Athlétisme : changer d’échelle pour viser les Jeux asiatiques

Longtemps irrégulier sur la scène asiatique, l’athlétisme vietnamien veut changer de dimension. Portée par des résultats encourageants en relais et en sprint, la sélection nationale aborde les ASIAD 20 avec de nouvelles ambitions, mais aussi des exigences accrues.

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Le quatuor vietnamien du 4 x 400 m féminin a remporté l’or aux Championnats d’Asie de relais 2026, organisés en juin dernier en Chine.
Photo : FVA/CVN

À la lecture des résultats des trois dernières éditions des Jeux asiatiques (ASIAD), l’athlétisme vietnamien offre un visage contrasté : deux médailles d’argent en 2014, une véritable embellie en 2018 avec deux titres et trois médailles de bronze, puis aucune médaille à Hangzhou, en Chine. Cette irrégularité, faite de pics et de creux, nourrit depuis plusieurs années une même frustration. Mais la fédération veut croire qu’un cap est en train d’être franchi, à la faveur d’un investissement plus ciblé et plus constant.

Des signaux encourageants

Fin juin 2026, les athlètes vietnamiens ont envoyé plusieurs signaux positifs sur la scène continentale, lors des Championnats d’Asie de relais 2026, organisée dans la province du Zhejiang, en Chine. Sur le relais féminin 4 x 400 m, le quatuor composé de Quach Thi Lan, Nguyên Thi Hang, Hoàng Thi Minh Hanh et Nguyên Thi Ngoc a dominé le pays hôte, pour s’imposer en 3 min 31 sec 16.

Dans la foulée, l’équipe masculine du 4 x 400 m, avec Lê Ngoc Phuc, Trân Dinh Son, Vu Ngoc Khanh et Ta Ngoc Tuong, est-elle aussi montée pour la première fois sur la plus haute marche du podium. Mieux encore, ce succès s’est accompagné d’un nouveau record national en 3 min 02 sec 60.

Quelques semaines plus tôt, lors du tournoi Open de Singapour 2026, Phùng Thi Huê s’était imposée sur 100 m, tandis que Lê Thi Câm Tu remportait le 200 m. Huê et Tu, associées à Hà Thi Thu et Hoàng Du Y, avaient également décroché l’or sur le 4 x 100 m.

Cette série de performances confirme de manière tangible l’efficacité du recentrage opéré dans la préparation. Elle alimente aussi un certain optimisme à l’approche des ASIAD 20, programmé en septembre prochain au Japon, avec en ligne de mire un retour sur le podium continental.

Reste toutefois un obstacle de taille. Selon Nguyên Manh Hùng, secrétaire général de la Fédération vietnamienne d’athlétisme, le principal défi demeure le niveau de financement nécessaire pour accompagner les athlètes prioritaires tout au long de leur préparation et de leur calendrier international.

Conformément au plan de développement de l’athlétisme vietnamien à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045, la période actuelle est considérée comme une phase de consolidation de l’effectif et de préparation de la relève.

Dès le début de l’année, l’équipe nationale a réuni 49 athlètes en stage à Hanoï et Dà Nang, avec des programmes spécifiques selon les spécialités. Fini, ou presque, le travail dispersé : l’encadrement a choisi de concentrer les ressources sur les épreuves susceptibles d’emmener des Vietnamiens en finale continentale.

L’athlétisme a toujours été prolifique pour le Vietnam durant les dernières éditions des Jeux d'Asie du Sud-Est (SEA Games).
Photo : VNA/CVN

“Nous avons identifié les disciplines capables de viser les médailles, comme les relais masculin et féminin du 4 x 400 m, afin d’y concentrer l’investissement, tout en préparant aussi la génération suivante”, a expliqué Hoàng Vê Dung, président de la Fédération vietnamienne d’athlétisme.

Pour accompagner cette montée en puissance, le Département vietnamien de l’éducation physique et des sports a conclu un programme de préparation en France. Le relais féminin y a effectué un premier stage dès octobre 2025. En mai de cette année, le groupe féminin du 100 m a lui aussi bénéficié d’un déplacement à l’étranger. Parallèlement, plusieurs athlètes ciblés ont pu se mesurer à une opposition de bon niveau en Chine, juste avant la compétition de Singapour.

Comme le souligne l’entraîneur Nguyên Manh Hiêu, à l’échelle asiatique, quelques centièmes, voire quelques dixièmes de seconde, peuvent suffire à faire basculer une finale ou à faire disparaître tout espoir de médaille. Dans ce contexte, chaque détail compte : la sortie des blocs, la phase d’accélération, le placement, la transmission du témoin.

Autrement dit, la performance ne peut progresser durablement sans une préparation de haute précision, adossée à l’expertise de spécialistes et à une opposition d’entraînement de très haut niveau.

Aussi prometteurs soient-ils, les résultats récents ne doivent pas masquer la réalité du rapport de forces asiatique. Les ASIAD 20, au Japon, s’annoncent d’un tout autre niveau. La compétition ne reposera pas sur des minima de qualification pour attribuer les places, ce qui élargit mécaniquement le champ des participants. Mais la hiérarchie, elle, reste redoutable : la Chine, le Japon, l’Inde, le Qatar et Bahreïn continuent de concentrer l’essentiel des médailles de l’athlétisme asiatique.

C’est pourquoi les dirigeants fédéraux et le staff technique ont durci les critères de sélection. Seuls les athlètes jugés capables d’atteindre une finale devraient être retenus.

Pour cette édition, le Vietnam envisage une présence dans environ 20 épreuves, avec une délégation de près de 40 athlètes, et un objectif clairement affiché : une médaille d’or, une médaille d’argent et une médaille de bronze.

Des progrès réels, mais encore partiels

Les titres remportés récemment constituent un signal encourageant, mais ils ne sauraient, à eux seuls, résumer l’état global de la discipline. Ils reflètent avant tout la progression de quelques groupes de travail bien identifiés, plus qu’un essor homogène de l’athlétisme vietnamien dans son ensemble.

Car au-delà des relais, les lacunes demeurent nettes. Sur les sprints individuels, mais aussi dans les disciplines à forte exigence technique, dont saut à la perche, épreuves combinées, lancers, le Vietnam ne dispose pas encore d’un réservoir suffisamment dense pour rivaliser régulièrement au niveau continental.

Pour espérer s’installer durablement dans le haut du tableau asiatique, l’athlétisme vietnamien devra donc aller plus loin : intensifier l’investissement dans les jeunes talents, structurer davantage la filière de formation, enrichir la compétition nationale et multiplier les stages comme les confrontations internationales.

La route est longue. Elle passe par une amélioration de la science de l’entraînement, une augmentation de la fréquence des compétitions de haut niveau, un recours plus systématique aux stages à l’étranger et, à terme, par la capacité du pays à accueillir lui-même de grandes compétitions internationales.

En somme, les promesses existent. Mais pour que l’athlétisme change réellement de dimension, il lui faudra désormais transformer les éclaircies en dynamique durable.

Phuong Nga/CVN

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