18/04/2019 13:45
Le président indonésien sortant Joko Widodo est bien parti pour un second mandat à la tête du plus grand pays musulman au monde, les premières estimations lui donnant une confortable avance, à la clôture du vote mercredi 17 avril sur les 17.000 îles de l'archipel.
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Le président indonésien sortant Joko Widodo vote à Jakarta, le 17 avril.
Photo: AFP/VNA/CVN

Si les résultats officiels ne sont pas attendus avant le mois de mai, les estimations réalisées par trois instituts de sondage à partir des premiers dépouillements accordaient jusqu'à 11 points d'avance au président sortant, surnommé "Jokowi", sur son rival, l'ex-général Prabowo Subianto

Joko Widodo, 57 ans, vu comme un musulman modéré, s'est abstenu cependant de déclarer victoire. "Nous avons tous vu les estimations et les premiers comptages, mais nous devons attendre les résultats officiels", a-t-il déclaré devant ses partisans à Jakarta.

Son rival de 67 ans, déjà battu par Joko Widodo en 2014, a assuré qu'il l'avait emporté, mais sans fournir de preuve. "Nous ne recourrons pas à des moyens illégaux car nous avons gagné", a-t-il lancé, se posant en "président de tous les Indonésiens".

Les deux candidats ont mené des campagnes virulentes et multiplié les efforts pour séduire l'électorat musulman conservateur tandis qu'une vague d'infox a déferlé sur les réseaux sociaux.

L'opposition avait prévenu avant le scrutin qu'elle pourrait contester les résultats en cas de fraude et a évoqué des manifestations. En 2014, Jokowi avait remporté l'élection de justesse devant le même adversaire, qui avait contesté les résultats en justice avant de s'incliner.

Plus de 190 millions d'Indonésiens étaient appelés aux urnes mercredi, à partir de 7h00 locales (22h00 GMT mardi 16 avril) en Papouasie à l'est du pays jusqu'à 13h00 locales à Sumatra (6h00 GMT) pour élire leur président mais aussi renouveler leurs parlements national et locaux lors d'un scrutin géant.

Élection complexe 

Avec un nombre record de 245.000 candidats en lice, l'Indonésie organisait l'élection la plus importante de son histoire et la plus complexe.

Le général Prabowo Subianto se prépare à déposer son bulletin de vote dans l'urne, à Bogor le 17 avril. Photo: AFP/VNA/CVN

"Je suis très heureuse parce que je peux toujours voter à mon âge avancé. Mais c'est très compliqué parce qu'il y a beaucoup de bulletins de vote", a remarqué Suparni, une femme de 79 ans qui comme de nombreux Indonésiens ne porte qu'un nom, et votait à Merauke en Papouasie.

Sur l'île de Célèbes, dans la ville de Palu dévastée par un tremblement de terre et un tsunami fin septembre, les habitants réfugiés dans des camps sont aussi allés voter.

"J'espère que le prochain président nous donnera le meilleur (...) dont une maison parce que nous vivons toujours dans un refuge", a espéré Juna, évacué du quartier détruit de Balaora.

Défi logistique 

Des membres de bureaux de vote déguisés en superhéros à Surabaya en Indonésie, le 17 avril.
Photo: AFP/VNA/CVN

Dans les plus de 800.000 bureaux de vote déployés sur l'archipel, les électeurs devaient percer des trous dans les bulletins pour choisir leurs candidats puis tremper leur doigt dans de l'encre certifiée halal, une mesure destinée à empêcher les votes multiples.

Cette élection est un défi logistique dans un archipel de 17.000 îles qui s'étend sur 4.800 kilomètres de l'extrémité ouest de l'île de Sumatra, en passant par Java ou Bali, jusqu'à la Papouasie, sa province la plus orientale.

Le matériel électoral a été acheminé par avion, bateau, moto, porteur ou bête de somme dans les zones les plus difficiles à atteindre.

Afin d'assurer une forte participation, les scrutateurs d'un bureau de vote du Sud de Jakarta se sont déguisés en fantômes et vampires pour accueillir les électeurs, tandis qu'à Surabaya (province de Java orientale) ils ont adopté des panoplies de superhéros.

À Trumon dans la province d'Aceh, les autorités ont eu recours à trois élephants pour transporter les urnes jusqu'au bureau de vote afin d'inciter les électeurs à se déplacer.

Joko Widodo a fait campagne sur son bilan de construction d'infrastructures, dont la première ligne de métro de Jakarta ouverte opportunément en mars.

Le président Jokowi a choisi le prédicateur islamiste conservateur Ma'ruf Amin pour être son candidat à la vice-présidence. Une stratégie destinée à donner des gages à l'électorat musulman conservateur, mais qui inquiète les plus progressistes.

L'ancien général Prabowo Subianto s'est de son côté rapproché des groupes islamiques les plus radicaux et a promu une hausse des dépenses de défense et de sécurité. Sur le plan économique il vante une politique protectionniste "Indonesia first" inspirée de Donald Trump et a promis de remettre en cause des milliards de dollars d'investissements chinois dans le pays.

AFP/VNA/CVN

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