Un nouveau fer de lance de l'innovation au Vietnam

Une forte mutation est accélérée pour faire de l’École polytechnique de Hanoï un technopôle. Portée par la valorisation des brevets et des partenariats public-privé, elle mise sur l’innovation pour convertir la recherche en moteur économique.

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Hanoi University of Science and Technology - HUST (ou École polytechnique de Hanoï) s'efforce de figurer parmi les leaders asiatiques en ingénierie et technologie.
Photo : VNA/CVN

Dans le cadre de sa stratégie de développement, Hanoi University of Science and Technology - HUST (ex-École polytechnique de Hanoï) ambitionne de devenir l’un des principaux établissements d’enseignement supérieur d’Asie dans les domaines de l’ingénierie et de la technologie. Elle entend également s’affirmer comme un centre d’excellence en formation, en recherche et en innovation dans les technologies stratégiques au service du développement socio-économique et industriel du Vietnam.

L’université concentre ses efforts sur la formation de ressources humaines hautement qualifiées et sur la mise au point de produits scientifiques et technologiques susceptibles d’être appliqués et commercialisés, avec la volonté de jouer un rôle de pionnier dans l’enseignement supérieur technique vietnamien.

Du laboratoire au marché

Forte d’un potentiel de recherche considéré parmi les meilleurs du pays, HUST compte plus de 300 Professeurs et Professeurs associés, ainsi que 843 Docteurs, soit 73% de ses 1.156 éducateurs. Dans ce contexte, le développement et la valorisation de la propriété intellectuelle s’inscrivent directement dans sa stratégie de long terme.

Les produits technologiques et actifs de propriété intellectuelle de l’université se concentrent dans plusieurs domaines clés pour l’industrie et l’économie vietnamiennes, en cohérence avec ses priorités de développement : intelligence artificielle et technologies des données, blockchain et économie numérique, systèmes intelligents et robotique, énergies vertes et transition énergétique, matériaux avancés et nanotechnologies, ainsi que biotechnologies médicales et santé.

L’expérience de terrain montre que, pour un établissement d’enseignement supérieur, le développement de la propriété intellectuelle à partir des résultats de la recherche suppose plusieurs conditions.

La première est l’existence d’une structure de conseil et d’accompagnement en propriété intellectuelle, appuyée par un réseau de partenaires spécialisés, capable de répondre efficacement aux besoins des enseignants-chercheurs dans la diversité de leurs domaines. L’établissement doit aussi se doter de règles incitatives favorisant le dépôt de titres et la commercialisation des produits de la recherche, afin d’aider les technologies à franchir les différentes étapes de leur maturation, du laboratoire au marché.

Deuxième condition, l’université doit mettre en place des mécanismes clairs et attractifs de commercialisation, garantissant aux auteurs un retour économique juste. Pour les chercheurs souhaitant valoriser leurs travaux via la création de spin-off, l’établissement doit pouvoir les accompagner sur les aspects juridiques, notamment l’évaluation des actifs immatériels et l’autorisation d’utiliser la propriété intellectuelle et la marque comme apport au capital.

Dans cette perspective, le modèle de coopération à trois acteurs (État, université et entreprise) apparaît comme l’une des réponses les plus prometteuses au développement d’un véritable marché technologique.

Hanoi University of Science and Technology - HUST ou École polytechnique de Hanoï.
Photo : CTV/CVN

Troisième exigence, le contrôle, le traitement des infractions et le règlement des litiges liés au transfert, à l’apport en capital, au retrait des participations ou au partage des bénéfices après commercialisation doivent être strictement encadrés, notamment par des entités de référence comme les directions en charge de la science, de la technologie et des affaires juridiques.

Si le développement et l’exploitation de la propriété intellectuelle sont aujourd’hui devenus des enjeux urgents pour l’économie, plusieurs verrous subsistent encore et freinent la commercialisation des résultats de la recherche, dans l’esprit pourtant affiché par la Résolution N°57 du Politburo.

Le marché technologique vietnamien demeure en effet insuffisamment développé. Dans la majorité des cas, les entreprises n’articulent pas encore leur stratégie de croissance autour des brevets et des technologies propriétaires. Beaucoup n’accordent qu’une place limitée à la recherche et développement, voire ne disposent pas de véritables départements de R&D, ce qui affaiblit leur compétitivité et les rend plus dépendantes des importations de biens et d’équipements.

Or, un marché technologique ne peut exister sans offre ni demande. Les produits technologiques et les actifs de propriété intellectuelle doivent pouvoir être évalués pour devenir de véritables biens marchands. Les entreprises, tout comme l’État, ont un rôle central à jouer comme donneurs d’ordre et créateurs de demande. D’où la nécessité de politiques publiques fortes et ciblées pour structurer ce marché.

Des initiatives ont déjà vu le jour, notamment avec l’apparition de certaines plateformes d’échange technologique. Mais pour rendre la commercialisation de la propriété intellectuelle réellement efficace, une architecture institutionnelle impulsée par l’État reste indispensable, de même qu’une implication plus professionnelle des fonds d’investissement à risque capables de financer et de connecter les projets technologiques.

Les orientations récentes du gouvernement, qui mettent en avant le modèle de coopération entre l’État, l’université et l’entreprise, nourrissent à cet égard l’espoir d’une accélération du marché technologique vietnamien.

Mobilisation de ressources

La réalité est d’autant plus exigeante que la recherche et l’entrepreneuriat innovant restent des activités à haut risque, tandis que les revenus des acteurs scientifiques et technologiques au Vietnam demeurent globalement inférieurs à ceux observés dans les pays développés. Les conditions permettant de se consacrer pleinement à la recherche et à la création restent donc difficiles.

Ces dernières années, plusieurs mesures ont bien été adoptées, notamment des avantages fiscaux et des exonérations de revenus imposables en faveur des chercheurs et des entreprises scientifiques et technologiques. Mais leur mise en œuvre concrète devra encore être évaluée, puis ajustée si nécessaire.

Dans le prolongement de l’esprit de la Résolution N°57, la nouvelle Loi sur la capitale 2026 apporte elle aussi une évolution importante. Elle allège la responsabilité en cas d’échec de la recherche lorsque celui-ci résulte de causes objectives, afin de protéger ceux qui osent prendre des initiatives et innover.

Une orientation qui pourrait favoriser la mobilisation de ressources plus importantes au profit de la science, de la technologie et de l’innovation, et contribuer à faire de la propriété intellectuelle universitaire l’un des moteurs durables de la croissance vietnamienne.

Dang Chinh - Phuong Nga/CVN

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