Sécurité des soins esthétiques : renforcer le contrôle des pratiques clandestines

Entre essor rapide du marché de la beauté et multiplication des pratiques clandestines, la chirurgie esthétique suscite de vives inquiétudes au Vietnam. Face à l’augmentation des complications médicales, spécialistes et juristes plaident pour un renforcement du cadre juridique et des sanctions contre les établissements illégaux.

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"Le taux de complications liées à la chirurgie esthétique au Vietnam reste élevé, tandis que les sanctions ne sont pas suffisamment dissuasives face aux profits colossaux générés. Les établissements clandestins prolifèrent, piégeant les citoyens et provoquant de graves séquelles. Il est nécessaire de criminaliser l’exercice illégal de l’esthétique au lieu de se limiter à de simples amendes administratives", ont estimé plusieurs intervenants lors du séminaire "Sécurité esthétique : du cadre juridique à la pratique médicale standard", organisé le 12 mai à Hô Chi Minh-Ville par le journal Tiên Phong (Avant-garde).

Panorama du séminaire.
Photo : VNA/CVN

Un marché en pleine expansion

Prenant la parole lors de l’événement, le Docteur Dào Van Sinh, chef du bureau de représentation du ministère de la Santé à Hô Chi Minh-Ville, a souligné que le secteur de l’esthétique connaît une croissance rapide ces dernières années. La demande en soins de beauté augmente fortement, notamment dans les grandes villes, entraînant l’essor des hôpitaux spécialisés, cliniques et centres esthétiques.

Selon les estimations, le marché vietnamien de la beauté représente aujourd’hui plusieurs milliards de dollars, avec une croissance annuelle à deux chiffres.

Cependant, cette expansion s’accompagne de nombreuses dérives. D’après les rapports spécialisés, le pays recense chaque année entre 25.000 et 35.000 complications médicales, soit 10 à 14% des quelque 250.000 interventions esthétiques pratiquées. Une grande partie de ces accidents survient dans des établissements non agréés ou est liée à des actes réalisés par des personnes dépourvues de qualification médicale.

Les conséquences ne se limitent pas aux atteintes physiques : elles affectent également la santé mentale et la situation financière des victimes. Certains cas entraînent des séquelles permanentes, voire des décès.

Des complications parfois graves

Le Professeur associé et Docteur Nguyên Thanh Vân, président de la Société de chirurgie plastique et esthétique de Hô Chi Minh-Ville, considère désormais les complications esthétiques comme un véritable problème de santé publique.

Selon lui, ces complications surviennent fréquemment lors d’actes invasifs pratiqués dans des structures clandestines. Les cas les plus courants incluent infections, hématomes, cicatrices anormales, déformations fonctionnelles, embolies, nécroses, cécité liée aux injections de fillers, embolies pulmonaires, lésions organiques et décès.

Les complications liées à la chirurgie du nez représentent 42,6% des cas recensés, devant celles du visage (20%) et de la poitrine (18%).

Les spécialistes alertent également sur une tendance croissante à la "dé-médicalisation" de l’esthétique. De nombreux spas et centres non autorisés pratiquent des injections de fillers, des liposuccions ou encore des interventions chirurgicales en utilisant des produits d’origine douteuse, augmentant fortement les risques d’accidents graves.

Les opérations d’abdominoplastie et les transferts de graisse présentent notamment des risques élevés de thrombose veineuse profonde et d’embolie pulmonaire, avec des taux de mortalité pouvant atteindre 21 à 23%.

Vers un durcissement des sanctions

Pour le Professeur associé Nguyên Thanh Vân, l’une des principales faiblesses du système actuel réside dans l’insuffisance des sanctions. De nombreux établissements poursuivent leurs activités malgré les amendes infligées, celles-ci restant faibles au regard des bénéfices générés.

"Seul le retrait définitif de la licence peut être réellement efficace. Pourtant, même après un retrait, certains établissements rouvrent sous un autre nom au même endroit", a-t-il souligné.

Le spécialiste propose ainsi d’engager des poursuites pénales contre les établissements non agréés et les praticiens exerçant sans qualification médicale.

De son côté, l’avocate Vi Thi Phuong, du cabinet Nguyên Hiêu Law Firm, recommande également d’alourdir les sanctions administratives et de renforcer la responsabilité pénale. Actuellement, les poursuites pénales ne sont engagées qu’en cas d’invalidité supérieure à 61% ou de décès.

Selon elle, il conviendrait d’abaisser ce seuil afin de renforcer l’effet dissuasif de la loi et de mieux protéger les patients.

Texte : Quang Châu/CVN

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