La visite du président du Myanmar et le rôle de pont du Vietnam dans l’ASEAN

La visite officielle au Vietnam du président du Myanmar Min Aung Hlaing du 4 au 6 septembre constitue non seulement une étape importante dans les relations bilatérales, mais met également en lumière le rôle croissant du Vietnam dans les efforts de l’ASEAN pour relever les défis communs et maintenir la paix, la stabilité et la coopération dans la région.

>> Les épouses des dirigeants Tô Lâm et Min Aung Hlaing visitent le village de la soie de Van Phuc

>> Le président du Myanmar visite le complexe automobile de VinFast

>> Entrevue entre le Premier ministre Lê Minh Hung et le président du Myanmar

>> La coopération Vietnam - Myanmar connaîtra de nouvelles avancées plus substantielles

Le chercheur Enzo Sim, spécialiste de l’histoire de l’Asie du Sud-Est et de la défense, répond aux questions d’un journaliste de l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA). 
Photo d’archives : VNA/CVN

Selon le chercheur Enzo Sim, spécialiste de l’histoire de l’Asie du Sud-Est et des questions de défense, cette visite revêt une importance particulière. Il s’agit de la première visite officielle de Min Aung Hlaing au Vietnam depuis les élections générales organisées au Myanmar en janvier 2026 et la formation du nouveau gouvernement en avril de la même année.

L’accueil officiel réservé au dirigeant birman à l’invitation du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, constitue, selon lui, un message diplomatique fort. Il témoigne de la volonté de favoriser progressivement des relations d’État à État plus substantielles et plus stables avec le nouveau gouvernement du Myanmar.

Une nouvelle dynamique dans les relations bilatérales

Après une longue période marquée par un relatif isolement international, le Myanmar s’efforce de rétablir sa présence et ses interactions diplomatiques en Asie du Sud-Est. Dans ce contexte, le Vietnam apparaît comme un partenaire stratégique important.

Le ministre vietnamien des Affaires étrangères, Lê Hoài Trung (gauche), et le président du Myanmar, Min Aung Hlaing. 
Photo : VNA/CVN

La visite du président Min Aung Hlaing est le résultat d’une préparation approfondie des deux côtés. Les 25 et 26 août, le ministre vietnamien des Affaires étrangères Lê Hoài Trung s’était rendu au Myanmar, où il avait coprésidé la première réunion de la Commission mixte sur la coopération bilatérale depuis 2019.

Cette réunion a permis de préparer un programme de coopération substantiel et de créer des conditions favorables aux échanges de haut niveau entre les deux pays.

Selon Enzo Sim, les relations entre Hanoï et Naypyidaw connaissent ainsi une évolution positive. Elles tendent à dépasser une coopération essentiellement politique maintenue durant la période de crise après 2021 pour s’orienter vers une coopération plus concrète, axée notamment sur l’économie, la sécurité fonctionnelle et le développement.

La coopération économique constitue à cet égard l’un des domaines les plus prometteurs. Les échanges commerciaux bilatéraux, affectés par la pandémie mondiale et les évolutions politiques internes au Myanmar, sont passés d’environ 853 millions de dollars en 2020 à 590 millions de dollars en 2025. Une reprise s’est toutefois dessinée au premier semestre 2026, avec un chiffre d’affaires commercial d’environ 335 millions de dollars.

Les deux gouvernements affichent leur détermination à relancer les échanges et à atteindre l’objectif de 1 milliard de dollars de commerce bilatéral.

Des perspectives dans les technologies et les investissements

La composition de la délégation accompagnant le président Min Aung Hlaing, comprenant notamment des responsables des secteurs de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, du développement numérique et de l’investissement, traduit l’importance accordée par Naypyidaw au renforcement de ses relations économiques avec le Vietnam.

Le Myanmar fait face à des besoins importants en capitaux, en technologies avancées, en biens essentiels et en connectivité économique régionale. Dans le même temps, les entreprises vietnamiennes disposent d’une présence croissante sur le marché birman.

En juin 2026, elles détenaient 107 projets encore en vigueur au Myanmar, pour un capital enregistré d’environ 1,4 milliard de dollars.

Le chercheur estime que l’intensification des investissements et des échanges vietnamiens peut à la fois contribuer à renforcer la position économique du Vietnam dans la région et soutenir le processus de reprise économique du Myanmar.

