Attirer les talents technologiques

Pour séduire les experts de haut niveau, il faut des revenus attractifs, un environnement de recherche moderne, une autonomie réelle et des défis ambitieux. L’arrêté N°260 du gouvernement instaure un nouveau mécanisme destiné à capter ces profils d’exception dans les technologies stratégiques.

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Des mécanismes de rémunération préférentielle sont mis en œuvre pour recruter les meilleurs spécialistes dans les domaines technologiques stratégiques. 
Photo : VGP/CVN

Dans la course à la maîtrise de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, des technologies quantiques, de la robotique ou encore des biotechnologies, les pays ne se livrent pas seulement concurrence en matière de capitaux et d’infrastructures.

La compétition la plus acharnée se joue autour des personnes capables de créer des technologies fondamentales, d’organiser des équipes de recherche et de conduire des projets, de l’idée initiale jusqu’au produit final.

Le Vietnam relève lui aussi ce défi. Former davantage d’ingénieurs et de chercheurs constitue une exigence à long terme, mais à court terme, il est nécessaire d’attirer et de fidéliser des ingénieurs en chef, des experts et des scientifiques suffisamment qualifiés pour prendre en charge des missions technologiques stratégiques.

Les difficultés ne résident pas uniquement dans le niveau des revenus. “Les investissements consacrés à la recherche restent faibles et dispersés, tandis que les grands programmes s’étendant sur 10 à 20 ans font encore défaut pour assurer la stabilité des équipes de recherche de haut niveau”, estime le Pr.-Dr. Trân Tuân Anh, vice-président de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam.

Un cadre favorable

Les infrastructures constituent également un goulot d’étranglement. De nombreux laboratoires clés, construits et équipés depuis longtemps, manquent d’équipements modernes ainsi que de financements suffisants pour leur fonctionnement, leur maintenance et leur modernisation.

Selon Trân Tuân Anh, “si ces limites ne sont pas résolues, le Vietnam aura du mal à mettre en œuvre de grands programmes scientifiques susceptibles de servir de fondement au développement des technologies stratégiques de demain“.

Les technologies stratégiques exigent des experts et des scientifiques d’excellence. 
Photo : BKHCN/CVN

Cette analyse montre qu’un expert peut être attiré au Vietnam grâce à des conditions matérielles avantageuses, mais qu’il lui sera difficile de pleinement valoriser ses compétences sans laboratoire adapté, ressources stables et programme suffisamment long pour mener ses travaux à terme. Attirer les talents ne consiste donc pas seulement à les faire venir au Vietnam, mais aussi à créer un environnement dans lequel ils souhaitent travailler durablement.

La mise en place de politiques de soutien au logement et d’avantages fiscaux sur l’impôt sur le revenu, ainsi que la possibilité pour les experts de détenir ou de codétenir les résultats de recherche, les inventions et les brevets, et de posséder des parts dans les entreprises créées à partir de ces résultats de recherche”, propose Tào Duc Thang, Pdg du groupe Viettel.

Viettel s’est également fixé pour objectif d’attirer 50 talents supplémentaires. Derrière ce chiffre se trouve un besoin concret d’un groupe engagé dans plusieurs domaines technologiques stratégiques : pour résoudre des problèmes complexes et de grande ampleur, il faut disposer de personnes capables de prendre la tête des projets.

Pour rivaliser avec les grands centres technologiques internationaux, les politiques publiques ne peuvent donc pas se limiter à proposer un salaire élevé. Les talents prennent également en compte les perspectives de recherche, l’autonomie professionnelle, la possibilité de choisir leurs collaborateurs et la part de valeur qui leur revient lorsque les technologies sont transférées ou commercialisées.

Ces exigences de la pratique ont été prises en compte dans l’arrêté N°260, daté du 30 juin 2026, du gouvernement, qui précise les dispositions et les mesures d’application de plusieurs articles de la Loi sur les hautes technologies.

Le texte consacre des dispositions spécifiques à l’attraction et au développement des ressources humaines, ainsi qu’à la sélection et à la valorisation des ingénieurs en chef, experts et scientifiques d’excellence directement engagés dans les missions de développement des technologies stratégiques.

Les personnes pouvant être sélectionnées ne se limitent pas aux talents travaillant actuellement au pays. Les Vietnamiens, les Vietnamiens résidant à l’étranger ainsi que les étrangers peuvent participer, à condition de satisfaire aux exigences en matière de qualifications, de compétences et d’expérience dans la recherche, le développement, la maîtrise, le transfert ou la commercialisation des technologies.

En vertu de l’arrêté N°260, le salaire des ingénieurs en chef, experts et scientifiques d’excellence est fixé d’un commun accord dans le contrat de travail, de manière à être proportionné aux missions confiées et conforme au niveau des rémunérations pratiquées sur le marché dans le domaine concerné.

La prime annuelle est décidée par l’organisme ou l’organisation responsable de la mission sur la base des résultats du travail, dans la limite de six mois de salaire prévu dans le contrat. Les personnes sélectionnées peuvent également bénéficier de primes liées à l’exploitation, au transfert ou à la commercialisation des résultats de recherche, conformément à la réglementation.

Lors de leur prise de fonction, elles bénéficient d’une aide équivalant à un mois de salaire afin de faciliter leur installation, leur déplacement et l’achat des biens essentiels. Elles bénéficient également d’une exonération de l’impôt sur le revenu des personnes physiques conformément à la législation fiscale.

