16/04/2021 11:37
Dans un marais désertique de l'État du Gujarat, aux confins occidentaux de l'Inde, la famille Thakor, comme des milliers d'autres paludiers, s'échine à collecter le sel dont elle tire sa maigre subsistance, mais le changement climatique menace d'asphyxier cette activité ancestrale.

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Des paludiers travaillent dans les marais salants au coucher du soleil à Kharaghoda, près d'Ahmedabad, en Inde, le 8 janvier. Photo : AFP/VNA/CVN


Le petit Rann de Kutch, qui s'étend sur des kilomètres de vasières dans le sud du désert de Thar, reprend vie à la fin de chaque saison des pluies avec le retour des paludiers, appelés localement les Agariyas.

Les Agariyas s'établissent dans des cabanes de fortune érigées dans cet écosystème fragile et difficile, d'octobre à mai. Ils commencent par creuser, à la pelle dans le sol aride, des puits de 15 mètres de profondeur, pour y puiser l'eau qui renferme le précieux sel.

Tout autour, ils préparent des salines, grands bassins sans profondeur, qu'ils dament à la plante des pieds pour accueillir l'eau saumâtre pompée hors des puits grâce à des moteurs diesel.

Ensuite, à l'aide de grands râteaux de bois, ils raclent et ramassent les cristaux de sel qui apparaissent, grâce à l'évaporation de l'eau sous l'effet de la chaleur.

La température joue un rôle important dans la production de sel : des cristaux parfaits ne se forment que lorsque l'eau est à 24°
C, explique à l'AFP le paludier Raju Rupabhai Thakor, en brandissant un thermomètre toujours à sa portée.


La réverbération du soleil sur la blancheur du sel est pénible à supporter sous ces températures extrêmes.

"Efforts réduits à néant" 

"Il fait de plus en plus chaud ici. Mes yeux brûlent, souvent j'ai des étourdissements et je me sens mal", raconte Roshni, fille de M. Thakor, assise dans la cabane familiale où sa mère prépare le thé du matin sur un poêle à bois dont les volutes de fumée s'échappent au-dessus du morne désert. Agée de 20 ans, elle a abandonné les études pour cette activité que ses ancêtres exerçaient déjà il y a plus de 500 ans.


Ce travail éreintant rapporte à sa famille 300 roupies (4 USD) pour une tonne de sel, un revenu misérable qui fond comme neige au soleil en raison de perturbations climatiques.

Son père déplore l'ampleur des pertes que ses quatre salines ont subi ces dernières saisons, blâmant les caprices de la météo. La déforestation et le développement sauvage perturbent la saison des moussons en Inde, où les pluies sont de plus en plus imprévisibles, intenses et de courte durée.
 

Des paludiers chargent un camion de sacs de sel, le 8 janvier à Kharaghoda, en Inde. Photo : AFP/VNA/CVN


"La production de sel nécessite un temps sec. S'il pleut soudainement, tous nos efforts sont réduits à néant. Le sel fond et nous devons reprendre notre travail de zéro", ajoute-t-il.

"Je n'ai pas d'autre choix que de continuer à travailler ici car je ne possède aucune terre cultivable. Je n'ai aucune autre source de revenu", confie-t-il en enfilant ses bottes en caoutchouc noir avant de s'avancer dans une saline miroitante.

La température moyenne de l'Inde a augmenté de 0,7°
entre 1901 et 2018 en raison des émissions de gaz à effet de serre. Et elle devrait augmenter de 4,4°d'ici 2100, selon un rapport d'évaluation du changement climatique publié en 2020 par le gouvernement indien. Des périodes sèches plus fréquentes et des périodes humides plus intenses se produisent pendant la mousson, souligne le rapport.
 

Jusqu'à 54 degrés en été 

De février à avril, de fréquentes tempêtes de sable rendent les salines boueuses et infiltrent le sel, amoindrissant sa qualité et donc son prix.

"Les négociants réduisent de moitié le prix si le sel n'est pas de bonne qualité", indique Dhvanit Pandya de l'Agariya Hit Rakshak Manch, une ONG dédiée au soutien des paludiers.

"Nous avions l'habitude d'économiser 50.000 roupies (684 USD) d'une année sur l'autre", confie Tejal Makwana, un autre paludier, "à présent, nous avons du mal à joindre les deux bouts".

Selon M. Pandya, ils perdent jusqu'à un quart de leur production chaque saison en raison de changements de temps brusques. Nombre d'entre eux s'enfoncent dans une pauvreté inexorable.

"Ces dix dernières années, la température la plus élevée tournait autour des 48-50 degrés", précise-t-il, désormais en été (...) la température culmine à 53-54 degrés",

Près des trois quarts de la production annuelle de sel de l'Inde, troisième producteur mondial, proviennent du Gujarat.

AFP/VNA/CVN

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