Phu Quôc : l’APEC 2027, un tremplin vers de nouvelles perspectives d’emploi

Longtemps tributaires de la pêche et confrontés à des conditions de vie difficiles, les habitants de Phu Quôc profitent aujourd’hui de l’essor du tourisme et des grands chantiers liés à l’APEC 2027. Emplois plus stables, formations et avantages sociaux ouvrent de nouveaux horizons, permettant aux jeunes de bâtir leur avenir sans quitter leur île natale.

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Vue panoramique du Centre de congrès et d’expositions de l’APEC, de la salle de spectacles polyvalente et du complexe hôtelier de l’APEC, en pleine construction sur la côte de Phu Quôc. 
Photo : VNA/CVN

Il y a vingt ans, sur l’île de Phu Quôc, l’électricité était encore produite par des générateurs et la pêche constituait l’une des principales sources de revenus. Aujourd’hui, d’anciens pêcheurs veillent à la sécurité des baigneurs, tandis que d’autres habitants participent à la construction d’hôtels destinés à accueillir les participants à l’APEC 2027. Pour leurs enfants, les possibilités de construire leur avenir sur l’île sont désormais bien plus nombreuses.

De la pêche au tourisme

À 8h00, Trần Thái Bình prend son service sur la plage d’un complexe hôtelier situé à quelques kilomètres de l’aéroport de Phu Quôc. Au-dessus de lui, les avions se succèdent en phase d’approche, leurs moteurs couvrant le bruit des vagues. Au bord de l’eau, d’imposantes sculptures d’éléphants composent un décor prisé des touristes, qui viennent y immortaliser leur séjour.

Pelle à la main, il comble les flaques laissées par la marée durant la nuit et aplanit le sable. Sa tâche achevée, il contemple le large et raconte avec enthousiasme combien sa vie a changé grâce à cette même plage. À 52 ans, il touche "pour la première fois un salaire mensuel régulier et bénéficie d’une assurance sociale".

La zone maritime dont il assure aujourd’hui la surveillance est aussi celle qui le faisait vivre il y a plus de vingt ans. À l’époque, il prenait la mer pour pêcher. Désormais, il longe le rivage pour veiller à la sécurité des baigneurs.


Photo : TN/CVN

"En mer, les prises sont tantôt bonnes, tantôt mauvaises, et les frais sont nombreux", explique-t-il. Pour vivre de la pêche, il faut partir avec des compagnons et investir dans un grand bateau. Quant à la pêche côtière, elle devient de plus en plus difficile : "Les ressources halieutiques s’épuisent de plus en plus".

Le déclic est venu d’une annonce de recrutement publiée dans un groupe communautaire sur Facebook. Lors de l’entretien, deux questions lui ont été posées : savait-il nager et pratiquer les premiers secours ? Son expérience acquise au fil d’une vie passée en mer s’est révélée être un véritable atout. Désormais, il travaille huit heures par jour, gagne près de dix millions de dôngs par mois, bénéficie d’un jour de repos hebdomadaire et exerce à seulement deux kilomètres de chez lui.

Le parcours de M. Bình illustre la transformation profonde de Phu Quôc au cours des deux dernières décennies.

Les souvenirs d’une île encore sauvage

Nguyễn Tấn Thành est arrivé à Phu Quôc alors qu’il était encore tout petit, dans les bras de sa mère. Après la mort prématurée de son père, celle-ci avait quitté la province de Quang Ngai pour rejoindre sa famille maternelle sur l’île, avec ses enfants. À An Thoi, tous vivaient alors de la pêche et de divers petits métiers. Il garde le souvenir d’une époque marquée par les privations.

Nguyễn Tấn Thành, sauveteur sur la plage de Hon Thom. Photo : TN/CVN

"Il n’y avait pas encore de réseau électrique national, et l’éclairage fonctionnait grâce à des générateurs. Les routes étaient en terre rouge, poussiéreuses sous le soleil et boueuses sous la pluie. Les maisons étaient toutes de plain-pied, rien à voir avec celles d’aujourd’hui", raconte-t-il.

La plage Khem, aujourd’hui considérée comme l’une des plus belles plages du monde, n’abritait alors que quelques paillotes où l’on vendait du poisson et des fruits de mer grillés. Le tourisme y était pratiquement inexistant. "La vie sur l’île était encore très difficile", se souvient-il.

Le parcours de M. Thành ressemble à celui de M. Bình. Après quelques années de pêche, une activité "précaire, soumise aux aléas de la mer", il est devenu serveur dans un restaurant près de la plage Khem. Entre 2019 et 2020, il a ensuite été recruté comme sauveteur sur la plage de l’île de Hon Thom, au sein du complexe de parc aquatique du Sun Group.

