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Cette question a été au cœur de la table ronde intitulée "Exploiter le potentiel de l’économie à basse altitude", organisée dans l’après-midi du 27 octobre, dans le cadre du Forum économique d’automne 2026.
Miser sur des segments porteurs plutôt que sur la maîtrise de toutes les technologies
Selon la Docteure Nguyên Thị Hai Hang, vice-présidente de l’Alliance vietnamienne pour l’économie à basse altitude (LAEP), un écosystème d’entreprises opérant dans ce secteur commence à se structurer au Vietnam, avec des orientations diverses. Certaines entreprises se consacrent à la fabrication de composants et de pièces destinés aux drones, dans le but de s’intégrer plus profondément aux chaînes d’approvisionnement. D’autres, notamment des start-up technologiques, privilégient le développement de logiciels, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) et la conception de solutions applicatives reposant sur des plateformes de drones déjà disponibles.
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| La Docteure Nguyên Thị Hai Hang, vice-présidente de l’Alliance vietnamienne pour l’économie à basse altitude. |
Cette diversité montre que les entreprises vietnamiennes n’ont pas nécessairement besoin de concevoir et de fabriquer elles-mêmes des aéronefs complets pour accéder à ce marché. Alors que de nombreux modèles de drones et composants sont déjà disponibles, le développement d’applications spécialisées peut constituer une voie plus adaptée, permettant aux entreprises de valoriser les ressources existantes et de répondre à des besoins précis des clients.
La représentante de la LAEP souligne que la maîtrise des technologies fondamentales est souvent considérée comme un objectif prioritaire dans le développement des nouvelles industries technologiques. Il s’agit néanmoins d’un défi de taille, qui exige des ressources considérables, notamment face à des pays disposant déjà d’une solide avance technologique. Le Vietnam doit donc adopter une approche adaptée à ses capacités et à ses conditions de développement, plutôt que de disperser ses investissements ou de poursuivre des objectifs technologiques dépassant ses moyens actuels.
À court terme, la priorité devrait être de déployer les applications de l’économie à basse altitude dans des conditions sûres et efficaces, tout en générant des retombées économiques et de la valeur ajoutée. Les résultats obtenus sur le terrain permettront ensuite aux entreprises d’accumuler de l’expérience, de renforcer leurs compétences et de progresser graduellement vers la maîtrise des technologies qu’elles sont en mesure de développer.
Partir des besoins concrets de l’économie
Sur le volet des applications, Bùi Minh Phương, vice-directrice de l’Institut de développement de l’espace à basse altitude (ILASD), estime que le Vietnam n’a pas nécessairement besoin de créer un marché entièrement nouveau. Les entreprises peuvent commencer par des secteurs où la demande est déjà avérée, notamment l’agriculture de précision, la surveillance des infrastructures, la logistique, la santé et la cartographie numérique.
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| Bùi Minh Phương, vice-directrice de l’Institut de développement de l’espace à basse altitude. |
L’expérience du delta du Mékong montre que ce potentiel ne relève pas seulement des projections. Depuis plus de dix ans, les drones y sont utilisés dans l’agriculture pour le semis, la pulvérisation de produits phytosanitaires et la lutte contre les ravageurs. En 2025, la région comptait plus de 3 000 drones agricoles, utilisés sur une superficie d’environ 1,5 million d’hectares.
Au-delà de l’agriculture, les applications des drones s’étendent à la surveillance des réseaux électriques, des infrastructures énergétiques et d’autres ouvrages, notamment dans les zones difficiles d’accès pour les humains. Ces usages montrent que les entreprises peuvent intervenir à différents niveaux de la chaîne de valeur, depuis la fourniture des équipements jusqu’à la conception de solutions technologiques adaptées aux besoins de chaque secteur économique.
Selon Bùi Minh Phương, la valeur économique générée par l’espace à basse altitude ne se limite pas à la fabrication des aéronefs. Le développement de logiciels, le traitement et l’analyse des données, l’intégration de systèmes, la maintenance et les services opérationnels représentent également des sources potentielles de valeur ajoutée.
