Services de garde d’enfants, clé du maintien de la participation des femmes au secteur industriel

Améliorer l’accès à des services de garde d’enfants de qualité est essentiel au maintien de la participation des femmes au secteur industriel vietnamien, ont déclaré des experts lors d’un atelier le 8 avril.

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Lors de l'événement, le 8 avril à Hanoï. 
Photo : CTV/CVN

L'événement, organisé par l’Institut national vietnamien des sciences de l’éducation, le Département de l’éducation de la petite enfance du ministère de l’Éducation et de la Formation et la Banque mondiale, a réuni des décideurs politiques, des chercheurs et des partenaires au développement afin d’examiner comment le renforcement des systèmes de prise en charge de la petite enfance peut soutenir la croissance économique et le développement social.

Lors de l’atelier, le Professeur Lê Anh Vinh, directeur général de l’institut, a souligné que l’éducation de la petite enfance ne devait pas être perçue uniquement comme un enjeu éducatif, mais aussi comme un enjeu de soin, d’accompagnement et de protection.

"Il s’agit d’une étape fondamentale qui a un impact décisif sur le développement humain", a-t-il déclaré, notant que l’accès précoce à des services de garde de qualité influence les résultats d’apprentissage à long terme, la capacité d’apprendre tout au long de la vie et la productivité. "L’éducation préscolaire doit garantir un accès précoce, des opportunités précoces et un investissement précoce, non seulement au sein du secteur éducatif, mais aussi dans le cadre d’une stratégie de développement socio-économique plus large".

Le Vietnam a mis en place plusieurs politiques clés ces dernières années, notamment la stratégie nationale de développement de l’éducation à l’horizon 2030, qui vise à élargir l’accès à l’enseignement préscolaire pour les enfants de trois ans et plus et à améliorer la qualité de l’éducation dans les zones défavorisées et les zones industrielles.

À partir de 2026, un programme pilote d’éducation préscolaire, articulé autour de sept réformes majeures, sera également déployé. Ce programme adopte une approche par compétences, alignée sur le Programme d’enseignement général de 2018, en mettant davantage l’accent sur le développement émotionnel et social des enfants, tout en accordant une plus grande autonomie aux collectivités locales et en allégeant la pression sur les enseignants.

M. Vinh a toutefois reconnu la persistance de défis, en particulier dans les zones urbaines et les parcs industriels où la densité de population est élevée et où la demande de services de garde d’enfants reste supérieure à l’offre.

"Il s’agit d’un problème global qui exige des efforts coordonnés de la part de multiples acteurs afin de garantir la sécurité sociale et un développement national durable", a-t-il déclaré.

Faisant écho à ce point de vue, Cathy McWilliam, première secrétaire à l'ambassade d'Australie, a déclaré que l'égalité des sexes demeure une priorité fondamentale de la coopération australienne au développement avec le Vietnam.

Elle a souligné que, si les femmes jouent un rôle central dans les secteurs industriel et manufacturier, elles continuent d'assumer la majeure partie du travail de soins non rémunéré, ce qui limite leur capacité à participer pleinement au marché du travail rémunéré.

"La garde d'enfants est souvent perçue comme une question privée. En réalité, c'est un enjeu économique majeur, a-t-elle affirmé. Lorsque les services de garde d'enfants sont indisponibles, trop coûteux ou de mauvaise qualité, les femmes quittent le marché du travail, les entreprises perdent des employées expérimentées et la productivité en pâtit. Lorsque les systèmes de garde d'enfants fonctionnent bien, les femmes peuvent rester au travail, les employeurs fidélisent leur personnel et les enfants en bénéficient".

McWilliam a insisté sur le fait qu'investir dans la garde d'enfants, c'est aussi investir dans le capital humain de demain.

Lors de l'atelier, Helle Buchhave, responsable mondiale de l'égalité des sexes à la Banque mondiale, a présenté le rapport « Des soins pour la croissance : rendre les emplois industriels accessibles aux femmes », mettant en lumière l'importance économique de la garde d'enfants.

Le rapport indique que les femmes représentent environ 58% de la main-d'œuvre dans les zones industrielles, soit près de 4,8 millions de travailleuses, ce qui correspond à près d'une femme active sur cinq à l'échelle nationale.

Dans une école maternelle à Ninh Binh (Nord). 
Photo : VNA/CVN

Pourtant, l'accès à la garde d'enfants demeure un obstacle majeur. Seul un tiers environ des enfants de moins de trois ans sont inscrits dans des structures d'accueil de la petite enfance, malgré une forte demande, alors qu'environ 560 000 jeunes enfants vivent dans des foyers d'ouvriers du secteur industriel.

Le rapport constate qu'après un accouchement, la probabilité pour une femme d'occuper un emploi salarié diminue de 8,1 points de pourcentage et le revenu par habitant des ménages chute de 27%. À l'inverse, l'accès à la garde d'enfants augmente de 25 points de pourcentage les chances des femmes d'occuper un emploi rémunéré.

Le développement des services de garde d'enfants pourrait générer des retombées économiques annuelles allant jusqu'à 3,02 milliards de dollars américains, dépassant largement le coût estimé à 660 millions de dollars américains, souligne le rapport.

Malgré cela, le coût, l'offre limitée, notamment pour les enfants de moins de deux ans, et les obstacles rencontrés par les travailleurs migrants continuent de restreindre l'accès à ces services.

Pour l’avenir, le rapport prévient qu’en l’absence de réformes, le Vietnam pourrait connaître une baisse de 8 à 12% du taux d’activité féminine d’ici 2045, en raison du vieillissement de la population et de l’augmentation des responsabilités liées aux soins des enfants.

Afin de relever ces défis, la Banque mondiale appelle à des réformes coordonnées pour développer l’offre de services de garde d’enfants abordables, améliorer les normes de qualité et mieux adapter les politiques du travail aux besoins des familles.

"Les familles sont prêtes, mais le système ne l’est pas", conclut le rapport, exhortant les décideurs politiques à traduire les engagements pris en actions concrètes.

Hoàng Thi Dinh, directrice générale adjointe du Département de l'éducation de la petite enfance du ministère, a déclaré que garantir un accès équitable et améliorer la qualité de l'éducation demeuraient des priorités essentielles, notamment dans les zones industrielles.

Elle a mis en avant un programme national visant à améliorer la qualité de l'éducation de la petite enfance dans les zones urbaines et industrielles pour la période 2025-2035, avec une vision à l'horizon 2045, axé sur la prise en charge et l'éducation des enfants de six à 36 mois.

Alors que le Vietnam poursuit sa croissance industrielle, les participants ont convenu que le renforcement des systèmes de garde d'enfants serait crucial pour soutenir les travailleuses, améliorer la productivité et assurer une viabilité économique à long terme.

Commentant le rapport, McWilliam a déclaré que les systèmes de garde devaient être adaptés à la fois aux personnes qui bénéficient des services et à celles qui les dispensent.

Elle a souligné que la reconnaissance de la garde d'enfants comme un frein à la participation des femmes au marché du travail constituait un progrès important, car sans services accessibles et fiables, l'emploi des femmes et la pérennité de la croissance industrielle sont compromis.

"Cela témoigne également d’une évolution plus large vers la reconnaissance des soins comme une responsabilité partagée de l’État, des employeurs et de la société plutôt que comme un fardeau supporté principalement par les femmes et les familles", a-t-elle déclaré.

VNA/CVN

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