Depuis six ans, ses journées commencent à 8h30 par le nettoyage des transats et le ramassage des déchets sur la plage, avant qu’il ne veille à la sécurité des baigneurs. Son service se termine à 17h00, mais il ne rentre chez lui qu’après le départ du dernier visiteur ayant emprunté le téléphérique.

Souriant, il évoque un métier qui lui plaît et lui permet de mettre à profit ses compétences en natation et ses nombreuses années passées en mer. Chaque mois, il perçoit plus de dix millions de dôngs, auxquels s’ajoutent une indemnité de repas de 100.000 dôngs par jour et une prime de fin d’année.

Mais ce sont surtout les avantages sociaux, dont il n’avait jamais bénéficié auparavant, qui le réjouissent. À l’occasion de la Journée internationale de l’enfance, l’entreprise verse 200.000 dôngs pour chaque enfant de ses employés. Les familles peuvent également accéder gratuitement au parc de loisirs. "Quand je travaillais ailleurs, je n’avais jamais eu droit à de tels avantages", dit-il en riant.

La famille de Trần Văn Thanh profite du week-end pour pêcher le long de la plage de Bai Sao. 
Photo : TN/CVN

Au milieu de son récit, il s’interrompt pour indiquer à un groupe de touristes étrangers le chemin des douches et des vestiaires, en quelques mots d’anglais accompagnés d’un sourire chaleureux. Il reconnaît volontiers que son anglais, appris lors des cours organisés par l’entreprise, reste "très rudimentaire". Il parvient néanmoins à orienter les visiteurs vers la piscine, les toilettes ou l’accès au téléphérique, grâce à quelques expressions mémorisées et à sa capacité à comprendre leurs gestes.

Des chantiers qui multiplient les possibilités

Par un après-midi ensoleillé de la mi-octobre 2026, la plage de Bai Sao offre un spectacle de sable doré et d’eaux turquoise. Trần Văn Thanh vient de terminer une séance de pêche au filet près du rivage avec sa femme, ses enfants et un neveu. Toute la famille s’affaire à rassembler les poissons dans des sacs. Les prises sont si abondantes qu’il éclate de rire : "Il y en a tellement qu’on n’arrive plus à suivre ! ".

Tous sont venus à moto, parcourant six à sept kilomètres pour rejoindre la plage. Originaire de Phu Quôc, M. Thanh habite lui aussi près de la mer. Mais, selon lui, les poissons sont plus nombreux à s’approcher du rivage à Bai Sao. Les prises sont destinées à la consommation familiale, et le surplus est vendu au marché. "On pêche en petite quantité, un peu comme si on allait se détendre et s’amuser", explique-t-il.

Après avoir rassemblé les poissons, secoué le filet pour le nettoyer et déposé leurs sacs bien remplis sur le sable, les membres de la famille se précipitent dans l’eau pour nager, s’éclabousser et profiter de ce moment de détente.

Le lundi matin, M. Thanh retrouve toutefois le chantier de Bai Dât Do, où un complexe hôtelier destiné à accueillir les participants à l’APEC 2027 sort progressivement de terre. Manœuvre, il gagne en moyenne plus de 500.000 dôngs par jour. En période de forte activité, lorsque les heures supplémentaires s’enchaînent, ses revenus peuvent dépasser un million de dôngs par jour.

"Aujourd’hui, il y a énormément de travail sur l’île. Les entreprises recrutent partout ; le seul risque, c’est de ne pas avoir assez de forces pour suivre le rythme", dit-il en souriant.

Hồ Thanh Hậu et Trần Thanh Thiện, employés du complexe hôtelier Rixos. 
Photo : TN/CVN

Thanh reconnaît que le travail sur les chantiers est lui aussi éprouvant, surtout lorsque les équipes doivent accélérer la cadence pour respecter les délais. Mais lorsqu’on lui demande de comparer cette activité à ses années passées à affronter les vagues, sa réponse est sans appel : "C’est bien mieux, tellement mieux ! ". Pour cet homme qui a longtemps gagné sa vie au gré des vents et des marées, la mer n’est plus un milieu où il faut lutter pour survivre. Elle est devenue un lieu de détente, où il vient se ressourcer en famille après ses journées de travail.

Le parcours de M. Thanh illustre la transformation accélérée de l’"île de perle". Selon Trần Minh Khoa, président du Comité populaire de la zone spéciale de Phu Quôc, 21 ouvrages et projets liés à l’organisation de l’APEC 2027 sont actuellement en cours de réalisation, dans un contexte où les équipes doivent composer avec les intempéries et des délais serrés. L’ampleur des chantiers accentue les besoins en main-d’œuvre. "Mobiliser les travailleurs, les ouvriers et même les équipes d’encadrement représente également un défi majeur", souligne-t-il.

