>> L’administration locale à deux niveaux permet d’améliorer l’efficacité des services publics
>> L'administration locale à deux niveaux libère de nouvelles ressources de développement
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De nombreuses procédures intermédiaires ont été supprimées.Les services publics se sont rapprochés des citoyens et la transition numérique a permis de simplifier un grand nombre de démarches.
Toutefois, derrière ces avancées se cachent des défis considérables pour les administrations communales et de quartier, désormais chargées d’environ 1.500 missions avec des effectifs limités. Pénurie de personnel, surcharge de travail, insuffisance des compétences numériques et inadéquation des mécanismes de rémunération constituent autant de difficultés qui mettent à rude épreuve le fonctionnement du système de proximité. Consciente de ces enjeux, la métropole du Sud déploie une série de mesures structurelles afin de renforcer son administration de base et d’accompagner les exigences d’une ville de plus de 14 millions d’habitants.
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| Les agents publics doivent faire preuve de professionnalisme au service des habitants. |
Une réforme administrative historique
La mise en œuvre du modèle d’administration locale à deux niveaux constitue l’une des réformes les plus profondes du système administratif vietnamien depuis plusieurs décennies. Alors qu’auparavant les compétences étaient réparties entre trois échelons de pouvoir, la suppression du niveau intermédiaire des districts a permis de transférer directement de nombreuses responsabilités vers les communes et les quartiers.
Cette réorganisation a permis de raccourcir les procédures, de réduire les formalités intermédiaires et d’accroître l’efficacité des services rendus à la population. Selon les rapports de synthèse de Hô Chi Minh-Ville, entre 30 et 40% des formalités administratives secondaires ont été supprimées. L’utilisation généralisée du numéro d’identification personnel et du compte VNeID a entraîné la disparition progressive du livret de résidence papier, tandis que plusieurs procédures notariales et de certification ont été simplifiées.
Cependant, cette modernisation s’est accompagnée d’une forte pression sur les administrations de proximité, désormais en première ligne.
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| La ligne de métro n°1 facilite les déplacements des citoyens vers les centres administratifs publics. |
À Phu Giao, par exemple, l’administration locale est aujourd’hui chargée d’environ 1 475 missions, dont 1.108 compétences déléguées et près de 400 groupes de tâches transférées directement par les services municipaux. Dans le même temps, les effectifs restent limités, ce qui provoque une surcharge importante.
Dans les zones fortement peuplées, comme la commune de Ba Diêm qui compte plus de 204.000 habitants, ou dans les quartiers centraux tels que Phu Nhuân, Tân Dinh ou Sai Gon, le volume des dossiers administratifs augmente constamment.
Selon Nguyên Anh Tuân, secrétaire du Comité du Parti de Ba Diêm, la charge de travail après la réorganisation dépasse largement les capacités actuelles des services. Plusieurs départements, notamment ceux chargés du développement du Parti, de l’économie ou encore des affaires socioculturelles, fonctionnent en situation de surcharge permanente malgré des effectifs déjà supérieurs aux normes habituelles.
Cette réalité montre que la réforme administrative ne consiste pas seulement à réduire les procédures, mais implique également une profonde réorganisation des ressources humaines pour accompagner le transfert des compétences vers les collectivités de proximité.
Des effectifs insuffisants
Le déséquilibre entre le nombre d’agents et le volume des missions constitue aujourd’hui l’un des principaux défis rencontrés par les administrations de base.
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| Centre des services adminstratifs publics de Cu Chi. |
Dans de nombreuses localités, les fonctionnaires sont contraints de travailler entre douze et quatorze heures par jour afin de garantir le traitement des dossiers dans les délais impartis. Plusieurs centres de services administratifs prolongent leur accueil au-delà des horaires habituels afin de répondre aux besoins des citoyens.
À Cu Chi, Nguyên Bich Thuân, employée du Centre des services administratifs publics, explique que les agents travaillent pratiquement sans interruption. Une fois l’accueil du public terminé, ils doivent encore effectuer la saisie des données, transmettre les résultats sous forme électronique et finaliser les dossiers en attente, ce qui les conduit souvent à terminer leur journée vers 19 heures.
La pression ne provient pas uniquement du nombre de dossiers, mais également des exigences accrues en matière de qualité de service. Dans le cadre de l’administration numérique, chaque procédure est évaluée à travers des indicateurs précis de performance, ce qui impose une grande rigueur.
À Phu Nhuân, Pham Thi Thanh Trang, vice-directrice du Centre des services administratifs publics, indique que son établissement reçoit quotidiennement plus de 150 citoyens, traite plusieurs centaines de dossiers en ligne et assure la certification de plus de 800 documents par jour. Une charge considérable pour des effectifs limités.
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| Des bénévoles accompagnent les habitants dans leurs démarches numériques. |
Dans les vastes communes rurales telles que Phu Giao ou Thai My, les contraintes géographiques aggravent encore la situation. Les agents chargés des questions foncières, de la justice ou de la construction doivent se déplacer fréquemment dans les hameaux afin d’effectuer des vérifications sur le terrain, de régler des litiges ou de traiter les dossiers directement auprès des habitants.
Vu Hai Ly, président du Comité populaire de Phu Giao, souligne qu’avec une superficie de près de 200 km² et un nombre réduit d’agents, les fonctionnaires sont souvent obligés d’assumer plusieurs responsabilités simultanément, ce qui augmente considérablement la pression quotidienne.