À plus long terme, les entreprises devraient faire évoluer leur modèle économique, en passant de la vente d’équipements isolés à la fourniture de services intégrés. Les clients pourraient ainsi bénéficier d’une solution complète comprenant la planification des vols, l’exploitation des drones, le traitement des données et la production de rapports. Une telle approche permettrait non seulement de diversifier les sources de revenus, mais aussi de mieux relier les technologies proposées aux résultats opérationnels attendus par les clients.
Structurer l’écosystème pour rapprocher la technologie du marché
La constitution d’une chaîne de valeur complète suppose une coopération étroite entre la recherche, la production, les services et les applications concrètes. La représentante de l’ILASD souligne ainsi la nécessité de promouvoir des pôles de coopération sectorielle réunissant des instituts de recherche, des établissements de formation, des entreprises technologiques, des fabricants, des organismes publics et des clients industriels.
Ces rapprochements permettraient de réduire l’écart entre la recherche et le marché, en veillant à ce que les technologies développées répondent à des problèmes concrets. Ils offriraient également aux entreprises un meilleur accès aux ressources humaines qualifiées, aux connaissances spécialisées et aux partenaires nécessaires pour perfectionner leurs produits et élargir leur champ d’application.
Toutefois, le passage d’une solution techniquement opérationnelle à un modèle économique viable demeure un défi majeur. Nguyên Van Thuật, directeur adjoint du Département de l’économie numérique et de la société numérique relevant du ministère des Sciences et des Technologies, rappelle qu’il convient de distinguer la réussite d’un essai technique de celle d’une commercialisation. Un drone peut effectuer avec succès un vol expérimental sans que cela démontre pour autant la viabilité commerciale de l’application ni sa capacité à générer des revenus réguliers sur le long terme.
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| Nguyên Van Thuật, directeur adjoint du Département de l’économie numérique et de la société numérique relevant du ministère des Sciences et des Technologies. |
Selon Nguyên Van Thuật, la capacité d’un modèle à être déployé à plus grande échelle doit être évaluée à partir de critères précis. Il faut d’abord que l’application réponde à une demande réelle, apporte une solution à un problème concret et suscite une volonté de paiement de la part des clients. Elle doit également démontrer une efficacité supérieure à celle des méthodes traditionnelles.
Deux autres critères sont essentiels : la sécurité et la reproductibilité du modèle à plus grande échelle. Une application doit non seulement fonctionner en toute sécurité dans un environnement expérimental contrôlé, mais aussi satisfaire aux exigences de sécurité lors de son déploiement opérationnel. Après une première mise en œuvre réussie sur un site, elle doit pouvoir être reproduite ailleurs sans nécessiter une refonte complète de la technologie, des infrastructures et des mécanismes de gestion.
La rentabilité, condition d’un développement durable
Au-delà des enjeux technologiques et commerciaux, la maîtrise des coûts constitue un facteur déterminant pour les entreprises. Les experts estiment que la rentabilité doit être évaluée sur l’ensemble du cycle de vie des équipements, et non à partir du seul investissement initial. Le calcul doit notamment prendre en compte le coût des appareils, les ressources humaines, les batteries, la maintenance, l’assurance et la connectivité.
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Une évaluation exhaustive de ces dépenses permet aux entreprises d’estimer plus précisément la rentabilité de chaque application et d’éviter les investissements dispersés ou l’expansion d’activités dont la viabilité économique n’est pas suffisamment établie.
Dans son ensemble, l’économie à basse altitude offre aux entreprises vietnamiennes de multiples possibilités d’intégration, allant de la fabrication de composants au développement de logiciels, en passant par l’intégration de l’IA, le traitement des données, l’intégration de systèmes et les services opérationnels. L’enjeu n’est donc pas de participer à tout prix à l’ensemble de la chaîne technologique, mais de sélectionner les maillons dans lesquels elles sont les mieux placées pour créer de la valeur.
Pour tirer pleinement parti d’un marché estimé à quelque 10 milliards de dollars à l’horizon 2035, les entreprises devront conjuguer trois éléments : des capacités technologiques adaptées, une demande clairement identifiée et une rentabilité démontrable. Ces conditions sont essentielles pour transformer le potentiel de l’économie à basse altitude en activités commerciales concrètes, génératrices de valeur ajoutée, et renforcer progressivement la position des entreprises vietnamiennes au sein des chaînes de valeur.
Texte et photos : Quang Châu/CVN







