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| Les ponts suspendus aident les langurs Hà Tinh à se déplacer plus facilement. |
| Photo : CTV/CVN |
Niché au cœur des montagnes calcaires de la commune de Tuyên Phu, dans la province de Quang Tri, un réseau de petits ponts suspendus aide discrètement les langurs Hà Tinh (Trachypithecus hatinhensis) à traverser chaque jour les zones forestières fragmentées en toute sécurité, offrant une solution simple mais efficace à un défi de conservation croissant.
À l’origine de cette initiative se trouve la persévérance de Nguyên Thanh Tu, un vétéran des gardes-frontières qui a consacré ses efforts à la préservation de la riche biodiversité de cette région centrale battue par les vents et le soleil. Après avoir quitté l’armée, M. Tu est retourné sur sa terre natale pour cultiver la terre comme beaucoup d’habitants locaux. Une rencontre fortuite avec une troupe de langurs Hà Tinh a changé sa vie.
Idée simple, grande efficacité
À Tuyên Phu, où les montagnes calcaires escarpées s’entremêlent aux zones résidentielles, la troupe de langurs Hà Tinh vit comme un exemple vivant de biodiversité. Cependant, ce chevauchement étroit entre les activités humaines et l’habitat de la faune sauvage a rendu leur survie de plus en plus précaire.
Les routes traversant les montagnes sont devenues par inadvertance de dangereuses barrières. En quête de nourriture ou de partenaires, les langurs doivent traverser des routes fréquentées chaque jour, s’exposant au trafic. Beaucoup ont été blessés ou tués, tandis que certains résidents ont également été victimes d’accidents lors de rencontres avec les animaux.
Ces incidents ont suscité l’inquiétude des habitants, dont M. Tu. Comment les langurs pourraient-ils se déplacer en toute sécurité ? Comment les humains et la nature pourraient-ils coexister sans se nuire ?
De ces questions est née une idée simple : construire d’étroits ponts suspendus pour les langurs. Faits de câbles d’acier et larges d’environ 50 cm, ces structures enjambent les routes et servent de voies de passage sécurisées. Les deux premiers ponts ont été installés dans les villages de Thiêt Son et Thuân Hoan.
Des bénévoles ont non seulement construit les ponts, mais ont également planté des arbres aux deux extrémités, créant ainsi des corridors naturels pour guider les animaux. Le financement n’est pas issu du budget de l’État, mais provient en grande partie des contributions de la communauté et du soutien d’experts en conservation. Chaque pont coûte un peu plus de 40 millions de dôngs (environ 1.700 dollars), mais leur impact est significatif, protégeant la vie de centaines de langurs.
Garder l’âme de la forêt
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| Nguyên Thanh Tu (gauche) accompagne un groupe de visiteurs étrangers lors d’une séance d’observation des langurs Hà Tinh. |
| Photo : CTV/CVN |
M. Tu est le moteur de cette initiative. Reconnaissant que les langurs sont des primates rares inscrits au Livre rouge du Vietnam, il a décidé de s’engager dans un voyage pour les protéger. À l’époque, la tâche n’était pas aisée. Les langurs vivant près des zones habitées, de fausses rumeurs sur leur valeur médicinale en faisaient des cibles pour la chasse.
Les mots seuls ne suffisant pas, M. Tu a commencé par sensibiliser la communauté. En 2013, il a fait campagne pour établir un groupe de bénévoles pour protéger les langurs, avec seulement quatre membres initiaux, dont d’anciens chasseurs. Étape par étape, par la persévérance, ils ont persuadé les gens d’abandonner la chasse, de limiter la déforestation et de protéger l’habitat des primates.
Sans salaire ni avantages, le groupe dirigé par M. Tu maintient ses activités bénévolement depuis plus de 13 ans. Aujourd’hui, le groupe compte 18 membres. Plus important encore, ils n’agissent pas seuls. Grâce à la diffusion d’informations, les habitants ont progressivement changé de perception. Les zones rocheuses autrefois exploitées sont désormais préservées. L’exploitation forestière a considérablement diminué et les arbres se sont rétablis, offrant une source de nourriture abondante.
La maison de M. Tu est devenue une destination pour les scientifiques internationaux, les photographes et les visiteurs venant mener des recherches ou partager des expériences de conservation. Grâce à ces échanges, cet homme est devenu un communicant pour sa communauté, en particulier pour la jeune génération.
En 2018, la zone de montagnes calcaires de la commune de Tuyên Phu a été incluse dans la planification des forêts à usage spécial, couvrant plus de 500 ha. En 2023, le groupe de bénévoles a été transformé en coopérative, ouvrant la voie à un développement durable lié aux moyens de subsistance locaux.
La population de langurs Hà Tinh continue de survivre et de prospérer à Tuyên Phu, non pas grâce à des projets de plusieurs millions de dollars, mais grâce aux efforts collectifs de la communauté et à la persévérance de gens ordinaires.
Huong Linh/CVN




