>> Thuy Xuân, un joyau de l’artisanat de l’encens
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| Bao Ân est reconnu comme l’un des villages artisanaux traditionnels emblématiques du Vietnam. |
| Photo : VNA/CVN |
Sur la route menant au village, le rouge éclatant des bottes d’encens attire immédiatement le regard. Le long des ruelles étroites et dans les cours des maisons, des bottes de bâtonnets d’encens sèchent à ciel ouvert, dessinant un paysage vibrant et coloré. Mais si le spectacle est visuel, il est aussi olfactif. En traversant le village, les visiteurs sont enveloppés par le parfum caractéristique, à la fois intense et chaleureux, de l’encens aux herbes médicinales.
Bao Ân est reconnu comme l’un des villages artisanaux traditionnels emblématiques du Vietnam. Si la production est continue, le dernier mois de l’année lunaire est toujours le plus intense. L’activité s’accélère, les camions chargés de matières premières et de produits se succèdent, faisant vivre le village au rythme animé des préparatifs du Têt, comme l’explique Lê Tiên Luong, le président de l’association des agriculteurs de la commune de Mai Phu, à laquelle est rattaché le village.
“Dès la mi-octobre, le village s’anime. Les habitants constituent des stocks de matières premières. L’objectif, c’est d’assurer une production suffisante pour répondre à la demande locale, mais aussi à celle des provinces voisines, comme Quang Tri et Nghê An. Mais au-delà de ses bienfaits économiques, la fabrication d’encens demeure avant tout un héritage précieux, un savoir-faire traditionnel qui se transmet de génération en génération”, dit-il.
Pham Thu Hiên, qui est une artisane expérimentée du village, nous confirme que la période pré-Têt est particulièrement chargée… “L’atelier tourne à plein régime. On travaille davantage et on renforce les équipes, aussi bien pour la fabrication que pour le conditionnement. Il faut savoir que les produits sont acheminés vers des métropoles comme Hanoï, Hô Chi Minh-Ville et Dà Nang”, raconte-t-elle.
Les artisans de Bao Ân sélectionnent leurs matières premières avec une exigence particulière. Entièrement naturels et sans danger pour la santé, les ingrédients vont de la poudre de cannelle, de cardamome ou de clou de girofle, aux plantes médicinales, en passant par la sciure de bois et les liants d’origine végétale.
La spécificité de l’encens de Bao Ân tient à une formule associant de 10 à 30 plantes issues de la médecine traditionnelle, liées par une résine extraite de l’écorce d’avocat marron, qui lui confère à la fois une adhérence naturelle et un parfum chaud, aux notes subtilement sucrées. Les bâtonnets, eux, sont confectionnés à partir de fines baguettes de bambou, taillées en pointe, teintes en rouge puis soigneusement séchées avant d’être enrobées de pâte parfumée. Artisan depuis plus de trente ans, Ninh Van Long, nous apporte plus de détails.
“C’est un métier transmis de génération en génération. Pour garantir une qualité irréprochable, chaque étape est exécutée avec précision: sélection des matières premières, broyage, mélange, façonnage des bâtonnets, puis séchage au soleil. La clé réside dans l’emploi d’ingrédients sûrs, savamment associés à des plantes médicinales et à des essences naturelles, afin de dégager un parfum délicat et apaisant”, indique-t-il.
“La première étape est la sélection minutieuse de la poudre d’encens et des autres composants. La poudre est composée notamment de bois de cajeput, de fruits de canarium, de plantes médicinales traditionnelles, de cannelle. Les différents ingrédients sont ensuite soigneusement mélangées, puis placées dans une machine où l’on ajoute progressivement de l’eau afin d’obtenir une pâte homogène. Cette préparation est alors pressée et enroulée autour des tiges pour former les bâtonnets. Une fois façonnés, les bâtonnets sont mis à sécher”, précise Lê Thi Liên, une autre artisane.
Même si des machines sont désormais utilisées, de nombreux artisans de Bao Ân continuent de travailler à la main, de la préparation des teintures au façonnage des bâtonnets. Ce soin artisanal confère à l’encens du village son parfum caractéristique, particulièrement apprécié à l’approche du Têt. Au fil du temps, ce métier traditionnel est devenu une source de revenus importante, créant des emplois et assurant un revenu stable à des dizaines de familles.
“Ces dernières années, le gouvernement et notre province ont accordé une attention particulière au développement des villages artisanaux. À Bao Ân, 51 familles participent aujourd’hui à la production d’encens, et certaines d’entre elles ont investi dans des machines modernes pour augmenter leur capacité. Le village compte 119 travailleurs permanents et recrute davantage de main-d’œuvre saisonnière à l’approche du Têt. Les employés permanents gagnent entre 15 et 20 millions de dôngs par mois”, nous explique Lê Van Thân, représentant du Comité populaire de la commune de Mai Phu.
Chaque bâtonnet d’encens allumé sur l’autel du Têt est bien plus qu’un simple geste rituel. Il exprime la gratitude des générations actuelles envers leurs ancêtres et perpétue une tradition profondément enracinée dans la culture vietnamienne. À Bao Ân, les artisans sont fiers de contribuer à la préservation et à la transmission de cet héritage.
VOV/VNA/CVN

