Le Vietnam à la Fête de l’Humanité : de la mémoire aux ambitions de 2045

À la mi-septembre, l’été semble encore s’attarder sur la région parisienne. Bien avant d’atteindre l’entrée de la Fête de l’Humanité, on entend déjà les basses des concerts, les annonces diffusées par les haut-parleurs et le brouhaha continu d’une foule venue de tous horizons.

>> Le journal Nhân Dân participe à la Fête de l’Humanité 2025 en France

Des visiteurs découvrent le panneau consacré à la vision du Vietnam à l’horizon 2045.

Ici, les débats politiques côtoient les rencontres littéraires, les concerts, les cuisines du monde et les espaces consacrés aux associations, aux mouvements politiques ou aux délégations étrangères. Des retraités avancent en petits groupes. Des familles circulent avec leurs enfants. Plus loin, des jeunes sont assis dans l’herbe, discutant de politique, d’écologie ou simplement de musique.

Organisée du 11 au 13 septembre en France, sa 91e édition réunit cette année encore plusieurs générations autour de débats consacrés à la paix, à la justice sociale, au climat, à la culture et aux grands bouleversements internationaux.

Au milieu de cette effervescence, un espace attire également l’attention : celui du Vietnam.

Le Vietnam, au-delà du souvenir

L’espace d’exposition du quotidien Nhân Dân n’est pas le plus vaste du Village du monde, mais il est immédiatement reconnaissable. Le rouge domine. Des photographies retracent plusieurs périodes de l’histoire du pays. Des visiteurs s’arrêtent devant les panneaux, feuillettent des publications, posent des questions. Certains connaissent déjà le Vietnam. D’autres y sont allés. Quelques jeunes entrent simplement par curiosité.

Vue d’ensemble de la Fête de l’Humanité, le 12 septembre en France.

Le récit proposé commence naturellement par l’histoire : la lutte pour l’indépendance, la réunification du pays, puis les années de reconstruction. Il rappelle également la solidarité dont le Vietnam a bénéficié en France, notamment de la part des communistes, des mouvements progressistes et d’une partie de l’opinion publique française.

Mais l’exposition ne cherche pas à enfermer le pays dans cette mémoire. C’est même l’un de ses fils conducteurs : raconter ce que le Vietnam a été, tout en montrant ce qu’il est devenu et ce qu’il ambitionne désormais de devenir.

Après près de quarante années de Dôi moi, le processus de réforme engagé à partir de 1986, le pays a profondément changé. Son économie s’est développée, le niveau de vie s’est amélioré, son ouverture internationale s’est accélérée et sa présence sur la scène mondiale s’est renforcée.

Vue d’ensemble de l’espace d’exposition du quotidien Nhân Dân à la Fête de l’Humanité, le 12 septembre en France.

Un chiffre revient dans l’exposition : 2045. Cette année marquera le centenaire de la fondation de l’État vietnamien moderne. Hanoï s’est fixé pour objectif de devenir, à cet horizon, un pays développé à revenu élevé. Derrière cette échéance se dessine donc une autre question : après avoir raconté pendant des décennies comment il a conquis son indépendance, quel pays le Vietnam veut-il désormais construire ?

Pour Vu Mai Hoàng, chef du Département de la technologie et vice-président de l’Association des journalistes du quotidien Nhân Dân, c’est précisément l’un des messages que la délégation vietnamienne souhaite transmettre au public français.

L’objectif, explique-t-il, est de permettre aux visiteurs de découvrir "un Vietnam héroïque dans son passé, en développement dans le présent et tourné vers un avenir meilleur".

Les panneaux consacrés aux nouvelles orientations de développement occupent ainsi une place importante dans l’exposition. Le message est clair : le Vietnam entend préserver la mémoire de son histoire, mais il ne souhaite plus être regardé uniquement à travers la guerre ou la lutte anticoloniale. Il veut aussi être vu comme un pays en pleine transformation.

Faire vivre une histoire auprès d’une nouvelle génération

À la Fête de l’Humanité, cette question prend une dimension particulière.

Pour une partie des Français présents, notamment parmi les générations les plus âgées, le Vietnam évoque encore immédiatement les mobilisations contre la guerre, la décolonisation ou les mouvements de solidarité internationale.

Un jeune visiteur français s’informe sur le Vietnam.

Cette mémoire reste forte. Mais elle est beaucoup moins évidente pour ceux qui ont aujourd’hui vingt ou trente ans. Comment transmettre cette histoire sans simplement la répéter ? Et surtout, comment donner aux jeunes Français de nouvelles raisons de s’intéresser au Vietnam ?

