01/03/2021 16:32
"Il y a une Fashion week ?" La pandémie a privé les mannequins du podium et de la liberté du mouvement. Et si certaines bénéficient d'une concurrence moindre, elles regrettent toutes l'énergie des défilés que rien ne remplace pour propulser leur carrière.
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Défilés Hermès à Paris, le 3 octobre 2020.
Photo : AFP/VNA/CVN

Christelle Yambayisa n'a pas chômé dès le premier confinement en mars dernier : des marques, dont Monoprix, lui envoyaient des vêtements, son copain prenait des photos qu'elle renvoyait aux clients. "C'était sommaire, mais cela a fonctionné". Viennent ensuite les voyages à Milan, en Suède ou en Pologne pour des campagnes publicitaires, un look book d'Issey Miyake à Paris... "Il n'y a pas moins de travail", confie-t-elle. Mais le métier n'est plus le même.

"Perdues" dans les films

"Il y a une Fashion week début mars ? Je ne savais pas du tout", plaisantait Christelle à quelques jours de la semaine du prêt-à-porter femme à Paris qui débute lundi, de nouveau virtuelle. Elle se souvient combien les Fashion weeks rythmaient auparavant la vie des mannequins.

Avant celle de septembre, la plus importante, "on commençait à aller au sport, à dormir tôt pour être en forme quand les castings débutaient". "C'est important d'ouvrir ou fermer un défilé, cela fait remonter la cote direct. Parfois on voyait un nouveau visage sur une vingtaine de shows, cela devenait dingue". Dans les films présentant désormais les collections, "on n'arrive pas à les reconnaître", ajoute-t-elle. "Même si je fais une vidéo avec une maison comme Hermès, je sais que je vais être perdue".

"J'ai rien gagné en six mois"

Financièrement, c'est aussi moins intéressant. "On faisait minimum 4.000 euros pendant la Fashion week, jusqu'à 50.000 euros pour certaines. C'était un moment sacré", se souvient Christelle Yambayisa en évoquant la saison dans les quatre capitales de la mode. Pour la mannequin turque Oyku Bastas basée à Istanbul et qui depuis cinq ans a fait les Fashion weeks à Paris, Milan, Londres et New York, la crise sanitaire est "hyper dure" à vivre.

"Je n'ai rien gagné pendant six mois", raconte-t-elle. Elle gagnait auparavant 6 à 7.000 euros par Fashion week, ce qui lui permettait de vivre et poursuivre ses études "trois mois après". "J'étais en Turquie, toutes les frontières ont fermé, les consulats ont arrêté de travailler". Profitant de son visa américain, elle travaille depuis un mois à New York où elle participe à des séances photo. "Il n'y a qu'une session par jour, pas tous les jours et les tarifs ne sont pas les mêmes", raconte Oyku.

Ekaterina Ozhiganova, fondatrice de l'Association Model Law, lors d'un défilé à Paris, le 25 septembre 2018. Photo : AFP/VNA/CVN

En France, il est difficile d'obtenir des aides pour les mannequins qui ont le statut de salarié très peu adapté à leur métier, regrette Ekaterina Ozhiganova, mannequin et fondatrice de l'association Model Law qui défend les droits des mannequins. Une cinquantaine de CDD parfois d'une durée d'un seul jour sont impossibles à rentrer sur le site de Pôle Emploi et le nombre d'heures travaillées sur le territoire français requis pour être éligible à l'aide est insuffisant, même pour les plus actives.

Rétréci

Très international, le milieu de la mode s'est rétréci face au COVID-19. "Étant Française, j'ai eu la chance d'être à Paris et j'ai pu travailler avec des marques françaises" avant de voyager dans des pays voisins, en Italie ou en Espagne, raconte Cyrielle Lalande. "J'ai autant de clients, j'en ai même des nouveaux. Comme toutes les filles ne peuvent pas voyager, les marques cherchent plus localement".

Le couturier Julien Fournié a ainsi dû trouver in extrémis un mannequin en France pour le tournage en janvier de son film, en remplacement d'une Bélarusse qui n'a pas été autorisée à se rendre à Paris, jugée "non essentielle". Sauf que les robes haute couture ont été faites pour ses mensurations. L'Espagnole Nieves Alvarez, muse du couturier français Stéphane Rolland a confié, en janvier, "se sentir privilégiée" de participer à son film tourné à Paris.

La mannequin française Sheherazade Dakhlaoui, le 7 janvier à Paris.
Photo : AFP/VNA/CVN

Christelle Yambayisa dit "travailler beaucoup plus, comme tous les mannequins noirs à Paris", en raison de l'absence de mannequins noires des États-Unis ou d'Angleterre. Sans s'en réjouir. "Les équipes sont françaises, à Paris tous les maquilleurs sont français alors qu'avant c'était mélangé, tout le monde pouvait venir, repartir".

Ne portant pas de masque, les mannequins sont particulièrement exposés. Quatre ont confié  avoir attrapé le COVID lors de la Fashion week en septembre à Paris. Ils sont touchés par les maquilleurs qui appliquent souvent des produits avec leurs mains "qu'ils ne stérilisent certainement pas comme les chirurgiens", souligne Ekaterina Ozhiganova. Les protocoles se sont depuis durcis et des maisons exigent désormais un test PCR de 48 heures pour tous avant d'accéder au site de travail. Oyku fait deux tests par semaine, Christelle en est à 39 tests PCR.

AFP/VNA/CVN

 

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