Pour les anciens pêcheurs comme M. Thanh, cette demande croissante de main-d’œuvre constitue une véritable opportunité. Robustes, habitués au soleil comme aux intempéries et déjà installés sur l’île, ils disposent d’atouts appréciés des entreprises du bâtiment. Surtout, ils peuvent désormais rentrer chez eux à la fin de la journée et retrouver, le week-end, la mer en compagnie de leur femme et de leurs enfants.

Une génération qui construit son avenir sur l’île

Un coin de l’île de Hon Thom. 
Photo : VNA/CVN

Tôt le matin, au complexe hôtelier Rixos, sur l’île de Hon Thom, Hồ Thanh Hậu et Trần Thanh Thiện ont déjà préparé les clés des casiers de leurs collègues avant l’arrivée des touristes. Les deux jeunes hommes entament ensuite leurs rondes habituelles, de la plage aux différentes piscines. Ils photographient les lieux, vérifient les équipements de lutte contre les incendies et s’assurent que tout est en ordre.

Originaires de la province d’An Giang, ils ont tous deux commencé à travailler comme sauveteurs dans un établissement touristique après avoir terminé leurs études secondaires. Sur les conseils d’une connaissance déjà employée sur l’île, ils ont présenté leur candidature et ont été recrutés. Leurs compétences en natation et leur expérience de la surveillance des piscines se sont révélées parfaitement adaptées à leurs nouvelles fonctions : assurer la sécurité des clients d’un complexe hôtelier doté d’une plage et de plusieurs piscines. À l’ouverture de l’établissement, ils pourront pleinement exercer leur métier de sauveteurs.

Mais au-delà du salaire, ce sont surtout les possibilités d’apprentissage qui les enthousiasment. "Ici, nous avons beaucoup d’occasions d’échanger et d’apprendre", raconte M. Thiện. Alors qu’ils maîtrisaient à peine l’anglais, ils suivent désormais des formations structurées et communiquent quotidiennement avec des touristes et des collègues étrangers. Pour ces jeunes qui viennent tout juste de terminer leurs études secondaires, travailler dans ce complexe hôtelier revient à se former aux standards internationaux de l’hôtellerie : ils acquièrent des compétences et de l’expérience tout en bénéficiant d’un revenu stable.

Les perspectives professionnelles se développent également pour les jeunes de leur région d’origine. "Les revenus sont stables et il y a énormément de travail, vraiment beaucoup ! ", se réjouit Hậu. Selon lui, depuis l’ouverture du complexe hôtelier, de plus en plus de jeunes de la région ont trouvé un emploi similaire au sien. À mesure que les projets liés à l’APEC 2027 seront achevés et que de nouveaux hôtels et complexes haut de gamme ouvriront leurs portes, les deux jeunes hommes espèrent voir les débouchés se multiplier sur l’"île de perle".

D’après Trần Minh Khoa, président du Comité populaire de la zone spéciale de Phu Quôc, "lorsque les établissements hôteliers haut de gamme qui ouvriront prochainement commenceront à accueillir les participants à l’APEC, ils auront besoin d’un grand nombre de salariés, créant ainsi des emplois et des revenus stables pour la population locale". Pour permettre au plus grand nombre de saisir ces opportunités, la zone spéciale a également lancé le programme gratuit d’apprentissage de l’anglais Hello World, ouvert à tous les habitants de l’île.

Le responsable insiste sur la nécessité, pour les travailleurs locaux, de continuer à développer leurs compétences, notamment en anglais et en matière de qualité de service. Pour ceux qui ont grandi à l’époque des générateurs et des routes en terre rouge, l’APEC 2027 représente bien davantage qu’un sommet international. "Nous avons de très grandes attentes. Ce sommet de l’APEC contribuera à transformer Phu Quôc", confie M. Bình. M. Thành, de son côté, espère voir l’île devenir "aussi verte, propre et belle que Singapour".

À la tombée du jour, les avions continuent de se succéder à l’atterrissage. Près des sculptures d’éléphants, au bord de la mer, M. Bình observe les touristes venus admirer le coucher du soleil. Sur l’île de Hon Thom, M. Thành attend que le dernier visiteur ait embarqué dans le téléphérique avant de rentrer chez lui. Sur le chantier de Bai Dât Do, les hôtels auxquels M. Thanh contribue prennent chaque jour un peu plus de hauteur.

La mer, elle, n’a pas changé. Mais les habitants de Phu Quôc ne sont plus contraints de prendre le large faute d’autres moyens de subsistance. Et leurs enfants n’auront plus nécessairement à quitter leur île pour construire leur avenir : grâce aux emplois, aux formations et aux nouvelles perspectives offertes par le développement touristique, ils peuvent désormais envisager de le bâtir là où ils ont grandi.

Quê Anh/CVN

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