Numérisation du patrimoine religieux : préserver les valeurs à l’ère du numérique

À mesure que la transformation numérique s'impose dans tous les domaines de la société, la vie religieuse s'inscrit, elle aussi, dans cette évolution.

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Technologies numériques ont permis d’assurer la continuité des activités pastorales et de l’accompagnement des fidèles. 
Photo : VNA/CVN

Des sermons diffusés en direct aux cours de catéchèse proposés sur des plateformes numériques, en passant par la numérisation des écritures sacrées, des rituels et des espaces culturels spirituels, les outils numériques offrent de nouvelles possibilités de préserver, de transmettre et de valoriser le patrimoine religieux. Mais ces avancées s'accompagnent également de défis inédits, notamment celui de préserver la dimension sacrée des pratiques religieuses, de protéger les identités culturelles et de garantir la liberté de croyance et de religion dans l'environnement numérique.

Lorsque l’espace sacré investit le monde numérique

Aujourd’hui, un sermon bouddhique peut être suivi en direct par plusieurs dizaines de milliers d’internautes. Un fidèle protestant vivant dans une région reculée peut participer à un cours d’étude de la Bible grâce à un simple smartphone. Des activités autrefois étroitement liées aux lieux de culte trouvent désormais progressivement leur place dans le cyberespace.

Selon Dô Huong, experte à l’Académie nationale de politique Hô Chi Minh, lors de l’entrée en vigueur de la Loi sur les croyances et les religions de 2016, les activités religieuses au Vietnam relevaient essentiellement de la "religion sur Internet", c’est-à-dire de l’utilisation du réseau comme simple canal de diffusion d’informations, d’annonce des offices ou de communication autour des activités religieuses.

La pandémie de COVID-19 a toutefois constitué un véritable catalyseur, accélérant le passage de la "religion sur Internet" à la "religion en ligne", avant d’ouvrir la voie à une transformation numérique plus globale de l’ensemble du secteur religieux.

Dô Huong, experte à l’Académie nationale de politique Hô Chi Minh.
Photo : VNA/CVN

Cette évolution ne se limite pas à un changement d’outil de communication ; elle modifie également les modalités mêmes de la pratique religieuse. Alors qu’autrefois la vie spirituelle reposait sur un lieu physique, un calendrier précis et la présence directe de la communauté des fidèles, de nombreuses activités sont aujourd’hui organisées avec davantage de souplesse sur des plateformes numériques, abolissant les contraintes de temps et d’espace.

Le pasteur Nguyên Huu Mac, président de l’Église évangélique du Vietnam (Nord), souligne que les technologies numériques ont permis d’assurer la continuité des activités pastorales et de l’accompagnement des fidèles, en particulier durant les périodes difficiles comme celle de la pandémie. Grâce aux retransmissions en direct, aux formations en ligne et aux réseaux sociaux, l’Église peut maintenir un lien plus rapide, plus large et plus efficace avec ses fidèles.

"De nombreux fidèles vivant loin des centres urbains, des personnes âgées ou malades peuvent ainsi participer aux offices religieux, aux prières et aux études bibliques. Toutefois, la technologie n'est qu'un outil au service de la foi ; l'essentiel demeure une foi authentique et les liens humains qui unissent les croyants", insiste le pasteur Nguyên Huu Mac.

La technologie devient la "mémoire" du patrimoine religieux

Au-delà de la transformation des pratiques religieuses, la transition numérique ouvre également de nouvelles perspectives pour la préservation des valeurs culturelles, des croyances et du patrimoine religieux.

Selon Jonathan Wallace Baker, représentant en chef de l'UNESCO au Vietnam, les technologies numériques sont devenues un outil essentiel pour documenter, conserver et transmettre les expressions culturelles, les systèmes de savoirs ainsi que les traditions étroitement liées à la vie spirituelle des communautés.

Jonathan Wallace Baker, représentant en chef de l'UNESCO au Vietnam. 
Photo : VNA/CVN

Des formes de patrimoine jusqu'alors transmises essentiellement par voie orale ou à travers une pratique directe entre les générations peuvent désormais être préservées grâce à des bases de données numériques, des archives audiovisuelles et des fonds documentaires numérisés.

Le représentant de l'UNESCO estime que la numérisation ne contribue pas seulement à la sauvegarde des valeurs culturelles ; elle élargit également l'accès aux connaissances pour les jeunes générations, les chercheurs ainsi que les communautés vivant dans des régions où l'accès au patrimoine demeure limité.

L'organisation souligne toutefois que la numérisation ne constitue pas une fin en soi. Un rituel, une pratique cultuelle ou un espace culturel ne continue véritablement d'exister que s'il demeure vivant à travers sa pratique et sa transmission au sein des communautés dans la société contemporaine.

Jonathan Wallace Baker insiste également sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de suivi et d'actualisation des archives numériques, "car le patrimoine culturel immatériel n'est pas une réalité figée ; il évolue en permanence et s'adapte continuellement à son environnement".

"Cela permet de garantir que les données numériques reflètent fidèlement le caractère vivant et l'évolution constante du patrimoine, tout en évitant que les archives numérisées ne deviennent des versions obsolètes, déconnectées de la réalité dynamique des communautés", ajoute le représentant de l'UNESCO.

