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| Le président argentin Javier Milei brandit une réplique du trophée doré de la Coupe du monde pendant un meeting de campagne à Lomas de Zamora, le 16 octobre 2023. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Javier Milei, le président argentin, ne supportera pas l'Argentine depuis les tribunes du MetLife Stadium, à New York. En tout cas, c'est ce qu'il a affirmé jeudi 16 juillet à la radio locale de Buenos Aires, El Observador, au lendemain de la victoire de l'Albiceleste en demi-finale de la Coupe du monde 2026 face à l'Angleterre. Elle s'est imposée sur le fil, comme lors de tous ses matchs à élimination directe, 2 buts à 1 après avoir été menée jusqu'à la 85e minute.
"Pas question", a répondu le sulfureux dirigeant sur son intention de venir au MetLife Stadium. Cette sortie a beaucoup fait réagir dans la presse : il est habituel que les dirigeants des pays finalistes du Mondial assistent au match depuis les tribunes. De plus, la proximité entre Javier Milei, Donald Trump et le président de la FIFA, Gianni Infantino, laissait supposer que les trois hommes se réuniraient pour la rencontre.
Une "cabala" au sommet de l'État argentin
Sa justification tient de la superstition. En Argentine, la pratique de rites prétendument porte-bonheur est très répandue, que ce soit dans les classes populaires ou au sommet de l'État. Ces rites portent un nom : les "cabalas". Javier Milei a expliqué que, comme pour tous les matchs de l'Argentine, il regarderait la finale à la télévision depuis la salle de projection de la résidence présidentielle d'Olivos, en compagnie de sa sœur Karina, secrétaire générale de la présidence. Lorsqu'une journaliste lui a demandé s'il s'agissait d'une "cabala", il a répondu : "Oui".
Lancé dans la confidence de ses superstitions, le chef de l'État argentin a ajouté qu'il regarderait la finale vêtu d'une épaisse veste de la compagnie pétrolière YPF, qu'il portait déjà lors du quart de finale Argentine-Suisse (3-1).
"Comme il faisait froid (l'Argentine est en hiver austral, NDLR) et que je n'allume pas le chauffage, je mets une veste de la compagnie pétrolière qui, le jour du match contre la Suisse, m'a donné très chaud", a raconté le président. "Quand je l'ai enlevée, on a pris un but ; du coup, je l'ai remise et je ne l'ai plus enlevée".
En Argentine, ces "cabalas" ne sont pas prises à la légère. Une journaliste de l'AFP a rencontré différents types de superstitieux. Leurs rites sont d'ailleurs d'autant plus affirmés à la veille d'affronter l'Espagne pour un quatrième titre mondial, un deuxième d'affilée.
Andrés Gonzalez, un comptable de 43 ans qui suit les matchs à la télévision dans sa maison du quartier de Liniers à Buenos-Aires, a expliqué que, chez lui, "personne ne bouge de la place qu'il occupait la dernière fois", puisque l'Argentine a gagné. "Et si tu es allé aux toilettes et qu'il y a but (pour l'Argentine), on t'enferme. Tu restes là jusqu'à la fin du match", a-t-il assuré, d'un ton très sérieux.
Chez Estela Vargas, 65 ans, tout le monde porte les mêmes vêtements, s'assied dans le même fauteuil et le chien reste dehors. "Contre l'Angleterre, vu que le chien est un bouledogue anglais, on lui avait mis un maillot argentin et sa niche dans le patio. Du coup pour l'Espagne, qu'il pleuve ou qu'il vente, il restera dehors", a-t-elle expliqué.
Les cabalas sont "quelque chose de très présent dans l'univers du football, associé à l'univers païen, en lien avec les saints et les idoles, par exemple Diego Maradona depuis sa mort" en 2020, a expliqué à l'AFP le sociologue Diego Murzi. "Dans le football, l'Argentin ne se sent pas spectateur mais acteur et les 'cabalas' font partie de ça : se sentir impliqué en apportant la chance", analyse-t-il.
Le "mufa", gare au mauvais œil !
Pendant cet entretien, le chercheur a rappelé une anecdote concernant Carlos Bilardo, l'entraîneur de l'Albiceleste championne du monde en 1986. Pour son premier match avec la sélection, le téléphone sonna dans le vestiaire. Un joueur décrocha : personne au bout du fil. "Bilardo a vu ça et, comme l'Argentine a gagné, avant chaque match, il faisait en sorte que quelqu'un appelle sur ce téléphone, que le même joueur décroche et que personne ne lui réponde".
En plus des "cabalas", il existe aussi les "mufas", une manière de conjurer le mauvais sort. Autrement dit, il ne faut pas évoquer un match à venir pour ne pas attirer le mauvais œil. "En 2022, j'avais promis de me tatouer si on gagnait. On a gagné, et voilà", a expliqué une supportrice en montrant sur son mollet droit "18.12.2022", la date de la finale. Lorsque la journaliste lui a demandé si elle espérait un tatouage sur l'autre mollet, elle s'est contentée d'invoquer la "mufa", sans autre commentaire.
AFP/VNA/CVN



