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| D'après les experts, la valorisation relativement attractive du Vietnam pourrait contribuer à attirer des investisseurs actifs. |
| Photo : VNA/CVN |
Le Vietnam diversifie ses canaux de mobilisation de capitaux avec l’entrée de sa Bourse dans la catégorie des "marchés émergents secondaires" de FTSE Russell et l’adoption de nouvelles règles accordant à Hô Chi Minh-Ville une plus grande autonomie en matière d’émission d’obligations municipales et de projet.
Ces deux évolutions pourraient faciliter l’accès aux investisseurs internationaux et aux capitaux d’emprunt à long terme. Toutefois, la profondeur du marché, la liquidité, la transparence et la gestion des risques seront déterminantes pour transformer cet accès accru en flux d’investissements durables, selon EBC Financial Group.
Le Vietnam a officiellement intégré la catégorie des "marchés émergents secondaires" de FTSE Russell le 21 septembre, à la suite de réformes concernant les échanges, le règlement des transactions et l’accès des investisseurs étrangers. Ce reclassement permet aux actions vietnamiennes d’accéder à un vivier de capitaux internationaux beaucoup plus important, mais les place également en concurrence directe avec d’autres marchés émergents.
Les flux de capitaux étrangers ne se sont pas encore traduits par des achats soutenus. Les données de Reuters citées par EBC indiquent que les investisseurs étrangers ont enregistré des achats nets d’environ 2.700 milliards de dôngs (103 millions de dollars) au cours de la semaine précédant le reclassement, mais restent vendeurs nets à hauteur d’environ 91.000 milliards de dôngs depuis le début de l’année. FTSE Russell estime que ce reclassement pourrait attirer jusqu’à 6 milliards de dollars vers le Vietnam à l’avenir.
Les flux passifs, liés aux indices de référence, ne constituent toutefois qu’une partie du tableau. Les investisseurs actifs prennent également en compte les valorisations, les perspectives bénéficiaires, la liquidité, les fluctuations monétaires et les risques macroéconomiques avant d’allouer leurs capitaux.
"Ce reclassement donne au Vietnam accès à un bassin de capitaux internationaux beaucoup plus important, mais il intensifie également la concurrence sur le marché", a déclaré Sana Ur Rehman, analyste de marché senior chez EBC Financial Group.
Elle a ajouté que les flux passifs suivraient le calendrier de l’indice, tandis que les investisseurs actifs chercheraient à déterminer si le marché vietnamien offre des rendements suffisamment attractifs pour justifier une augmentation de leurs investissements par rapport aux autres marchés émergents.
La valorisation relativement attractive du Vietnam pourrait contribuer à attirer les investisseurs actifs. VinaCapital estime le ratio cours/bénéfice prévisionnel du marché pour 2026 à environ 12,7, contre 14,3 pour la Thaïlande et 14,9 pour la Malaisie. La société prévoit également une croissance du bénéfice par action de 42,3% en 2026 et de 13,4% en 2027.
EBC indique qu’une revalorisation durable dépendra d’une croissance des bénéfices plus généralisée, au-delà d’un petit groupe de grandes capitalisations. La croissance dans les secteurs bancaire, manufacturier, de la consommation, technologique, logistique et des infrastructures pourrait contribuer à réduire la décote de valorisation du Vietnam par rapport à ses concurrents régionaux.
"Une faible valorisation constitue un point d’entrée attractif, mais elle ne suffit pas à engendrer une revalorisation durable", a déclaré Sana Ur Rehman, estimant que les investisseurs actifs rechercheront des bénéfices et des flux de trésorerie stables dans un éventail plus large de secteurs.
EBC prévoit ainsi que les investisseurs resteront sélectifs dans les prochains mois, privilégiant les entreprises disposant de solides perspectives bénéficiaires. Des flux de capitaux plus importants dépendront notamment de la liquidité du marché et de l’évolution mondiale des taux d’intérêt et des devises.
Une nouvelle étape est attendue en mars 2027, lorsque FTSE Russell devrait ajouter 20% supplémentaires à la pondération éligible, portant le facteur d’inclusion cumulé à 30%.
Une base de financement élargie
Si le reclassement par FTSE facilite l’accès aux capitaux propres, le Vietnam développe également des instruments destinés à répondre aux besoins de financement à long terme des projets d’infrastructure.
La loi sur le développement urbain est entrée en vigueur le 1er octobre, conférant au Conseil populaire de Hô Chi Minh-Ville le pouvoir de décider de l’émission d’obligations municipales et d’obligations de projet par l’intermédiaire du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville (VIFC-HCMC).
VIFC-HCMC a identifié les obligations municipales et les obligations de projet comme des produits financiers fondamentaux, avec des applications potentielles dans les systèmes de métro, les ports, les infrastructures logistiques et les projets énergétiques. Le cadre d’émission était encore en consultation en septembre et la première émission effective n’a pas encore été approuvée.
L’objectif est notamment d’aligner l’échéance du financement sur la durée de vie des actifs. La construction de chemins de fer, de ports, de réseaux logistiques et de projets énergétiques peut prendre des années avant de générer des flux de trésorerie stables.
Les obligations à long terme pourraient donc compléter le crédit bancaire en mettant en relation ces projets avec des investisseurs institutionnels capables de détenir des actifs sur de longues périodes.
"L’enjeu est de créer un système de financement plus large où les banques et les marchés de capitaux peuvent jouer des rôles complémentaires", a déclaré Mme Rehman. "Les infrastructures à long terme bénéficient d’un financement à long terme, et un marché obligataire plus développé peut faciliter la mise en relation des projets avec des investisseurs prêts à s’engager sur de nombreuses années".
Toutefois, l’émission d’obligations ne suffit pas à elle seule à créer un marché obligataire pleinement fonctionnel. EBC considère la formation des prix, la liquidité, la transparence et la diversité des investisseurs comme des conditions essentielles à son développement. Les investisseurs doivent disposer d’informations suffisantes pour évaluer les émetteurs et les projets, tandis qu’un marché secondaire liquide leur permet d’ajuster leur exposition.
Les capitaux internationaux pourraient élargir davantage la base de financement, mais ils introduiraient également des risques de change supplémentaires.
Pour les investisseurs en actions, le niveau relativement élevé des rendements des bons du Trésor américain constitue une source de rendement alternative et un point de comparaison pour évaluer les actifs des marchés émergents.
S’agissant des obligations de projet, le fait d’emprunter en devises étrangères tout en générant la majeure partie des revenus du projet en dongs peut exposer les émetteurs aux fluctuations des taux de change.
Ces évolutions témoignent d’un élargissement des canaux de financement au Vietnam. Le reclassement par FTSE Russell facilite l’accès aux investisseurs internationaux, tandis que les obligations municipales et de projet offrent de nouvelles possibilités de mobilisation de capitaux à long terme. L’enjeu sera désormais de déterminer si ces instruments peuvent s’appuyer sur une liquidité, une transparence et une diversité d’investisseurs suffisantes pour favoriser des flux de capitaux durables.
VNA/CVN