Les activités de la délégation birmane auprès du groupe Viettel et sa visite de l’usine de véhicules électriques VinFast constituent à cet égard des faits marquants de la visite. Elles témoignent de l’intérêt du Myanmar pour les infrastructures numériques, les télécommunications, les technologies avancées et les transports respectueux de l’environnement, ouvrant des perspectives de coopération dans les secteurs de haute technologie.

Coopérer face aux menaces de sécurité non traditionnelles

Au-delà de l’économie, la coopération en matière de sécurité non traditionnelle constitue un autre axe à forte portée régionale.

Selon Enzo Sim, l’essor des centres d’escroquerie en ligne, la traite des êtres humains, le trafic de drogue, la criminalité organisée transnationale et les cybermenaces sont devenus des défis communs auxquels sont confrontés les pays de l’ASEAN.

En privilégiant ces questions de sécurité fonctionnelle, le Vietnam peut établir avec le Myanmar des mécanismes de coopération concrets et directement utiles aux populations. Cette approche permet à la fois de protéger les intérêts de sécurité du Vietnam et de contribuer aux efforts collectifs de l’ASEAN pour lutter contre les réseaux criminels transnationaux.

Elle permet également de maintenir une coopération pragmatique sans s’immiscer directement dans les questions politiques internes complexes du Myanmar.

Une diplomatie à deux niveaux

L’un des principaux enseignements de cette visite réside, selon le chercheur, dans sa portée pour la coopération multilatérale au sein de l’ASEAN.

Il estime que l’approche vietnamienne illustre une diplomatie menée sur ''deux axes''. Sur le plan bilatéral, le Vietnam maintient un dialogue direct avec le Myanmar, normalise progressivement les interactions concrètes et encourage la coopération économique et sécuritaire.

Sur le plan multilatéral, le Vietnam continue d’assumer ses responsabilités en tant que membre de l’ASEAN, de soutenir le Consensus en cinq points de l’organisation et de préserver son unité. Parallèlement, il ne plaide pas unilatéralement pour un rétablissement inconditionnel de la représentation politique de haut niveau du Myanmar lors des sommets de l’ASEAN.

Cette approche équilibrée permet au Vietnam de préserver ses relations de travail avec Naypyidaw tout en maintenant une coordination étroite avec les autres membres de l’ASEAN.

Pour Enzo Sim, cette position ne remet pas en cause les principes communs de l’ASEAN. Elle reflète au contraire une évolution pragmatique de la région, qui tend progressivement à passer d’une logique d’isolement à une logique de reconnexion maîtrisée et conditionnée.

Selon lui, l’isolement prolongé ne permet pas, à lui seul, de résoudre la crise au Myanmar. Le maintien d’un canal de dialogue de haut niveau, ouvert mais fondé sur des principes, demeure donc nécessaire.

Le Vietnam, un ''pont'' entre le Myanmar et l’ASEAN

Grâce à son capital diplomatique et à sa position au sein de l’ASEAN, le Vietnam peut jouer un rôle de ''pont stratégique'' entre le Myanmar et les autres pays de la région.

Le chercheur estime que Hanoï pourrait notamment renforcer sa coordination avec des partenaires tels que la Thaïlande et les Philippines afin de contribuer à une approche plus souple et coordonnée de la question du Myanmar.

Cette démarche pourrait aider l’ASEAN à progresser vers une feuille de route de réintégration graduelle du Myanmar, fondée sur des critères clairs et mesurables, plutôt que de rester confrontée à une impasse politique prolongée.

Une telle approche serait bénéfique non seulement au Myanmar, mais contribuerait également à préserver l’unité de l’ASEAN et à éviter une aggravation des divergences entre les différentes positions au sein du bloc.

Le chercheur Enzo Sim considère ainsi la visite du président Min Aung Hlaing au Vietnam comme un jalon important ouvrant un nouveau chapitre des relations bilatérales et susceptible de contribuer positivement à la paix et à la prospérité régionales.

À travers une diplomatie pragmatique, équilibrée et constructive, le Vietnam confirme ainsi son rôle de membre responsable de l’ASEAN et sa capacité à contribuer, avec discrétion mais efficacité, au maintien de l’unité, de la crédibilité et de la stabilité de l’organisation régionale.

VNA/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top