La banquise de l'Arctique à l'un de ses niveaux les plus bas jamais mesurés

La banquise de l'Arctique est sur le point d'enregistrer l'un de ses pires hivers jamais mesurés, montrent des données satellites américaines analysées par l'AFP, une nouvelle manifestation du réchauffement climatique d'origine humaine dans cette zone au centre de tensions géopolitiques.

>> Antarctique : des changements "abrupts" en cours, alertent des chercheurs

>> Un iceberg géant vieux de 39 ans fond au large de l'Antarctique

>> En plein Antarctique, une cave d'archives de glaces unique au monde ouvre ses portes

>> Allemagne : des blocs de glace de jusqu'à 10 m de haut bloquent la navigation sur l'Elbe

La banquise près de l'île canadienne de Devon, dans l'archipel arctique, le 27 septembre 2015. 
Photo : AFP/VNA/CVN

La banquise de l'Arctique, glace formée par le gel de l'eau de mer, fond naturellement en été et se reforme en hiver. Mais en raison du changement climatique, la proportion dans laquelle elle se reforme est en déclin.

L'hiver 2025-2026 affiche un niveau de reconstitution de la banquise en-dessous de celui enregistré l'an dernier qui était pourtant déjà au plus bas en quatre décennies, selon les données du National Snow and Ice Data Center (NSIDC), un observatoire américain de référence.

Si la tendance se poursuit jusqu'à fin mars, cet hiver figurera parmi les cinq pires jamais mesurés avec ceux de 2025, 2018, 2017 et 2016.

Si la glace ne continue pas à s'étendre avant la fin de cet hiver, à la fin du mois, cela battrait même le record établi l'année dernière.

"Dans le tiercé"

Cet hiver devrait s'afficher "parmi les cinq" pires, a dit à l'AFP Samantha Burgess, responsable stratégique pour le climat au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF). Selon Gilles Garric, océanographe polaire au Mercator Ocean Toulouse, "on est dans le tiercé actuellement".

Un iceberg dans la mer de Baffin près de Pituffik, au Groenland, le 15 juillet 2022. 
Photo : AFP/VNA/CVN

L'étendue maximale de banquise cet hiver pourrait être "l'une des plus faibles, voire la plus faible jamais enregistrée", a aussi dit mercredi 11 mars à l'AFP Seamus McAfee porte-parole du NSIDC.

L'an dernier, la banquise arctique avait atteint sa taille maximale le 22 mars, avec une superficie évaluée à 14,31 millions de kilomètres carrés. Pour l'instant, son niveau maximal a été cet hiver de 14,22 millions de kilomètres carrés le 10 mars.

La hausse des températures mondiales affecte disproportionnellement les pôles, et l'Arctique qui se réchauffe quatre fois plus vite qu'ailleurs. Les onze dernières années s'inscrivent toutes parmi les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète.

"Les sirènes retentissent pour nous avertir que nous nous dirigeons vers une planète surchauffée qui connaîtra des ravages considérables", s'est alarmée Shaye Wolf, directrice scientifique en climatologie au Centre pour la diversité biologique, une ONG américaine, dans un commentaire transmis à l'AFP.

Fonte estivale plus rapide

La reconstitution médiocre de la banquise peut d'ores et déjà avoir comme conséquence "une fonte estivale potentiellement plus rapide et importante", affirme Samantha Burgess.

Un ours polaire sur la banquise près des glaciers de l’est du Spitzberg, dans l’archipel du Svalbard, en Norvège, le 6 avril 2025.
Photo : AFP/VNA/CVN

Si la fonte de la banquise ne fait pas directement monter le niveau des océans, contrairement à la fonte de la glace qui se situe sur terre (calottes glaciaires, glaciers), elle provoque de nombreuses conséquences climatiques qui menacent bien des écosystèmes.

De nombreuses espèces comme l'ours polaire ou les phoques dépendent de la banquise pour se reproduire et se nourrir.

Certains effets peuvent aussi se produire en chaîne : "il y a des zones par exemple en mer de Beaufort, vers le Canada ou vers les mers sibériennes de l'océan qui n'avaient jamais vu l'atmosphère", dit Gilles Garric.

"Nouvelle méditerranée"

"Ce sont des zones qui vont à la fois se réchauffer par un atmosphère plus chaud en été, mais aussi qui vont être impactées par les vents et non par les vagues. Donc ça va induire ce qu'on appelle des mélanges", qui risquent notamment d'apporter "de la chaleur qu'il y avait au fond, et donc contribuer encore plus au réchauffement", poursuit le scientifique.

Un bateau de pêche, vu depuis le village de Kapisillit, au Groenland, le 13 février 2026. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Cette dégradation a également des conséquences géopolitiques, car la diminution de la banquise ouvre de nouvelles voies maritimes et l'accès à des ressources minérales. Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer du Groenland, qui appartient aujourd'hui au Danemark.

"La fonte des glaces marines induite par le changement climatique transforme l'Arctique en une nouvelle Méditerranée: une ressource maritime commune partagée, entourée d'États rivaux", dit à l'AFP, Elizabeth Chalecki, experte en changement climatique et sécurité.

"Il existe d'importantes opportunités pour l'extraction pétrolière, l'exploitation minière de minéraux critiques, les expéditions scientifiques", rappelle la chercheuse à la Balsillie School of International Affairs au Canada, en citant les appétit de la Russie, des États-Unis et du Canada entre autres.

AFP/VNA/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top