L’industrie des puces peut-elle aider le Vietnam à franchir un cap économique ?

Après s’être imposé comme un hub de fabrication électronique, le Vietnam cherche désormais à monter en gamme dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs, alors que des géants mondiaux du secteur - tels qu’Intel, Amkor, Hana Micron, Coherent et VDL - renforcent leur présence dans le pays.

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L’enjeu est de taille, mais la capacité des semi-conducteurs à aider le Vietnam à échapper au piège du revenu intermédiaire dépendra d’autres facteurs que le simple nombre d’usines construites ou le volume d’investissements directs étrangers (IDE) attirés.

Le Vietnam va progressivement façonner l’écosystème des semi-conducteurs. 
Photo : MOST/CVN

La question fondamentale est de savoir si le Vietnam parviendra à transformer ces investissements dans les semi-conducteurs en une productivité accrue, en capacités technologiques nationales renforcées et en une valeur ajoutée plus élevée.

L’intégration du Vietnam dans le groupe des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, selon la classification de la Banque mondiale, à compter de juillet 2026, constitue une étape importante. Dans ce nouveau classement, les économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure affichent un revenu national brut (RNB) par habitant compris entre 4.636 et 14.375 dollars, tandis que les économies à revenu élevé dépassent le seuil de 14.375 dollars par personne.

Toutefois, le passage du statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à celui de pays à revenu élevé s’avérera nettement plus ardu. La Banque mondiale estime que le Vietnam devra plus que tripler son revenu par habitant actuel au cours des deux prochaines décennies pour atteindre le statut de pays à revenu élevé d’ici 2045, tout en maintenant une croissance annuelle moyenne d’environ 6%.

Cela signifie qu’un modèle de croissance reposant principalement sur l’accumulation de capital, une main-d’œuvre à faible coût et l’expansion de la production ne suffira plus.

Dans des propos rapportés par l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA) le 28 juillet, Lê Xuân Sang, directeur adjoint de l’Institut de l’économie du Vietnam et du monde relevant de l’Académie des sciences sociales du Vietnam, a déclaré que le Vietnam ne pourrait échapper au piège du revenu intermédiaire qu’en élevant son niveau de développement scientifique et technologique et en dépassant les segments à faible valeur ajoutée.

À mesure que les coûts de la main-d’œuvre augmentent et que les avantages démographiques s’amenuisent, une productivité accrue, la technologie et l’innovation deviendront donc des moteurs de croissance de plus en plus importants.

L’IDE doit servir de catalyseur, et non de finalité

L’investissement direct étranger (IDE) a été l’un des principaux moteurs de l’industrialisation du Vietnam. Selon l’OCDE, les flux annuels d’IDE dans le secteur manufacturier ont représenté environ 4,8% du PIB entre 2015 et 2023. Les IDE ont également constitué près de 15% de l’investissement total du Vietnam au cours de la dernière décennie.

Il en a résulté une base manufacturière tournée vers l’exportation et d’envergure considérable. Les exportations de marchandises du Vietnam ont atteint environ 475 milliards de dollars en 2025, le secteur de l’IDE représentant 367,1 milliards de dollars, soit 77,3% du total.

La même tendance s’observe dans le secteur des semi-conducteurs. Selon le ministère des Sciences et des Technologies, le Vietnam avait attiré plus de 170 projets d’IDE dans ce secteur à la date de novembre 2025, pour un montant total avoisinant les 11,6 milliards de dollars.

La présence d’entreprises internationales apporte capitaux, technologies, débouchés commerciaux et emplois qualifiés. Toutefois, l’impact économique à long terme dépendra de la mesure dans laquelle ces retombées profiteront à l’économie nationale.

L’OCDE a souligné l’importance de renforcer les liens entre les entreprises à capitaux étrangers et les fournisseurs vietnamiens, tandis que la Banque mondiale a identifié la faiblesse des connexions entre les entreprises étrangères et les entreprises locales comme un obstacle que le Vietnam doit surmonter pour libérer le potentiel de son industrie des semi-conducteurs.

