Un nouvel élan pour la francophonie économique

Afin que l’économie puisse prospérer durablement au sein de la Francophonie, une stratégie spécifique a vu le jour en 2020. Celle-ci repose sur les besoins identifiés par les États et gouvernements membres.

La secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, au Forum d’entreprises francophones, à Hô Chi Minh-Ville, le 22 mars.
Photo : Quang Châu/CVN

En 2022, sur 112 pays et territoires, 321 millions (Statistiques par pays- extrait LFDM-2022) de personnes sont capables de s’exprimer en français, dont 255 millions de locuteurs quotidiens.

Avec 88 États et gouvernements membres, la Francophonie représente un énorme potentiel économique, produisant 16% du PIB mondial et affichant une croissance annuelle de 7%.

Face aux mutations profondes qui ont traversé le monde ces dernières années et à la nécessité impérieuse de relancer les économies afin de remédier aux impacts sociaux-économiques néfastes de la crise sanitaire, la Francophonie a rapidement agi en rénovant sa vision économique à travers l’adoption de la Stratégie économique pour la Francophonie 2020-2025 (SEF) lors de la 37e session de sa Conférence ministérielle (CMF). Celle-ci s’est tenue virtuellement les 24 et 25 novembre 2020 sous la présidence de Othman Jerandi, ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, aux côtés de la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo.

Cette stratégie plaide pour une prospérité durable, partagée au sein d’un espace résilient, solidaire, inclusif et innovant, fondée, entre autres, sur l’intensification des échanges commerciaux et des investissements entre ses pays membres. Elle leur ouvre des perspectives d’essor économique, en vue d’apporter des solutions qui répondent aux besoins des populations.

Quatre grandes transitions

Le potentiel économique de la Francophonie est énorme.
Photo : Trân Truong/CVN

Dans cette perspective, il convient d’accompagner quatre grandes transitions :

Primo, la transition vers une mondialisation mieux régulée, plus équitable, respectueuse des droits de l’Homme et de l’environnement, bénéficiant de manière équilibrée à tous les pays et populations, garantissant leur sécurité et reposant sur des chaînes de valeur favorisant la prospérité partagée ainsi que sur un système multilatéral réinventé afin de faire face aux défis du monde et aux crises globales.

Secundo, la transition vers une ère numérique plus mature, plus inclusive et bénéfique à l’humanité grâce à une correction des inégalités engendrées par le modèle actuel de développement technologique et de l’économie des données. Elle reposera notamment sur le développement des compétences des individus pour maîtriser les techniques numériques, leurs finalités et leur dimension transformatrice, soutenir la présence en ligne des entreprises en vue de leur permettre un meilleur accès aux marchés mondiaux, ainsi que sur l’accroissement de la capacité des États et de leur population à s’inscrire dans la vie de la cité, grâce notamment à la maîtrise des mécanismes de réglementation et de régulation.

Tertio, la transition vers des matrices de développement centrées sur l’impératif de la durabilité et la capacité de juguler les effets néfastes des changements climatiques dans des limites soutenables pour l’humanité, incluant une transition énergétique qui contribue à favoriser un accès abordable à une énergie propre aux agents économiques et le développement d’une industrie de transformation locale.

Quarto, la transition cardinale vers un modèle de développement synonyme d’exigence d’égalité, d’inclusion et d’éradication de la pauvreté.

Objectifs stratégiques

À l’horizon 2025, la Francophonie agira comme moteur de coopération solidaire à la fois entre ses États et gouvernements membres, et entre ceux-ci et les autres acteurs régionaux et mondiaux, y compris la communauté scientifique, la société civile et le secteur privé, afin de contribuer à une prospérité partagée et durable en encourageant l’innovation croisée.

Les jeunes et les femmes sont au cœur de la Stratégie économique pour la Francophonie 2020-2025.
Photo : OIF/CVN

La stratégie a ainsi pour ambition de faire de la Francophonie un espace de coopération, d’innovation et de mobilité privilégié en renforçant son rôle comme agent facilitateur et stimulateur de coopérations économiques et numériques tant dans une perspective Nord-Sud que Sud-Sud et tripartite.

De plus, la Francophonie deviendra un vecteur d’innovation croisée en accompagnant des transformations numériques et écologiques ainsi qu’un espace de prospérité partagée, durable et inclusive en favorisant la création d’emplois en particulier pour les jeunes et les femmes en soutenant l’entreprenariat.

La SEF vise aussi à créer une sphère d’influence pour le renforcement de la langue française et pour l’expertise francophone sur la scène multilatérale en renforçant sa présence dans les enceintes de négociation et de décision, ainsi que sur les marchés internationaux et dans le développement de normes internationales.

Ces objectifs stratégiques reposent sur deux impératifs catégoriques : le renforcement de la coopération entre les États et gouvernements au sein de l’espace francophone et l’exigence de dialogue entre ceux-ci afin d’accroître leur poids mutuel et respectif dans le système multilatéral, en vue de le régénérer et de le rendre mieux à même d’affronter les défis du monde contemporain.

Cibles et domaines prioritaires

La Stratégie économique pour la Francophonie 2020-2025 plaide pour une prospérité durable, partagée au sein d’un espace résilient, solidaire, inclusif et innovant.

Conformément aux stratégies transversales de la Francophonie (Stratégie jeunesse de la Francophonie 2015-2022, Stratégie de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits et de l’autonomisation des femmes et des filles, Stratégie de la Francophonie numérique), la SEF cible en priorité les jeunes, qui représentent près de 60% de la population de l’espace francophone et jusqu’à 75% de celle de certains États et gouvernements membres, et les femmes.

Par ailleurs, la transition numérique et la langue française sont au cœur de cette stratégie ambitieuse. La première représente aujourd’hui non seulement le moteur le plus dynamique de l’économie mondiale mais aussi le principal facteur de transformation du travail pour les jeunes et les générations futures. La seconde, quant à elle, est considérée comme un vecteur d’échanges commerciaux et de développement économique. En effet, 5e langue mondiale par le nombre de ses locuteurs, après l’anglais, le chinois mandarin, l’hindi et l’espagnol, la langue française est la seule, avec l’anglais, à être présente sur les cinq continents.

Le développement durable, où la Francophonie s’inscrit en cohérence avec les engagements de l’Agenda 2030 et des Objectifs de Développement Durable (ODD), est également un domaine prioritaire de la présente stratégie.

Cinq axes d’intervention

Aux termes de celle-ci, cinq axes d’intervention orienteront les actions économiques de la Francophonie :

Premièrement, intensifier les échanges commerciaux et les investissements. Deuxièmement, stimuler l’innovation et l’entrepreneuriat en faveur de l’insertion professionnelle. Troisièmement, capitaliser sur l’économie numérique et l’intelligence artificielle. Quatrièmement, miser sur des politiques publiques fortes. Cinquièmement, aiguiser le plaidoyer francophone.

Les États et gouvernements membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) ont reconnu l’énorme poids économique et les perspectives de croissance du marché des 321 millions de personnes vivant dans l’espace francophone.

Fidèles à leurs valeurs communes et à leur vision, engagés face aux défis de leur temps, ils veulent apporter une contribution ciblée, ambitieuse et à valeur ajoutée à l’action de la communauté internationale en faveur d’un nouveau modèle de développement inclusif et durable.

La francophonie économique en chiffres

• 321 millions de locuteurs
• 16% du PIB mondial
• 20% des échanges commerciaux globaux
• 15% des investissements directs étrangers (IDE) émis dans le monde
• 14% des ressources minières et énergétiques
• 11% des terres agricoles
(Source : OIF)

Phuong Nga - OIF/CVN