Hanoï
Phan Thi Thuân, gardienne de la soie de Phùng Xa

Sous l'influence de la vague de "soie importée", le village artisanal autrefois prospère de Phùng Xa fait face aujourd’hui à de nombreux obstacles. C’est ainsi que Phan Thi Thuân a décidé de tranquillement maintenir le cap et "la flamme" du métier.

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Phan Thi Thuân montre une écharpe en soie de lotus.
Photo : Thuc Nhi/CVN

Au travers des décennies, Hanoï a compté de nombreux villages spécialisés dans la culture du mûrier, l'élevage du ver à soie, le tissage de la soie. Parmi ces villages artisanaux, celui de Phùng Xa, dans le district de My Duc était autrefois connu comme "la capitale des mûriers".

En 1929, Phùng Xa commence à pratiquer la sériciculture. Les années 1980 furent la période la plus difficile de cette localité et des autres villages de tissage car faute de demande, leurs produits ne s’écoulaient pas ou peu. Nombreuses sont les familles qui durent ainsi couper leurs mûriers et mettre en place d’autres plantations. "C’était très difficile, mais je suis tout de même restée déterminée à poursuivre ce métier auquel se rattache quatre générations de ma famille", confie Phan Thi Thuân. Née en 1954, cet artisane d’élite est la créatrice de produits textiles empreints de créativité audacieuse,

Après la pluie, le beau temps. Le village de Phùng Xa a repris vie. Les métiers à tisser ont recommencé à chanter joyeusement et les mûriers à ombrager les berges de la rivière Day.

Pour tisser un mètre de soie, il faut environ 15.000 tiges de lotus.
Photo : CTV/CVN

Toutefois, une fois que la sériciculture de Phùng Xa a commencé à décliner, Phan Thi Thuân était alors comptable dans une coopérative séricicole. Elle souffrait de voir les artisans démissionner les uns après les autres, et surtout, de voir les métiers à tisser abandonnés partout dans le village. C’est ainsi qu’elle décide d’assembler l’un de ces métiers chez elle.

"J’ai hérité de l’amour de mes parents pour la sériciculture. Ce métier coule dans mes veines. Nos aïeux l’ont dit : +Chaque feuille de mûrier vaut de l’argent. Le ver à soie en mange et donne de l’or+. C’est la soie qui créé des emplois. Mais tout a changé et je me souviens encore très bien du jour où la Société générale de mûrier et de soie a déposé son bilan. Les habitants de My Duc avaient beaucoup de mal à trouver de nouveaux acheteurs. Les dirigeants du district m’ont alors demandé de trouver une solution pour préserver ce métier ancestral", raconte-t-elle.

Après la pluie, le beau temps

Pour promouvoir la soie de Phùng Xa, et notamment pour comprendre les goûts des consommateurs, Mme Thuân a participé à un grand nombre d’expositions et de foires de la soie. Elle a ensuite créé et conçu de nouveaux produits originaux qui ont su reconquérir le cœur des clients.

Au Vietnam, seule Phan Thi Thuân a réussi à fabriquer des produits extraordinaires à base de soie de lotus
Photo : Trân Viêt/VNA/CVN

Cependant, face à la concurrence féroce du marché, il est difficile de s’imposer sans produit phare. Elle y a réfléchit jour et nuit. Puis, un jour de 2010, lui est venue l’idée suivante : pourquoi ne pas transformer les vers à soie en "tisserands professionnels" ? Adoptant l’idée, il lui a fallu plus d’un an pour réaliser des expérimentations sur huit générations de vers à soie afin de faire naître une méthode de tissage extraordinaire, presque incroyable. Son invention a d’ailleurs remporté le premier prix du concours "Les paysans inventifs", organisé par l’Association des paysans du Vietnam.

Actuellement, la Compagnie par actions des mûriers de My Duc, dirigée par Phan Thi Thuân, a créé des emplois en faveur de plusieurs milliers de travailleurs saisonniers pour un salaire mensuel de 4,5 millions de dôngs.

Aujourd’hui, en tissant de la soie issue des fleurs de lotus, Mme Thuân espère ainsi élever la valeur économique de ces fleurs et préserver un métier traditionnel et ancestral tout en offrant de l'emploi aux travailleurs du village.

Câm Sa/CVN