À Bruxelles, le Vietnam se raconte en gestes et en saveurs

Le 10 octobre, au festival Hakuna Matata, la culture vietnamienne s’est dévoilée au fil d’une démonstration de Vovinam, de livres ouverts aux curieux et d’un bol de phở fumant. Une présence vivante, portée par une communauté soucieuse de transmettre son héritage et de le partager.

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Le Vietnam séduit Bruxelles par ses saveurs et ses traditions
Photo : BTC/CVN

Le son des tambours résonne dans la salle. Les jeunes pratiquants de Vovinam enchaînent les mouvements, précis et énergiques. Dans le public, les regards suivent leurs gestes. Quelques instants plus tard, la danse du lion apporte une nouvelle animation. Son rythme évoque la fête de la Mi-automne, célébrée dans les familles vietnamiennes.

À Bruxelles, en ce samedi d’octobre frais et humide, le Vietnam se fait ainsi une place au sein du festival Hakuna Matata. Pour sa troisième participation à cette initiative consacrée à la diversité culturelle, le Centre interculturel Vietnam et Pacifique (IVB) a réuni arts martiaux, littérature et gastronomie. L’événement est organisé avec la Fédération des organisations mondiales et démocratiques (FMDO) et plusieurs associations bruxelloises. Cette année, les rencontres se déroulent autour d’un thème fédérateur : "Différentes couleurs de la paix".

Ici, la culture ne se découvre pas seulement en regardant une scène. Elle se partage dans les échanges, au détour d’un livre ou autour d’un plat. Et derrière chaque activité, il y a des femmes et des hommes qui consacrent du temps à faire vivre ce lien avec le Vietnam.

Des racines qui traversent les générations

De jeunes pratiquants présentent le Vovinam. Photo : BTC/CVN

Sur scène, les jeunes pratiquants de Vovinam incarnent cette volonté de transmission. La plupart sont issus de familles d’origine vietnamienne et ont grandi à Bruxelles. Pour eux, les arts martiaux constituent à la fois une discipline et un lien fort avec l’histoire familiale. En présentant leur savoir-faire devant un public international, ils font découvrir une tradition vietnamienne tout en affirmant leurs propres racines.

La danse du lion prolonge ce voyage. Les tambours donnent le tempo, les mouvements attirent les regards et font naître une atmosphère festive. Pour les Vietnamiens installés en Belgique, ces images rappellent des souvenirs familiers. Pour les autres visiteurs, elles ouvrent une fenêtre sur les traditions du pays.

Quelques pas plus loin, l’histoire se raconte autrement. À la table des livres, Nguyễn Xuân Thọ, venu de Cologne, en Allemagne, et Nguyễn Thị Thanh Thúy, arrivée de Hô Chi Minh-Ville, accueillent les lecteurs et présentent leurs ouvrages. Les questions fusent autour de l’écriture vietnamienne, du quốc ngữ - l’alphabet romanisé aujourd’hui utilisé au Vietnam - et des bouleversements que le pays a traversés au fil des guerres. L’histoire de l’impératrice Nam Phương et de sa famille retient également l’attention.

Certains visiteurs connaissent déjà le Vietnam. D’autres le découvrent à travers ces échanges. Ils s’arrêtent, feuillettent les livres, interrogent les auteurs. Le fait que les ouvrages soient écrits en vietnamien ne les empêche pas de manifester leur curiosité.

Pour Nguyễn Thị Thanh Thúy, qui vient à Bruxelles pour la troisième fois, cet intérêt compte tout autant que la rencontre elle-même. Elle apprécie l’implication des participants et la coordination entre les équipes. Chacun prend sa part dans la préparation et l’accueil, dans une atmosphère à la fois organisée et conviviale. Le cadre historique de Bruxelles ajoute, selon elle, un charme particulier à ces échanges entre livres, visiteurs et cultures.

Un bol de phở pour rapprocher les cultures

Des visiteurs dégustent un phở.
Photo : BTC/CVN

À l’approche du stand de cuisine, une autre invitation se fait sentir : celle d'un bouillon chaud. Dans la fraîcheur automnale, le phở attire les visiteurs. Certains viennent retrouver un plat qu’ils connaissent déjà ; d’autres souhaitent en découvrir les saveurs.

Nguyễn Thị Liên, membre active de l’IVB, et plusieurs bénévoles ont préparé ce rendez-vous bien avant l’ouverture du festival. Il a fallu réunir les ingrédients, prévoir les ustensiles et soigner les détails. Les baguettes en bambou côtoient des bols marqués "Phở Việt Nam". Dans le bouillon fumant, les saveurs du poulet se mêlent aux oignons nouveaux, à la coriandre et aux feuilles de citronnier.

Le geste est simple : servir un bol, le présenter au visiteur, puis laisser la conversation commencer. On demande comment le plat est préparé, quels ingrédients entrent dans sa composition. Autour de la table, les échanges se nouent naturellement. Pour les Vietnamiens établis loin de leur pays, le phở évoque aussi les repas familiaux et les souvenirs du pays natal.

Cette convivialité résume l’esprit de Hakuna Matata. Nguyễn Xuân Thọ souligne la liberté des échanges et la possibilité, pour les auteurs, de dialoguer directement avec des visiteurs venus d’horizons différents. Le festival offre ainsi un espace où les livres ne restent pas sur une table et où les cultures ne se limitent pas à une succession de spectacles.

La fidélité des bénévoles contribue à cette continuité. Chaque mois d’octobre, des amis se retrouvent, des familles reviennent avec leurs enfants et des visiteurs internationaux viennent goûter à la cuisine vietnamienne ou assister aux animations. Des partenaires apportent également leur soutien, notamment en fournissant des ingrédients, des épices et des produits destinés à faire découvrir le Vietnam.

D’une édition à l’autre, l’IVB entretient ainsi un lieu de rencontre où chacun contribue selon ses moyens. Le résultat se mesure moins au nombre d’activités qu’à la qualité des échanges : un enfant qui présente fièrement son art, un lecteur qui découvre une page d’histoire, un visiteur qui goûte pour la première fois un phở.

Dans cette Bruxelles où se côtoient de nombreuses communautés, le Vietnam se raconte sans grands discours. Il apparaît dans le mouvement d’un pratiquant, les pages d’un livre et la chaleur d’un bouillon partagé. Une culture qui se transmet d’une génération à l’autre, mais qui sait aussi s’ouvrir aux autres, tout simplement, autour d’une rencontre.

Huong Giang/CVN

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