Cette politique répond en partie aux propositions formulées par les entreprises concernant les revenus, le logement, la fiscalité et les droits des experts sur les fruits de leurs travaux de recherche.

Il convient notamment de souligner que le régime d’incitation n’est pas conçu comme une aide fixe, mais qu’il est lié aux missions confiées et aux résultats obtenus.

Des droits et des responsabilités

L’un des aspects les plus remarquables de l’arrêté N°260 réside dans les conditions et les droits accordés aux talents technologiques dans l’exercice de leurs fonctions. Les ingénieurs en chef, experts et scientifiques d’excellence sont habilités à prendre des décisions sur les questions techniques et technologiques, à organiser de manière autonome les activités relevant de leur expertise et à résoudre les difficultés techniques dans le cadre des missions qui leur sont confiées.

Les universités intensifient la formation de ressources humaines dans les domaines technologiques clés. 
Photo : USTH/CVN

Le responsable de la mission peut sélectionner les personnels appelés à y participer, proposer aux autorités compétentes la mobilisation de ressources humaines, organiser une équipe d’assistance et proposer des régimes adaptés aux exigences professionnelles, dans la limite des financements approuvés.

Lorsque cela est nécessaire, il peut proposer l’acquisition de technologies, d’équipements, de produits étrangers et de savoir-faire technologiques destinés à la recherche et au développement des technologies stratégiques. Les dépenses liées à l’utilisation des laboratoires clés, des établissements de recherche et des infrastructures scientifiques et technologiques financés par l’État sont également garanties.

Ainsi, la politique ne consiste pas seulement à inviter les talents à prendre en charge des missions, mais aussi à leur donner les moyens de les mener à bien. Il s’agit d’une condition essentielle : un responsable ne peut assumer pleinement ses responsabilités s’il ne dispose pas du pouvoir de choisir ses collaborateurs, d’organiser le travail et de décider des orientations techniques.

Pour les missions interdisciplinaires et à haut risque, cette autonomie permet également de réduire le temps nécessaire au traitement des problèmes techniques. Au lieu de devoir attendre les décisions à plusieurs niveaux, la personne responsable peut prendre des décisions dans le cadre de ses compétences et en assumer la responsabilité.

Trân Tuân Anh considère que la politique en matière de ressources humaines doit être conçue de manière cohérente, de l’enseignement général à l’université, en passant par les instituts de recherche et les établissements d’enseignement supérieur. Les personnes qui choisissent de faire carrière dans les sciences doivent bénéficier de conditions suffisantes pour étudier et mener leurs recherches sereinement, tout en ayant des perspectives professionnelles clairement identifiées.

Un ingénieur en chef peut diriger une mission d’envergure, mais il doit être entouré d’une équipe de recherche suffisamment solide. À l’inverse, les jeunes chercheurs ont besoin de travailler aux côtés d’experts capables de les orienter, d’organiser les équipes et de leur transmettre leur expérience.

Ainsi, l’attractivité durable ne repose pas uniquement sur un contrat de travail. Les talents doivent pouvoir entrevoir un véritable parcours : se voir confier des problématiques importantes, disposer des conditions nécessaires pour poursuivre leurs recherches, être reconnus pour leurs résultats et avoir la possibilité de constituer une relève.

D’après Vu Thi Là, vice-directrice du Département de l’organisation du personnel, relevant du ministère des Sciences et Technologies, “le système de politiques actuellement en vigueur est, dans l’ensemble, relativement complet et offre les conditions nécessaires pour attirer et fidéliser les jeunes scientifiques, notamment les plus talentueux“.

Cela montre que le principal obstacle évolue progressivement : il ne réside plus tant dans l’absence de politiques que dans leur capacité à être effectivement mises en œuvre.

Des politiques ouvertes, des résultats tangibles

Le vice-ministre des Sciences et Technologies, Bùi Hoàng Phuong, apprécie que la priorité actuelle consiste à organiser une mise en œuvre efficace afin que les politiques puissent produire des effets concrets dans la pratique.


De nombreux nouveaux mécanismes nécessitent du temps avant de produire pleinement leurs effets. Ils exigent également une coordination entre les domaines des sciences et technologies, des finances, de l’éducation, des affaires intérieures, ainsi qu’entre les différents ministères, secteurs et collectivités locales.

C’est là que réside le véritable test de l’arrêté N°260. Si les salaires négociés continuent d’être appliqués avec prudence, si l’autonomie professionnelle reste limitée, si l’accès aux laboratoires demeure difficile ou si les procédures d’acquisition des équipements prennent trop de temps, les avancées réglementaires auront du mal à devenir un véritable avantage concurrentiel.

À l’inverse, si les organismes responsables osent confier des problématiques ambitieuses, rémunèrent les talents à la hauteur de leurs compétences, accordent des pouvoirs allant de pair avec les responsabilités et garantissent les ressources nécessaires à la recherche, le Vietnam pourra attirer non seulement quelques individus d’exception, mais aussi faire émerger de solides équipes de recherche.

Le texte a mis en place un mécanisme permettant aux talents d’être rémunérés à leur juste valeur, d’accéder aux infrastructures de recherche et de disposer d’une autonomie professionnelle. Il reste désormais à transformer ces droits en conditions de travail concrètes, afin que les talents ne soient pas seulement invités à venir, mais aient aussi de véritables raisons de rester et de créer de la valeur.

Nguyên Thành/CVN

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