Crise bancaire au Paraguay: Pedro Alliana devient président après la destitution de Santiago Peña

Au terme d'une crise bancaire majeure, Pedro Alliana a été investi vendredi à la tête du pays. Son prédécesseur Santiago Peña, assigné à résidence à peine une heure après sa destitution, doit comparaître ce samedi 7 novembre devant le parquet pour s'expliquer sur ce scandale.

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Pedro Alliana s'adresse aux législateurs après avoir prêté serment en tant que nouveau président du Paraguay, suite à la destitution de Santiago Peña par le Sénat, une décision motivée par des accusations liées à l'effondrement de la banque Ueno à Asuncion, au Paraguay, le vendredi 6 novembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Pedro Alliana, 52 ans, a affirmé dans sa première brève allocution devant le Sénat qui l'a investi que "les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls".

Président conservateur du Paraguay depuis 2023, proche allié de Washington, Santiago Peña, 47 ans, dont le mandat s'achevait en principe en 2028, a été destitué après que le Sénat l'a reconnu, à l'unanimité, coupable de "mauvais exercice de ses fonctions", en lien avec la débâcle de la banque Ueno. 

La crise bancaire, qui a rapidement viré à la crise politique profonde, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle pour insolvabilité par la Banque centrale (BCP) d'une banque en ligne florissante ces dernières années, Ueno Bank.

Comptes bloqués pour 3 millions de clients

L'intervention de la BCP a gelé les dépôts de près de trois millions de personnes, le nombre de clients que revendiquait Ueno, soit près de la moitié de la population du pays. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont aussi été affectés.

Quelques centaines de personnes rassemblées à l'extérieur du Parlement ont accueilli la destitution de Santiago Peña par des cris de joie et des chants.

"Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison !", rajoute Jessica Aquino. "Un bonheur ! On a obtenu ce qu'on voulait, la condamnation, le procès et voilà !", estime pour sa part Jonathan Riverola, 24 ans, un étudiant dont la famille est directement affectée.

Santiago Peña assigné à résidence

À peine une heure après sa destitution, Santiago Peña a été assigné à résidence. Puis, tard dans la nuit de vendredi à samedi 7 novembre, il a été transféré depuis son domicile vers une installation militaire pour des raisons de sécurité. Des images de la télévision ont montré trois camionnettes quitter la résidence présidentielle sous les insultes, les coups de pied et les jets d'oeufs d'un groupe de manifestants qui a été dispersé par la police avec des tirs de balles en caoutchouc.

La procureure Silvia Margarita González Vester a annoncé aux journalistes que le président déchu sera entendu samedi par le parquet à 11H00 (14H00 GMT), pour les délits présumés d'abus de confiance, trafic d'influence et gestion à des fins personnelles.

Lors du procès en destitution, des sénateurs ont accusé l'ex-président d'avoir "permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel". Autrement dit, d'"avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés", a lancé le sénateur Adrián Vaesken.

Santiago Peña était avant même sa présidence et jusqu'à 2025 actionnaire de la holding financière propriétaire d'Ueno, ont rappelé des sénateurs.

Santiago Peña, absent à l'audience, avait présenté lui-même jeudi sa démission. Mais le Parlement l'avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution par le Sénat. S'il l'avait acceptée, il serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d'une immunité parlementaire.

La Banque centrale a pour sa part commencé jeudi à reverser leurs fonds à des épargnants victimes de la débâcle d'Ueno.

Les premiers décaissements, a précisé José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP, portent sur des déposants qui avaient dans la banque Ueno "des dépôts compris entre 1 et 10 millions de guaranies" (160 à 1.600 dollars américains).

Premiers versements pour 700.000 personnes

Il n'a pas précisé de nombre ni de montant global, mais selon un avocat de Santiago Peña, quelque 700.000 personnes avaient vendredi bénéficié de premiers versements.

La crise bancaire au Paraguay a eu des ondes de choc multiples: en Argentine, un millier d'employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu'Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire.

Et la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans cette banque, a indiqué une source interne ayant requis l'anonymat.

AFP/VNA/CVN

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