Pour Vadim Kamenka, responsable de la rubrique internationale de L’Humanité, la réponse passe notamment par une coopération plus concrète entre les médias des deux pays.

"Je pense que nous pouvons faire beaucoup de choses, à commencer par mieux faire connaître les cultures de nos deux pays", explique-t-il. Selon lui, Nhân Dân et L’Humanité pourraient multiplier les échanges éditoriaux et les publications communes afin de mieux informer leurs lecteurs sur les évolutions respectives des deux sociétés. "Nos deux journaux devraient davantage travailler ensemble et échanger des articles sur la situation de nos deux pays. C’est une première manière de mieux les faire connaître aux nouvelles générations."

Rencontre entre les délégations des quotidiens Nhân Dân et L’Humanité, le 12 septembre.

Mais, pour lui, la mémoire historique ne suffit pas. Pour intéresser les jeunes, il faut aussi parler de ce qui les préoccupe : le climat, les échanges culturels, les transformations sociales, mais aussi le monde que les générations actuelles souhaitent transmettre à leurs enfants. "Si nous sommes capables d’aborder ensemble ces questions, tout en respectant nos différences culturelles, nous pourrons construire quelque chose de commun. Ce qui manque aujourd’hui, c’est un véritable dialogue", estime-t-il.

Vadim Kamenka insiste cependant sur la nécessité de ne pas perdre le fil de l’histoire. "Nous avons une histoire commune, que les nouvelles générations connaissent parfois mal. Il y a toute la période de la décolonisation, mais aussi les liens créés au fil des décennies entre les communistes français et vietnamiens. Cette histoire doit continuer à être transmise."

Le défi est là : ne pas transformer la mémoire en musée, mais en point de départ pour de nouvelles relations.

Un Vietnam qui surprend encore

Quelques mètres plus loin, cette évolution du regard prend une forme beaucoup plus concrète. Jean-Marc Lespade, ancien maire de Tarnos et conseiller départemental des Landes, revient d’un voyage au Vietnam effectué en famille au mois de mai. Il connaissait déjà l’histoire du pays.

Ce qu’il a découvert sur place l’a néanmoins surpris. "Nous avons tout apprécié. Le pays est magnifique et les Vietnamiens sont des gens très chaleureux et très accueillants", raconte-t-il. Mais ce n’est pas seulement la beauté des paysages qui l’a marqué. "Ce qui nous a particulièrement frappés, c’est le niveau de développement du Vietnam, notamment sur le plan économique. C’est vraiment quelque chose qui nous a beaucoup surpris."

 Des jeunes françaises découvrent le Vietnam à travers l’exposition.

Il garde également le souvenir d’un pays en mouvement. "On sent un peuple souriant, chaleureux, accueillant et travailleur." Son témoignage résume, presque à lui seul, ce que l’espace d’exposition de Nhân Dân cherche à montrer.

Pour beaucoup de Français, le Vietnam reste encore associé à une histoire exceptionnelle de résistance et d’indépendance. Mais une autre image est en train de s’y ajouter : celle d’une société jeune, active, en pleine transformation, qui regarde désormais vers des objectifs de développement beaucoup plus ambitieux.

De la mémoire vers l’avenir

À l’extérieur, la fête continue. La musique repart sur une scène voisine. Des visiteurs passent devant l’espace vietnamien avant de se perdre à nouveau dans les allées du Village du monde. Certains repartent avec une publication. D’autres restent encore quelques minutes pour discuter.

Dans une manifestation qui accueille des dizaines de milliers de personnes, l’espace consacré au Vietnam n’occupe évidemment qu’une petite partie du décor.

Mais les conversations qui s’y déroulent racontent quelque chose de plus large. Elles témoignent d’un passage de relais.

Le Vietnam continue de rappeler la solidarité dont il a bénéficié en France pendant les périodes les plus difficiles de son histoire. Cette mémoire demeure un capital précieux dans la relation entre les deux pays. Mais elle ne peut plus être le seul langage de cette relation.

Pour qu’elle continue de vivre, elle doit désormais se nourrir d’autres sujets : culture, jeunesse, économie, environnement, technologies, mobilité, avenir des sociétés. Autrement dit, le passé reste un socle, mais il ne peut constituer à lui seul un projet.

C’est peut-être là le message le plus intéressant de cette présence vietnamienne à la Fête de l’Humanité. Le Vietnam ne cherche pas à tourner la page de son histoire. Il cherche plutôt à écrire la suivante.

Et entre les photographies d’hier et l’objectif de 2045 se dessine peu à peu l’image d’un pays qui souhaite être regardé non seulement pour le chemin qu’il a parcouru, mais aussi pour celui qu’il entend désormais emprunter.

Texte et photos : Duc Hùng/CVN

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