforme des processus de recrutement, de formation, de perfectionnement, de mobilité et d’évaluation, avec un lien plus étroit entre les critères de nomination et les capacités réelles d’action dans un environnement international complexe. Il s’agit aussi d’attirer, grâce à des mécanismes plus souples, des talents issus des instituts de recherche, des universités et du secteur privé vers les métiers de la diplomatie.

Enfin, la diplomatie moderne ne peut être dissociée de l’usage des mégadonnées, des outils d’analyse et des plateformes numériques pour la collecte et le traitement de l’information, l’élaboration de scénarios et l’aide à la décision. D’où la nécessité d’investir dans des centres d’analyse et de prévision, étroitement connectés aux réseaux d’universitaires et d’experts, au Vietnam comme à l’étranger. Les diplomates doivent aussi être mieux préparés au travail dans l’environnement numérique et capables de faire face plus activement aux nouveaux défis liés aux réseaux sociaux, à la désinformation et à la cybersécurité.

De "l’ouverture de la voie" au pilotage de la croissance

Au final, la Résolution N°06 ne se borne pas à assigner à la diplomatie un rôle d’avant-garde dans la défense précoce et à distance de la patrie. Elle introduit une nouvelle logique de développement : l’action extérieure doit contribuer directement à créer les moteurs de la croissance.

Mais pour transformer les avantages de l’intégration internationale en ressources tangibles, l’essentiel ne réside pas seulement dans l’extension du réseau diplomatique. Tout dépend aussi de la solidité des capacités internes de l’économie. Les ressources extérieures ne peuvent produire leurs effets que si elles s’appuient sur une réelle capacité d’absorption technologique, sur la qualite du capital humain, sur des infrastructures modernes et sur un cadre institutionnel plus ouvert.

Autrement dit, dans cette nouvelle ère de développement, la diplomatie n’a plus seulement vocation à "ouvrir la voie". Elle doit aussi contribuer à "montrer la direction" de la croissance. Mais, pour que cette trajectoire mène à bon port, le facteur décisif reste la force interne de l’économie et sa capacité à transformer les bénéfices de l’intégration en une véritable compétitivité nationale.

Phuong Nga/CVN

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