Le véritable enjeu ne réside donc pas simplement dans le volume d’IDE - chiffré en milliards de dollars - que le Vietnam parvient à attirer, mais dans la quantité de technologies, de compétences et de valeur ajoutée locale que ces investissements sont susceptibles de générer.

Monter en gamme dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs

L’ampleur des exportations de semi-conducteurs du Vietnam illustre bien le défi à relever. En 2021, le pays se classait au dixième rang mondial des exportateurs de semi-conducteurs, représentant environ 2% de la valeur totale des exportations mondiales du secteur, selon l’OCDE. Pourtant, le Vietnam ne fabrique pas encore de semi-conducteurs et demeure fortement dépendant des importations de puces. En 2022, il a enregistré un déficit commercial d’environ 25 milliards de dollars dans ce domaine.

Ces chiffres mettent en évidence la différence entre participer à une chaîne d’approvisionnement mondiale et capter une part substantielle de la valeur qu’elle génère.

Les entreprises nationales telles que FPT Semiconductor, Viettel High Tech, SDS Vietnam et VSAP Lab sont encore relativement jeunes ; leurs activités se concentrent principalement sur la conception de circuits intégrés ainsi que sur les étapes finales d’encapsulation et de test.

La fabrication de puces à grande échelle nécessitant des investissements en capital considérables, le Vietnam n’a pas nécessairement besoin de dominer toutes les étapes de la production. Un objectif plus réaliste consiste à capter davantage de valeur dans les domaines où il peut se bâtir des avantages durables, notamment la conception de puces, l’ingénierie, l’encapsulation et les tests avancés, les logiciels, la recherche-développement et la propriété intellectuelle.

Le vivier de talents sera déterminant. Le gouvernement ambitionne de former, d’ici 2030, au moins 50.000 professionnels du secteur des semi-conducteurs titulaires d’un diplôme universitaire ou supérieur. Toutefois, le défi majeur consiste à faire en sorte que cette expertise croissante profite également aux entreprises, aux start-ups, aux universités et aux instituts de recherche vietnamiens.

Une usine de semi-conducteurs peut générer des exportations. Un écosystème solide dans ce domaine peut renforcer les capacités technologiques et accroître la productivité d’une part bien plus large de l’économie.

Le secteur à capitaux étrangers peut générer des recettes d’exportation considérables sans pour autant créer un niveau équivalent de valeur ajoutée nationale. Dans l’industrie des semi-conducteurs, une grande partie de la valeur réside dans la technologie, la propriété intellectuelle, la conception, l’ingénierie et la recherche.

Si le Vietnam continue de se concentrer sur l’assemblage, le conditionnement ou la fabrication reposant essentiellement sur des technologies développées ailleurs, les exportations pourraient continuer d’augmenter sans hausse concomitante de la productivité nationale. En revanche, si les entreprises vietnamiennes deviennent propriétaires de technologies, fournisseurs et innovateurs, l’impact pourrait être tout autre.

C’est pourquoi les IDE doivent être considérés comme un catalyseur plutôt que comme une finalité. L’industrie des semi-conducteurs ne doit pas être jugée uniquement à l’aune du nombre d’usines attirées ou de la valeur des puces exportées depuis le Vietnam, mais en fonction de la technologie, du savoir-faire, des emplois qualifiés et de la valeur nationale qu’elle génère.

Une usine valant un milliard de dollars peut stimuler les exportations, mais seules des améliorations durables de la productivité et des capacités technologiques nationales permettent d’augmenter les revenus à long terme.

Pour le Vietnam, les semi-conducteurs pourraient donc devenir bien plus qu’un simple moteur d’exportation. Si les IDE contribuent à développer les capacités technologiques nationales et permettent aux entreprises locales de monter en gamme dans la chaîne de valeur mondiale, ce secteur pourrait servir de levier pour transformer le modèle de croissance du pays et lui permettre d’échapper au piège du revenu intermédiaire.

Dans le cas contraire, le Vietnam risque d’attirer davantage d’usines valant un milliard de dollars tout en restant cantonné au bas de la chaîne de valeur.

VNA/CVN

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