Encadrer la religion à l'ère numérique

Le développement rapide de la vie religieuse dans l'environnement numérique impose également de nouvelles exigences en matière de gouvernance et de gestion publiques.

Selon Dô Huong, la Loi de 2016 sur les croyances et les religions ne comportait aucune disposition traitant directement des activités religieuses exercées sur Internet, les réseaux sociaux ou les plateformes numériques.

En l'absence d'un cadre juridique spécifique, la gestion de ces activités reposait principalement sur la Loi sur la cybersécurité et sur les réglementations générales relatives à Internet, alors même que les pratiques religieuses dans l'espace numérique connaissaient une expansion rapide.

Un tournant est intervenu lorsque l'Assemblée nationale a adopté la Loi de 2026 sur les croyances et les religions, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027.

Pour la première fois, les activités liées aux croyances et aux religions dans le cyberespace sont explicitement reconnues par une loi sectorielle. Le texte définit les responsabilités des autorités, des organisations et des particuliers participant à des activités religieuses dans l'environnement numérique, précise les comportements interdits et exige des organisations religieuses qu'elles intègrent, dans leur charte, des dispositions définissant clairement les responsabilités liées à leurs activités sur les plateformes numériques.

Au-delà de l'encadrement des pratiques religieuses en ligne, la loi prévoit également la mise en place d'une base de données nationale sur les croyances et les religions, tout en encourageant la transformation numérique de la gestion publique dans ce domaine.

Pour les spécialistes, l'inscription des activités religieuses dans le cyberespace au sein de la législation ne se contente pas de combler un vide juridique ; elle marque aussi une évolution de la gouvernance publique, désormais mieux adaptée aux réalités d'une société numérique.

Préserver le caractère sacré à l'ère de l'intelligence artificielle

Si le numérique offre de nouvelles opportunités, il soulève également de nombreux défis.

Selon Dô Huong, à partir du moment où chacun peut interpréter les enseignements religieux sur les réseaux sociaux, l'autorité religieuse ne relève plus exclusivement des dignitaires et des religieux ayant reçu une formation reconnue. Cette évolution accroît le risque de déformation des doctrines, de marchandisation de la spiritualité ou encore d'instrumentalisation de la religion à d'autres fins.

Le cyberespace est également devenu un terrain propice à la diffusion de superstitions, à l'action d'organisations se présentant abusivement comme religieuses, ainsi qu'à la propagation de contenus déformés ou de discours incitant à la division en exploitant les croyances religieuses pour diffuser de fausses informations.

Le vice-président et secrétaire général du Conseil exécutif de l'Église bouddhique du Vietnam estime que le développement d'Internet, de l'intelligence artificielle et des plateformes numériques transforme profondément les comportements religieux ainsi que les modes d'expression de la foi.

Il cite notamment l'exemple de plusieurs pays ayant expérimenté des robots dotés d'intelligence artificielle capables d'expliquer les doctrines religieuses ou de répondre à des questions d'ordre spirituel. Ces expériences montrent qu'il devient nécessaire d'étudier l'élaboration de dispositions juridiques complémentaires encadrant l'utilisation de l'intelligence artificielle dans les activités liées aux croyances et aux religions.

Pour les experts, le principal défi aujourd'hui n'est pas la technologie elle-même, mais la manière de la gouverner afin de garantir la liberté de croyance et de religion, tout en empêchant que celle-ci ne soit instrumentalisée à des fins susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ou aux valeurs culturelles traditionnelles.

Mettre les technologies au service des valeurs humaines

Selon le représentant de l'UNESCO, la transformation numérique dans le domaine du patrimoine ne relève pas uniquement de la technologie ; elle est avant tout une question d'humain, de gouvernance et de responsabilité culturelle.

Les États sont ainsi appelés à mettre en place des écosystèmes de données culturelles à la fois sûrs et durables, à protéger les droits culturels ainsi que les droits de propriété des communautés, tout en veillant à ce que chacun puisse accéder aux ressources culturelles numériques et en bénéficier de manière équitable.

Fort de l'expérience des activités religieuses au Vietnam, le pasteur Nguyên Huu Mac estime que le principal enjeu de l'ère numérique réside dans un usage responsable, honnête et profondément humain des technologies.

"Les technologies évoluent à un rythme très rapide, mais les valeurs morales, l'amour du prochain et la compassion demeurent intemporels", affirme-t-il.

Selon lui, à l'ère du numérique, chacun évolue non seulement dans le monde réel, mais aussi dans le cyberespace. Il appelle les fidèles à utiliser les technologies avec responsabilité, intégrité et humanité, afin de diffuser des valeurs positives plutôt que d'alimenter les divisions ou la négativité. Pour les croyants en Jésus-Christ, le principe de vie consistant à "honorer Dieu et aimer son prochain" ne se limite pas à la participation aux activités religieuses ; il se manifeste également dans les relations avec la famille, l'Église, la communauté et la société, à travers le respect des lois, l'amour du prochain et la contribution à l'édification d'un pays toujours plus prospère.

"Lorsque chacun agit avec bienveillance et sens des responsabilités, la société numérique devient, elle aussi, un espace positif, sûr et porteur d'espérance pour les générations futures", conclut le pasteur.

VNA/CVN

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