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| Spectacle de clubs d’arts martiaux dans la capitale. |
| Photo : VNA/CVN |
Au sein du patrimoine culturel hanoïen, les arts martiaux traditionnels occupent une place particulière. Ils ne se limitent pas à préserver des techniques de combat, des postures ou des formes martiales : ils reflètent également l’histoire de la construction et de la défense de la nation, l’esprit chevaleresque, le respect des maîtres et des anciens, ainsi que des valeurs culturelles transmises de génération en génération.
Pourtant, ce domaine recèle encore un potentiel largement sous-exploité. Alors que Hanoï accélère le développement de ses industries culturelles et renforce son image de "Ville créative", les arts martiaux traditionnels restent souvent confinés aux espaces d’entraînement, aux démonstrations associatives ou populaires et à une transmission limitée à des cercles restreints.
Dans le contexte de la Résolution N°80 du Politburo, qui considère la culture comme une ressource endogène et un moteur du développement national dans une nouvelle ère, l’enjeu ne consiste plus seulement à préserver les arts martiaux traditionnels, mais aussi à transformer ce patrimoine en levier de développement économique, touristique et culturel pour la capitale.
L’histoire des arts martiaux traditionnels de Hanoï est étroitement liée à la formation et au développement du delta du fleuve Rouge, berceau de la civilisation rizicole vietnamienne. Dans les villages traditionnels, ces pratiques jouaient un rôle essentiel dans la protection des communautés, l’entraînement des milices locales et la préparation des forces en période de guerre.
Au fil des générations, de nombreux styles, écoles et dojos se sont développés et transmis. Lorsque Thang Long devint la capitale, la ville attira des talents venus de tout le pays : généraux renommés, maîtres d’arts martiaux et pratiquants d’exception s’y retrouvèrent, faisant de la cité un centre majeur des arts martiaux vietnamiens.
Hanoï, creuset des écoles martiales
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| Une compétition de lutte traditionnelle lors de la Fête de lutte du village de Mai Dông, à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Contrairement à d’autres localités associées à une seule école, Hanoï constitue un véritable creuset des traditions martiales. Des écoles purement vietnamiennes, comme celles du village de Mai Dông, de La Khê, de Hàn Bai Duong ou de l’école de M. Cu Tôn (Nguyên Dinh Trong), aux disciplines d’origine étrangère profondément vietnamisées, toutes contribuent à façonner la richesse et la diversité des arts martiaux traditionnels de la capitale.
La valeur de ces arts ne réside pas uniquement dans les techniques de combat ou l’entraînement physique, mais aussi dans le patrimoine culturel accumulé au fil des siècles : esprit chevaleresque, solidarité communautaire, relation maître-disciple et résilience face aux épreuves.
Même durant les périodes historiques où les arts martiaux étaient restreints, voire interdits, leurs valeurs ont été préservées au sein des familles, des lignées, des fêtes populaires et des écoles traditionnelles.
Cette vitalité a permis de préserver l’identité culturelle tout en nourrissant le patriotisme et l’esprit d’autonomie nationale.
Depuis la réunification du pays, parallèlement à l’essor du sport de masse, les arts martiaux traditionnels de Hanoï connaissent un nouvel élan. La ville compte aujourd’hui des centaines d’écoles, de centres et de clubs où s’entraînent régulièrement des dizaines de milliers de pratiquants.
Les arts martiaux traditionnels sont également présents lors de nombreux événements culturels majeurs, des festivals populaires aux programmes d’échanges culturels et de promotion internationale.
Au service de l’économie culturelle
L’esprit de la Résolution N°80 consiste à transformer les valeurs culturelles en ressources au service d’un développement rapide et durable. Dans cette perspective, les arts martiaux traditionnels ne sont pas seulement un patrimoine à préserver, mais aussi une ressource culturelle capable de générer une réelle valeur économique.
Selon plusieurs experts, ils réunissent tous les éléments d’un produit culturel unique : profondeur historique, portée symbolique, potentiel spectaculaire, dimension expérientielle et attrait pour les publics vietnamiens comme étrangers.
Dans les faits, les arts martiaux traditionnels s’intègrent progressivement à la vie socio-économique de la capitale. Le réseau d’écoles fonctionnant selon un modèle socialisé contribue non seulement à l’enseignement de ces disciplines, mais crée également des emplois pour les entraîneurs, assistants et organisateurs.
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| Lors du 7ᵉ Festival international des arts martiaux traditionnels de Hô Chi Minh-Ville, en juillet 2025. |
| Photo : VNA/CVN |
Les tournois, festivals et événements martiaux deviennent eux aussi de véritables manifestations culturelles et sportives, générant des besoins en hébergement, transport, restauration, médias et activités commerciales connexes.