Ces difficultés montrent que la question des ressources humaines ne relève pas seulement du nombre d’agents disponibles, mais aussi de leur répartition et de leur adaptation aux réalités propres à chaque territoire.
Les défis de l’administration électronique
Si la pénurie d’effectifs constitue une difficulté immédiate, le manque de compétences numériques représente un défi de plus long terme.
Hô Chi Minh-Ville ambitionne de bâtir une administration numérique moderne et d’offrir des services publics entièrement dématérialisés. Or, la rapidité de cette transition met en évidence d’importantes disparités au sein du personnel.
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| Afin de réduire le temps de traitement des dossiers, les agents publics doivent renforcer leurs compétences numériques. |
Dans plusieurs communes et quartiers, certains agents plus âgés ou récemment redéployés rencontrent des difficultés pour maîtriser les nouveaux outils numériques. Ils doivent simultanément apprendre à utiliser les plateformes électroniques, gérer les dossiers numériques et travailler avec des bases de données interconnectées.
Le paradoxe est que même les services chargés de la transformation numérique souffrent d’un manque de spécialistes. À Phu Giao, Ngô Thê Huy, chef du département Culture et Affaires sociales, reconnaît qu’aucun fonctionnaire de son service ne possède de formation universitaire en informatique. Toutes les tâches liées au numérique sont assurées par des agents polyvalents ou des experts externes recrutés sous contrat.
À cela s’ajoutent les limites des infrastructures informatiques. Les fonctionnaires doivent souvent travailler simultanément sur une douzaine de logiciels différents dépendant de plusieurs ministères, sans véritable plateforme intégrée. Cette fragmentation entraîne des dysfonctionnements et des problèmes de synchronisation des données.
Dans le quartier de Binh Duong, près de 60.000 dossiers ont été enregistrés depuis la mise en place du nouveau modèle administratif. Selon Nguyên Huu Loi, vice-président du Comité populaire local, les retards concernent principalement les procédures foncières et judiciaires, en raison du manque d’interconnexion entre les différents systèmes.
La réforme foncière récente a accentué ces difficultés, provoquant une augmentation massive des demandes de changement d’affectation des terrains. Afin de résoudre les problèmes dans les meilleurs délais, plusieurs administrations ont dû mettre en place des groupes de coordination en ligne avec les services municipaux.
Ces dysfonctionnements montrent que la transformation numérique ne dépend pas uniquement des équipements ou des logiciels, mais repose avant tout sur le développement des compétences humaines.
Une administration plus proche des citoyens
Face aux difficultés, de nombreuses collectivités ont choisi d’innover dans leurs méthodes de travail plutôt que d’attendre des solutions extérieures.
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| Un agent public aide un habitant à remplir ses formalités administratives. |
La transition d’une logique de gestion administrative vers une logique de service constitue l’un des changements les plus significatifs observés depuis un an.
Au Centre des services administratifs publics du quartier de Bên Cat, les agents maîtrisant les outils numériques accompagnent directement leurs collègues moins familiarisés avec ces technologies. Selon Nguyên Van Binh, vice-directeur du centre, la solidarité et la coopération entre les différents guichets permettent de maintenir la fluidité du traitement des dossiers malgré la surcharge.
Parallèlement, plusieurs initiatives ont vu le jour afin d’amener les services publics au plus près de la population : équipes mobiles administratives, groupes de jeunes volontaires spécialisés dans le numérique ou encore dispositifs d’aide sociale à domicile.
Une habitante témoigne : "Les fonctionnaires viennent chez nous pour nous aider à accomplir nos démarches. Cela nous rend vraiment service."
Des solutions stratégiques
Pour les spécialistes de la gouvernance publique, les mesures ponctuelles ne suffisent pas à résoudre durablement la question des ressources humaines. Des réformes structurelles sont indispensables.
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| Dans les localités les plus peuplées, les effectifs administratifs chargés des missions liées au numérique seront renforcés. |
Hô Chi Minh-Ville a engagé une série de solutions visant à renforcer les effectifs et la qualité des ressources humaines.
La première consiste à augmenter les effectifs administratifs de 20% grâce aux mécanismes de la Résolution n°09, avec priorité aux zones les plus peuplées ou les plus chargées.
La ville a également décidé d’affecter 408 agents spécialisés aux missions numériques.
Par ailleurs, 1.000 agents de terrain expérimentés seront maintenus en poste afin de constituer un vivier pour les futurs recrutements.
Des formations pratiques sont privilégiées afin de renforcer les compétences liées aux bases de données interconnectées et à la gestion numérique.
Enfin, la ville travaille à la mise en place d’un régime spécifique de rémunération et de primes, financé par son propre budget, afin de mieux refléter les responsabilités accrues des agents.
Après une année de fonctionnement, le modèle d’administration locale à deux niveaux entre dans une phase de consolidation. Les difficultés liées aux ressources humaines, à la transformation numérique et à l’organisation administrative apparaissent comme des défis structurels d’une réforme d’ampleur. Hô Chi Minh-Ville cherche ainsi à bâtir une administration plus moderne, plus efficace et véritablement centrée sur les citoyens.
Texte et photos : Quang Châu/CVN



