Changer d’approche pour réduire la fracture numérique

La transformation numérique est un levier majeur de la réforme administrative, du développement socio-économique et de l’amélioration des services publics. Au Vietnam, les politiques mises en place ces dernières années accordent une attention particulière à l’inclusion numérique des minorités ethniques.

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Des minorités ethniques de la commune de Sin Hô, dans la province de Lai Châu, diffusant en direct la vente de produits agricoles sur des plateformes numériques.
Photo : ND/CVN

 Toutefois, les communautés confrontées à des contraintes géographiques, économiques, éducatives ou linguistiques restent particulièrement exposées au risque d’inégalités numériques.

Le taux de démarches administratives réalisées en ligne ne reflète pas nécessairement le degré réel d’autonomie numérique des habitants. Selon la Dr Ro Dam Thi Bich Ngoc, de l’Institut de sociologie et de psychologie relevant de l’Académie des sciences sociales du Vietnam, un recours important aux services en ligne ne signifie pas que tous les groupes de population y ont accès dans les mêmes conditions ni qu’ils sont capables de les utiliser de manière autonome.

Trois obstacles majeurs

Le premier obstacle est linguistique. Une partie des minorités ethniques utilise encore principalement sa langue maternelle au quotidien, alors que les plateformes de services publics, les services bancaires numériques et le commerce électronique fonctionnent essentiellement en vietnamien, avec un vocabulaire administratif et technologique parfois difficile à comprendre.

Le deuxième obstacle est lié aux pratiques culturelles. Dans de nombreuses communautés, les savoirs, les expériences et les traditions se transmettent directement entre les générations, dans des espaces collectifs. Ce mode de transmission communautaire s’accorde parfois difficilement avec des services numériques conçus pour un usage individuel.

Enfin, le coût des équipements et de la connexion reste un frein pour de nombreux ménages pauvres ou proches du seuil de pauvreté. Ces dépenses passent souvent après des besoins essentiels comme l’alimentation, l’éducation des enfants ou la production agricole.

Selon H’Loan Bdap, vice-présidente du Conseil populaire de la commune de Dak Lieng, province de Dak Lak, certains habitants possèdent un smartphone mais ne savent pas créer un compte, utiliser les services publics en ligne, s’authentifier électroniquement ou effectuer un paiement sans espèces. Ils rencontrent également des difficultés pour rechercher et vérifier des informations, protéger leurs données personnelles ou repérer les escroqueries en ligne.

Donner aux habitants les moyens de maîtriser le numérique

Pour la Dr Pham Thi Xuan Nga, directrice adjointe de l’antenne de l’Institut des sciences sociales pour le Centre et les Hauts Plateaux du Centre, relevant de l’Académie des sciences sociales du Vietnam, réduire la fracture numérique est indispensable pour assurer un développement durable et inclusif.

Il faut avant tout changer d’approche : plutôt que de simplement mettre la technologie à la disposition des habitants, il s’agit de leur donner les moyens de se l’approprier. Chaque commune et chaque village devraient ainsi disposer de données précises sur les ménages sans connexion ou sans équipement, les personnes ayant de faibles compétences numériques et celles confrontées à des barrières linguistiques…

Sur cette base, des réseaux locaux d’accompagnement peuvent être mis en place. L’objectif n’est pas d’effectuer les démarches à la place des habitants, mais de les accompagner jusqu’à ce qu’ils puissent les réaliser eux-mêmes.

Les contenus numériques doivent également être adaptés aux réalités locales. Les longues instructions sur les services publics, le paiement numérique, le commerce électronique ou la prévention des escroqueries peuvent être déclinées en vidéos courtes, images ou infographies, avec des contenus audio et des sous-titres dans les langues des minorités concernées.

Les compétences numériques doivent par ailleurs être étroitement liées aux activités économiques. L’objectif n’est pas seulement de savoir utiliser un téléphone, mais de se servir du numérique pour améliorer ses revenus et ses conditions de vie.

Dans certaines localités, des membres des minorités ethniques sont déjà formés à la vente en direct sur internet de café, de poivre ou de durian, à la promotion des produits OCOP (One Commune One Product), au commerce électronique ou encore au développement du tourisme communautaire. Ces initiatives gagneraient à être étendues.

Les autorités locales ont également un rôle essentiel à jouer. Tant qu’une partie de la population ne maîtrise pas les outils numériques, l’accès aux services publics doit continuer à combiner démarches en ligne et assistance directe.

La transformation numérique doit enfin placer les citoyens au cœur du processus, non seulement comme bénéficiaires des politiques publiques, mais aussi comme acteurs à part entière de cette transformation.

VNA/CVN

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