Le tourisme lié aux arts martiaux ouvre ainsi de nouvelles perspectives. Dans de nombreux pays asiatiques, les pratiques martiales constituent déjà un produit touristique à part entière, contribuant à promouvoir l’image nationale et à générer des revenus importants. Hanoï possède également de nombreux atouts pour développer ce type de tourisme.
Les démonstrations organisées dans la zone piétonne du lac Hoàn Kiêm, lors des festivals culturels ou dans les écoles martiales attirent de plus en plus de visiteurs, illustrant le potentiel des arts martiaux dans le tourisme culturel et l’animation de l’espace public urbain.
Ces démonstrations de formes martiales et d’armes traditionnelles ne relèvent pas seulement du divertissement : elles transmettent, à travers une expression artistique, des récits liés à l’histoire, à l’identité culturelle et à l’esprit national.
Dinh Công Tuân, Professeur associé, Docteur, maître d’arts martiaux et recteur par intérim de l’Université de la culture de Hanoï, estime que la ville pourrait développer des programmes d’expérience culturelle autour de la "culture martiale de Thăng Long", combinant démonstrations, récits historiques, espaces festifs traditionnels et sensibilisation au patrimoine.
Au-delà du tourisme, les arts martiaux possèdent également un fort potentiel dans plusieurs secteurs des industries culturelles : cinéma, arts du spectacle, médias numériques, jeux vidéo, édition, mode ou encore production de contenus créatifs.
Un patrimoine confronté à de nombreux défis
Malgré ce fort potentiel, le développement des arts martiaux traditionnels de Hanoï se heurte encore à de nombreux obstacles.
Le principal défi ne réside pas dans le manque de valeur du patrimoine, mais dans la capacité à transformer cette richesse en produits culturels compétitifs. Hanoï dispose d’une longue tradition martiale, d’un grand nombre de pratiquants et d’écoles historiques, mais une grande partie de ce patrimoine demeure encore sous-exploitée.
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| Colloque "Histoire du développement des arts martiaux traditionnels à Hanoï et solutions pour investir les ressources dans le développement des arts martiaux traditionnels et modernes", en mai 2026 à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Le maître d’arts martiaux Dinh Công Tuân souligne notamment le risque d’érosion des savoirs traditionnels. De nombreuses formes, techniques d’entraînement, rituels et archives historiques restent essentiellement transmis oralement. Faute de documentation et de numérisation suffisantes, une partie précieuse de ce patrimoine pourrait disparaître.
Le Professeur associé-Docteur Lê Thanh Binh, de la Fédération vietnamienne des arts martiaux traditionnels, ainsi que Lê Thi Thuy Linh, licencié de l'Université RMIT, estiment que l’un des principaux freins réside dans le fonctionnement fragmenté et parfois fermé de nombreuses écoles, entraînant un manque de coopération interdisciplinaire et de stratégies de communication cohérentes.
La réticence au changement et la rigidité des modes de fonctionnement traditionnels ont progressivement réduit l’attrait des arts martiaux auprès des jeunes générations, plus ouvertes aux nouvelles tendances. Ce manque de modernisation dans l’image et la présentation limite également leur intégration internationale et la promotion des valeurs martiales vietnamiennes à l’étranger.
De plus, de nombreuses écoles fonctionnent encore de manière isolée et exploitent peu les technologies numériques. Les bases de données, la numérisation des contenus, la promotion sur les plateformes numériques et la diffusion internationale restent encore limitées.
Un autre obstacle réside dans l’absence de modèles économiques professionnels. La plupart des écoles dépendent essentiellement des frais d’inscription, tandis que les activités de spectacle, le tourisme expérientiel ou la production de contenus numériques demeurent peu développés.
Faire des arts martiaux une ressource d’avenir
Les liens entre les arts martiaux et les secteurs du tourisme, du cinéma, de l’éducation, des médias et des technologies créatives restent encore insuffisants. Pourtant, ils constituent une condition essentielle à la formation d’un véritable écosystème culturel et industriel moderne, tel que le prévoit la Résolution N°80.
Pour les arts martiaux traditionnels de Hanoï, l’objectif ne doit donc plus se limiter à la simple préservation, mais s’orienter vers une valorisation active.
Il apparaît ainsi nécessaire d’accélérer la numérisation des documents et archives liés aux arts martiaux, de constituer des bases de données et des bibliothèques numériques afin de préserver les savoirs traditionnels tout en facilitant leur accès au public.
Parallèlement, le développement de produits de tourisme expérientiel liés aux arts martiaux et leur intégration plus profonde dans les festivals, les rues piétonnes, les établissements scolaires et les grands événements culturels de Hanoï ouvrent des perspectives particulièrement prometteuses.
Forts de leur riche héritage, les arts martiaux traditionnels ont aujourd’hui l’opportunité de devenir une ressource culturelle précieuse pour l’avenir de la capitale.
Quê Anh/CVN





