Pour le politologue Gérard Grunberg, le succès de cette primaire, dont le premier tour se tient dimanche, "est un enjeu très important pour l'évolution de la vie politique française". "Si elle réussit, la primaire deviendra une partie intégrante de l'élection présidentielle, comme aux États-Unis".
À l'origine de cette primaire, la troisième défaite consécutive de la gauche à la présidentielle en 2007 et l'incapacité des socialistes à surmonter leurs déchirements. Cette crise de leadership culmine fin 2008 avec l'accession houleuse et contestée de Martine Aubry à la tête du parti.
Devant cette impasse, la presse de gauche, des intellectuels et des quadragénaires du parti se mobilisent pour une primaire, à leur yeux la seule réponse adaptée à un système politique centré sur l'élection présidentielle. "Pour désigner le candidat le plus apte à gagner, le plus efficace est d'utiliser le même thermomètre qu'à la présidentielle : le vote des citoyens. La légitimation d'une investiture par plusieurs millions de citoyens a une puissance infiniment supérieure à la désignation par une centaine de milliers de militants", explique alors son principal promoteur, Arnaud Montebourg.
Fascinés par le succès d'Obama à la primaire démocrate, ces "modernisateurs" finiront par imposer leurs vues aux caciques du parti, longtemps réservés comme François Hollande, pourtant aujourd'hui favori de la compétition.
Le facteur clé est donc la participation. Les socialistes ont fixé la barre du succès à un million d'électeurs, mais les exemples étrangers, comme la primaire organisée en Italie en 2005 et 2007, laissent espérer jusque 10% du corps électoral, soit quatre millions d'électeurs.
Pour y arriver, le Parti socialiste (PS) a prévu 10.000 bureaux de vote, avec l'objectif de ne pas faire plus de dix kilomètres pour aller voter. "La participation reste la grosse inconnue. Les gens se déplaceront-ils ? Auront-ils peur d'aller s'affirmer de gauche ?", s'interroge Gérard Grunberg.
Tout indique cependant que la campagne a intéressé les Français. Le premier débat télévisé entre les six candidats a été suivi par cinq millions de téléspectateurs. Sur le terrain, les militants reçoivent un accueil positif. "Pour la première fois c'est agréable de distribuer des tracts, les gens viennent vers nous alors qu'avant on devait s'excuser d'être socialiste", témoigne Laure, militante en région parisienne depuis 2005. "L'éventail des candidats est si large, de Montebourg (gauche protectionniste) à Manuel Valls (aile droite du parti) que chacun peut se sentir représenté", explique-t-elle.
Le PS espère ainsi bénéficier d'une dynamique militante. Aux États-Unis, sur 35 millions d'électeurs de la primaire démocrate, deux millions se sont transformés ensuite en militants de terrain pour Obama.
Mercredi le chef du gouvernement de droite François Fillon a d'ailleurs estimé que l'organisation d'une primaire était "un processus moderne qui convient à droite comme à gauche pour toutes les élections". Mais il y a une exception, a-t-il dit, alors que le chef de l'État, Nicolas Sarkozy, va sans doute être candidat à sa succession : "Lorsque (le président de la République) se représente".
AFP/VNA/CVN