La diaspora scientifique vietnamienne, moteur du Vietnam de demain

Lors du XIIIe Congrès national de l’Union de la jeunesse communiste Hô Chi Minh, organisé les 24 et 25 juin, le Professeur associé et Docteur Trân Lê Hung, de l’Université Gustave Eiffel, a mis en lumière le rôle croissant de la communauté des jeunes intellectuels vietnamiens établis à l’étranger dans le développement scientifique, technologique et économique du Vietnam.

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Professeur associé et Docteur Trân Lê Hung, de l’Université Gustave Eiffel.
Photo : VNA/CVN

Selon lui, à l’heure où le pays entre dans une nouvelle phase de développement fondée sur la connaissance, l’innovation et les hautes technologies, la mobilisation de cette ressource stratégique constitue un levier essentiel pour renforcer sa compétitivité et accélérer sa transformation.

Une ressource mondiale encore sous-exploitée au service du Vietnam

Au cours des dernières années, la communauté vietnamienne à l’étranger s’est considérablement développée, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Elle compte aujourd’hui de nombreux jeunes chercheurs, scientifiques, experts en technologies de pointe et universitaires occupant des postes de premier plan au sein des universités, instituts de recherche et groupes technologiques les plus prestigieux du monde.

Pour le Pr associé - Dr Trân Lê Hung, cette diaspora représente un atout exceptionnel pour le Vietnam. Au-delà des connaissances et de l’expérience acquises à l’international, ces jeunes talents jouent un rôle de passerelle entre le pays et les grands centres mondiaux de recherche, d’innovation et de création technologique.

Nombre d’entre eux dirigent des équipes de recherche de haut niveau dans des domaines stratégiques tels que l’intelligence artificielle, l’énergie, les infrastructures numériques ou encore la lutte contre le changement climatique. Leurs travaux contribuent non seulement au rayonnement de l’expertise vietnamienne sur la scène internationale, mais apportent également des réponses concrètes aux défis du développement national.

Par ailleurs, ces experts participent activement à la formation des nouvelles générations, au transfert de technologies et à la diffusion de nouvelles méthodes de gestion et d’innovation. Ils contribuent aussi à faire connaître les enjeux du développement vietnamien à l’échelle internationale et à attirer vers le pays des compétences de haut niveau.

Malgré ces atouts considérables, le spécialiste estime que les difficultés actuelles ne résultent ni d’un manque d’attachement au pays ni d’un déficit de motivation, mais principalement de l’insuffisance des mécanismes de mise en relation et de coopération.

Les réseaux existants demeurent encore fragmentés, les infrastructures de recherche restent inégalement développées et les mécanismes de coordination entre les différents acteurs manquent souvent de cohérence et de continuité.

Selon lui, les organisations de jeunesse vietnamiennes à l’étranger n’ont pas encore pleinement joué leur rôle de fédérateur et de catalyseur de cette intelligence collective mondiale.

Pour remédier à cette situation, le Vietnam doit identifier avec lucidité les domaines dans lesquels il dispose de véritables avantages compétitifs et concentrer ses investissements sur ces priorités stratégiques. En parallèle, des programmes d’action concrets doivent être mis en œuvre afin de créer un environnement favorable à l’attraction, à la valorisation et à la fidélisation des talents vietnamiens.

"Les obstacles actuels ne viennent pas d’un manque d’aspiration, mais de mécanismes de connexion encore insuffisamment efficaces", souligne-t-il.

Un écosystème mondial de la connaissance pour la nouvelle génération

Dans le contexte de l’essor de l’économie de la connaissance, Trân Lê Hung estime que l’Union de la jeunesse doit poursuivre sa transformation pour répondre aux exigences de cette nouvelle époque.

Trân Lê Hung, un des jeunes intellectuels vietnamiens résidant en France, est félicité à la cérémonie nationale honorant les jeunes exemplaires suivant les enseignements de l’Oncle Hô (Président Hô Chi Minh), le 17 mai 2025 à Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : NVCC/CVN

Selon lui, les jeunes générations ne doivent plus être considérées uniquement comme une force de mobilisation, mais comme de véritables acteurs de la création scientifique, technologique et entrepreneuriale.

Cette vision s’inscrit dans ce qu’il appelle le "patriotisme intellectuel" : une conception du patriotisme qui ne se limite pas aux sentiments ou aux symboles, mais qui s’exprime à travers la connaissance, l’innovation et la capacité à relever les grands défis scientifiques de notre temps.

Dans cette perspective, il plaide pour une profonde rénovation du Réseau mondial des jeunes intellectuels vietnamiens afin qu’il fonctionne de manière plus concrète, plus efficace et plus étroitement liée aux besoins de développement du pays.

Une meilleure coordination entre l’Union de la jeunesse, les ministères, les universités et les organismes de recherche permettrait de mobiliser plus efficacement les compétences vietnamiennes à travers le monde.

"Ce réseau doit devenir une véritable plateforme mondiale de circulation du savoir, capable de rassembler les idées, les innovations et les solutions scientifiques au service du développement national", affirme-t-il.

Parmi les initiatives qu’il préconise figure la création d’un programme intitulé "Passerelle pour la recherche", destiné à établir un canal officiel de coopération entre les besoins scientifiques du Vietnam et les experts vietnamiens établis à l’étranger.

L’objectif serait de rendre plus visibles les besoins nationaux en matière de recherche, d’innovation et de transfert technologique afin d’encourager la participation des spécialistes vietnamiens du monde entier.

Les formes de coopération pourraient être multiples : missions de recherche de courte durée, codirection de doctorants, enseignement invité, projets collaboratifs ou encore transfert de technologies.

Pour garantir l’efficacité du dispositif, le chercheur insiste sur la nécessité de simplifier les procédures administratives, d’offrir des conditions de travail attractives et de mettre en place des mécanismes de financement transparents et durables.

À terme, cette démarche pourrait favoriser l’émergence d’un véritable "écosystème circulaire de la connaissance", dans lequel les savoirs, les innovations et les technologies issus des grands centres scientifiques mondiaux seraient transférés efficacement vers les laboratoires, universités et centres de recherche vietnamiens.

Les jeunes chercheurs vietnamiens, où qu’ils se trouvent dans le monde, pourraient ainsi participer pleinement à la chaîne nationale de création de valeur et contribuer au renforcement de la compétitivité du pays dans l’économie mondiale de demain.

Quand le savoir devient un lien important

S’adressant aux jeunes Vietnamiens qui étudient, travaillent ou mènent leurs recherches à l’étranger, Trân Lê Hung rappelle que contribuer au développement du pays n’est pas seulement un devoir civique, mais aussi un privilège.

Selon lui, participer à l’essor national est une manière de prolonger l’héritage des générations précédentes tout en préparant celui des générations futures.

Alors que le Vietnam s’engage résolument dans une nouvelle phase de développement fondée sur la science, la technologie et l’innovation, les intellectuels vietnamiens du monde entier apparaissent plus que jamais comme une composante essentielle de la force endogène de la nation. "Vous êtes les passerelles entre le Vietnam et le reste du monde", souligne-t-il.

Dans cette nouvelle ère où la compétitivité repose de plus en plus sur la maîtrise de la connaissance, ces passerelles humaines pourraient bien devenir l’un des principaux moteurs de l’ambition vietnamienne sur la scène scientifique et technologique internationale.

Câm Sa/CVN


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